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Culture / Culture

Le confinement raconté par des artistes et écrivains

“L’art soulage la solitude et guérit la mélancolie”

La conteuse et chanteuse Nora Ath Brahim © D.R

Écrivains, peintres ou chanteurs se livrent à cœur ouvert sur leur quotidien où la création détient une place majeure durant cette crise sanitaire.

Le confinement dû au Covid-19 impacte des millions de personnes à travers le monde dont, bien sûr, les artistes et écrivains. Comment vivent-ils cette situation inédite, quel est leur état d’esprit et quels sont les effets sur leur travail de création ? 

Nièce de Maurice Audin, Geneviève Buono, écrivaine, confie d’emblée : “Mes pensées vont naturellement aux peuples en souffrance dans le monde, en France et en Algérie, mon pays natal.” “J’espère qu’une fois la crise terminée, nous choisirons une voie différente, respectueuse de la nature et des richesses de la planète.” Forcée au confinement, elle a découvert un livret écrit par sa mère sur son enfance, de 1925 à 1940. “Ce texte balaye de grands moments de l’histoire.

Mon éditeur Tangerine Nights souhaite le publier et nous y travaillons.” Geneviève Buono prend aussi le temps d’aller sur la piste de ses parents, “rassemble mes souvenirs d'enfance” pour un prochain roman. À ce propos, elle rappelle que dans L’olivier de Makouda (éditions Tirésias), son père Christian Buono raconte son engagement auprès du peuple algérien, et cela lui a valu trois années de prison. 

De Paris, le poète et écrivain Kamel Bencheikh évoque le confinement avec une certaine philosophie. “J’ai l’impression que les aiguilles de l’horloge se sont mises en berne. Le temps manipule les êtres et les choses. La ville est moins écrasée par le piétinement quotidien. Une chape de plomb s’est abattue sur la cité. À l’évidence, nous vivons dans un endroit en dehors du temps. Une atmosphère ouatée qui submerge tout ce qui nous entoure.” Bencheikh trouve que “l’air lui-même est chargé de suspension et qu’il va falloir résister au temps fixe et au temps qui ne se presse pas”.

En poète, il ajoute : “Il va falloir ouvrir les fenêtres que l’hiver a barricadées et laisser rentrer toutes les belles pensées qui nous obsèdent, se défaire de l’angoisse difficile à gérer quand on se retrouve enfermé.” Actuellement, Kamel Bencheikh prépare un recueil de poésie et planche sur un nouveau roman. Il passe le reste de son temps “à appeler les proches qui nous manquent, garder le sens du jour et de la nuit, prolonger la vie et sa féérie”. La voix suave de Nora Ath Brahim vient des hauteurs du Djurdjura, message de sauvegarde du patrimoine traditionnel. 

Pour elle, qui utilise le temps du confinement “à bon escient”, “cette épidémie est un révélateur des forces et des faiblesses des sociétés. Les forts ne sont pas véritablement forts et les faibles ne sont pas seuls à l’être. Les stratégies politiques faussent les cartes. L’argent, le pouvoir, l’intérêt passent avant l’humain. Mais ce quelque chose d’invisible vient brouiller les pistes avec son pouvoir suprême. Nous lui payons une facture trop chère en morts et en deuils”. Face à cet ennemi commun, elle croit à “l’idée d’un renversement des valeurs et d’un bilan à tous les niveaux”.

Comme tout le monde, Nora a peur aussi pour sa famille et ses amis. “Il est dur de ne pas les voir.” L’espoir pour elle vient du retour de la solidarité et de l’humanité, comme le montrent ces jeunes au service des villages et des personnes vulnérables. Une leçon aussi : “Le confinement, par ailleurs indispensable, permettra aux hommes de ressentir ce qu’endure la femme à laquelle ils l’imposent dans nos sociétés traditionnelles.” 

Au Plat pays de Jacques Brel vit un artiste peintre algéro-belge qui nourrit son art d’une inspiration authentiquement algérienne. “La solitude du confinement nous permet de nous redécouvrir”, affirme Boubeker Hamsi, tout en ajoutant : “C’est un moment d’inspiration et de créativité. Je m'enferme souvent dans mon atelier pour peindre. Mes créations sont à mes yeux sources de bonheur et de réconfort. Je communique avec mes œuvres. 

Beauté, sérénité, lumière, convivialité, humanité sont des mots de tendresse qu’elles me murmurent.” Par solidarité, une fois l'œuvre achevée, Hamsi la photographie, puis la poste sur les réseaux sociaux avec la légende : “L’art soulage la solitude et guérit la mélancolie.” 

 


Ali Bedrici


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