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16es rencontres cinématographiques de Béjaia

Le 7e art dans tous ses états

Pour la troisième journée de cette édition, le public a assisté aux projections de “Timoura” et “Paris la blanche”, deux films, deux histoires mais avec un dénominateur commun : l’émigration et le déracinement.

Il est 16h30, la place “Gueydon” de Béjaïa est pleine à craquer. Sur les terrasses, les gens sirotent tranquillement des cafés ou des jus frais, tout en papotant autour du 7e art ! En fait, ces cafés sont “envahis” depuis le 1er septembre par de nouveaux “clients”, notamment des réalisateurs, des producteurs, des comédiens ou des cinéphiles ayant fait le déplacement des quatre coins du pays pour assister à l’un des évènements incontournables de l’année, à savoir les Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB), considérées comme la plus ancienne manifestation dédiée au cinéma.
Le public des RCB s’élargit chaque année, grâce au programme proposé et au professionnalisme de ses organisateurs. Ces derniers, membres de l’association “Project’Heurt’s”, sont composés de jeunes étudiants ayant une seule passion commune : le cinéma. Pour cette 16e édition placée sous le slogan “Azul Cinéma”, la programmation proposera jusqu’au 6 du mois en cours des films courts, longs et documentaires de tous horizons. D’ailleurs, dans l’après-midi de lundi, le public a pu découvrir le court métrage Timoura (territoires) de Azzedine Kasri et la fiction Paris la blanche de Lidia Leber Terki. Deux œuvres qui “se déroulent au sein de l’émigration”.
Le court métrage de Azzedine Kasri, d’une durée de 26 min, réalisé dans le cadre du projet de fin d’année de la “Femis”, raconte l’histoire de Brahim, un garagiste algérien né en France, qui souhaite partir en voyage aux USA avec son fils Yannis. Mais les aléas de la vie les mèneront vers d’autres sentiers… Yanis, en quête de ses racines, rêve de découvrir la terre de ses aïeux, l’Algérie. Alors que Brahim escompte devenir un jour citoyen français. Dans son premier film bien ficelé et réfléchi, le réalisateur a su mettre en relief un conflit générationnel de la communauté issue de l’émigration. D’une part, la deuxième génération qui recherche une certaine reconnaissance du pays d’adoption, et la troisième partagée entre ses deux cultures. Quant à Lidia Leber Terki, dans son premier long métrage Paris la blanche (France, 2017, 86 min), elle a évoqué avec tendresse, à travers les personnages de Rekia (Tassadit Mandi) et Nour (Zahir Bouzerar), la situation des différentes émigrations dans l’Hexagone. Rekia, une femme d’un certain âge, décide de quitter son village pour partir à l’aventure en France, et ce, non pas pour faire du tourisme mais pour retrouver son époux. En effet, Nour a quitté la Kabylie pour travailler dans les chantiers français afin de nourrir sa famille. Au bout de 48 ans d’exil, il ne donne plus de ses nouvelles depuis 4 ans. Alors Rekia part à sa recherche pour le ramener dans son vrai foyer.
Le périple de cette femme d’une grande candeur, mais déterminée, la mènera à la rencontre de plusieurs personnages aux destins différents mais similaires à la fois. Pour ces hommes et ces femmes, Rekia représente la maman, le pays et les racines… Enfin, Nour est retrouvé dans un établissement de retraite pour les travailleurs immigrés. Rekia est bouleversée. Paris la blanche est un conte contemporain sur ces hommes partis “construire” la France, au détriment de leur “chez-soi”, lesquels au fil du temps se perdent entre les deux rives. Ces deux films proposés aux spectateurs de la cinémathèque ont passé au scalpel la situation sociale et psychologique de ces hommes tiraillés entre deux cultures et deux pays.


H. M.