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Culture / Culture

“Un seul héros, le peuple” de Mathieu Rigouste

Le 11 Décembre 1960, le jour où tout a changé

© D.R

Mathieu Rigouste lève le voile dans son film-documentaire sur cet épisode quelque peu “oublié” de l’historiographie. Il interroge ceux qui étaient encore enfants au moment des faits, des sociologues et des historiens sur le rôle du peuple dans ce tournant majeur dans l’indépendance.

“Sans les révoltes 11 Décembre 1960, on ne serait pas libres aujourd’hui”. C’est à travers ces mots et à la veille du soixantième anniversaire des évènements du 11 décembre 1960 que l’on saisit toute l’importance du film-documentaire “Un seul héros, le peuple” de Mathieu Rigouste, diffusé en avant-première virtuelle jeudi dernier. 

L’œuvre de 81 minutes de ce chercheur indépendant en sciences sociale est le fruit de sept ans d’enquête, de collecte de témoignages et d’analyses de la révolte populaire du 11 Décembre 1960. Dans plusieurs quartiers–les plus défavorisés–des villes algériennes, des manifestations gigantesques éclatent. Elles ne sont pas portées uniquement par des militants, mais par des prisonniers, des paysans et surtout des femmes et des enfants. Bastion de la révolution, La Casbah et le quartier de Belouizdad (Belcourt) sont en ébullition.

Dans plusieurs autres villes du pays, Oran, Bida, Constantine..., femmes et enfants sont aux premières lignes du soulèvement. La pression se fait de plus en plus forte sur les autorités coloniales au moment même où Charles de Gaulle entamait une visite du 9 au 14 décembre dans plusieurs villes algériennes après l’annonce du référendum pour une “Algérie algérienne” quelques semaines en amont. Le mur de la peur s’effondre, même si des émeutes éclatent au même moment entre les partisans d’une “Algérie française”, la balance penche nettement en faveur des “indigènes”, ces citoyens “de seconde zone” qui ont repris leur destin en main.  Mathieu Rigouste lève le voile dans “Un seul héros, le peuple” sur cet épisode quelque peu “oublié” de l’historiographie.

Il interroge ceux qui étaient encore enfants au moment des faits, comme Lounis Aït Aoudia, président de l’association Les amis de la Rampe Louni-Arezki, ainsi que des historiens et sociologues, Daho Djerbal, Ouanassa Siari-Tengour ou encore Sadek Benkada. Le manque d’archives et de récits sur ces soulèvements, en dehors de quelques rapports et articles de presse, est compensé par  l’apport mémoriel des intervenants du documentaire.

Tous ont pris part aux manifestations d’Alger, de Constantine ou encore d’Oran de manière spontanée, interpellés par les youyous des femmes ou les clameurs des hommes. Rigouste interroge les souvenirs et les douleurs de ces témoins qui se livrent peu à peu sur la guerre et les conditions dans lesquelles ils les ont vécus, la torture et les décapitations de leurs proches, leur aliénation à l’école et les moqueries subies.  Ces sexagénaires et septuagénaires qui jadis entonnaient la Marseillaise à l’école ont pourtant et de tout temps cultivé de manière active ou passive l’importance du combat contre l’envahisseur.

“Un Diên Biên Phu psychologique” 
Les retombées des manifestations sur le moral des troupes est une autre victoire pour les Algériens. Pour Ounissa Siari-Tengour, “c’était le Diên Biên Phu de la population civile mais dans l’armée aussi. Le seul fait qu’à ce moment-là, la population algérienne se reconnaisse, ou se rattache au Front de libération nationale, au GPRA, que le nom de Ferhat Abbes soit scandé. C’est ça l’espèce de rupture. Il n’y avait plus d’Algérie française”.
C’est aussi à cette période que la question algérienne s’ancre davantage dans les débats aux Nations unies, le soutien des pays-afro asiatiques et des pays arabes. 

Daho Djerbal explique que “toutes les unités qui avaient été mobilisées pour détruire l’Armée de libération nationale dans les maquis se sont redéployées et se sont repliées vers les villes. Ça a redonné du souffle aux unités du FLN qui se sont reconstituées très rapidement (…) il est impossible de vaincre un peuple qui veut son indépendance.” L’affrontement entre les autorités coloniales et le peuple, entité sans laquelle ni les révoltes d’hier ni celles de 2019 n’auraient pu voir le jour a été déterminant dans la suite du combat. Un combat arraché et payé au prix du sang et des larmes.  

Yasmine Azzouz


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