Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Culture / Culture

Culture

Le chaâbi en touche d’ève

Un remarquable album, constitué de neuf titres, porté par une brillante orchestration et une voix mélodieuse. L’interprète instille de la nostalgie et de la joie vivre, et ose l’inimaginable : s’attaquer à un monstre sacré du chaâbi, el-hadj M’hamed El-Anka, en reprenant, de la plus belle des manières, un de ses plus célèbres morceaux, Sobhan lah ya ltif.

Malya Saadi porte un patronyme célèbre : elle est la fille de H’ssicen Saadi, artiste peintre et interprète de chaâbi, un des disciples d’el-hadj M’hamed El-Anka. Mais ce serait injuste de résumer le talent de Malya à un nom. Elle est bien plus que cela. C’est une talentueuse interprète, dont le premier album, Ya Bhar (ô mer), vient de sortir, en Algérie, aux éditions Padidou. Un album sous le signe de l’innovation, du raffinement et de la qualité.
On y décèle un côté indépendant, ouvert sur les sonorités du monde (musique gitane, jazz, fado, reggae), mais il y a également des arrangements virtuoses, bien réfléchis autour du chaâbi et d’autres styles bien de chez nous, comme le gnaoui ou el-wahrani. Avec un intitulé comme Ya Bhar, on s’attend à ce que les frontières (entre les airs, les mélodies et les rythmes) se pulvérisent. On s’attend également à arpenter les dédales de la mémoire d’une chanteuse, à la voix enchanteresse, qui a quitté l’Algérie à l’âge de 14 ans pour s’installer en France.
Et l’on n’est pas déçu ! Avec Ya Bhar, on s’introduit dans l’univers d’une véritable artiste, qui a su choisir des textes de qualité – et en écrire quelques-uns, comme Yemma et Bienvenue dans ma vie –, et s’entourer de brillants musiciens, qui l’ont accompagnée sur les morceaux, comme le bassiste Youcef Boukella, le batteur Karim Ziad, la violoncelliste Mimi Sunnerstam, Mohamed Abdenour “Ptit Moh” (mandole, banjo, guembri, guitare), ou encore le pianiste Smaïl Benhouhou. D’ailleurs, Ptit Moh et Smaïl Benhouhou ont également arrangé Ya Bhar, lui donnant ainsi un fort ancrage dans l’univers chaâbi, un chaâbi moderne et cosmopolite, représentatif des mélanges et des rencontres qui se font aujourd’hui dans le domaine de la musique.
Malya Saadi chante donc du chaâbi, mais elle reste une femme de son temps. Elle cherche et trouve un lien, une cohérence entre son parcours, sa réalité actuelle et un monde dans lequel elle a baigné. C’est par la voix de la nostalgie et des souvenirs que chante Malya Saadi. Elle signe, dans Ya Bhar, composé de neuf titres, une très belle reprise du célèbre titre Sobhan lah ya ltif, d’el-hadj M’hamed El-Anka, écrit par Mustapha Toumi en 1970.
Le résultat est remarquable ; la chanson est remise au goût du jour par une voix féminine, qui articule très bien le texte d’une grande profondeur, et une orchestration moderne, avec une batterie et une basse, qui s’introduisent discrètement dans le morceau. Une superbe reprise, une vraie reprise, qui ne dénature en rien l’original ; elle lui donne plutôt un cachet contemporain, qui peut à la fois séduire un jeune public et de fins connaisseurs. Le voyage musical continue avec le morceau Lila, qui commence tout en douceur, mais qui se transforme plus tard pour devenir rythmé, arrangé dans les couleurs de tagnaouite (guembri, karkabou, principe de répétition).
à la mosaïque de sonorités et aux couleurs s’ajoutent de très beaux textes, notamment Ya Bhar (écrit par Mahboub Stambouli et composé par H’ssicen Saadi), la ballade la Piscine (texte de Sapho sur une musique d’Eric Satie), ou encore Ya Ourida (écrit et composé par H’ssicen Saadi).
Somme toute, Malya Saadi réussit dans Ya Bhar à donner au chaâbi un son actuel, tout en conservant son authenticité.


S K