Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Culture / Culture

Le réalisateur Anouar Hadj Smaine à “Liberté”

“Le cinéma algérien accuse beaucoup de retard”

Le réalisateur, acteur et producteur de cinéma algérien, Anouar Hadj Smaïne. © D.R

Présent au dernier Festival du cinéma arabe d’Oran, le réalisateur, acteur et producteur de cinéma algérien Anouar Hadj Smaïne était reparti sans la moindre distinction. Depuis, son film Battle Fields, enchaîne les succès et récolte les trophées les uns après les autres. Établi à Los Angeles, bastion universel du 7e art, ce natif d’Alger n’a guère perdu ses repères en côtoyant les stars de Hollywood et envisage de produire un long métrage en Algérie dès l’année prochaine. Dans cet entretien, il narre avec modestie son parcours de cinéaste alliant écriture de scénarios, réalisation et interprétation. Il est déjà auréolé de plus d’une quinzaine de trophées. L’acharnement et l’enthousiasme qu’il démontre le prédestinent à une carrière des plus prometteuses.

Liberté : Indépendamment de votre biographie plus ou moins officielle, peut-on connaître en quelques lignes, les haltes les plus importantes de votre cheminement vers Hollywood, depuis votre apparition en 1987 en tant que jeune acteur aux côté de votre père dans Cri de pierres de Abderrahmane Bouguermouh ?
Anouar. H. Smaïne : En arrivant aux États-Unis, je ne voulais absolument pas perdre de temps, je savais que mon aventure n’allait pas être une partie de plaisir car je venais de loin, d’une autre culture, et d’un monde qui était très différent de celui où je me retrouvais. Je me mis à préparer certains examens qui me permettraient d’entamer les études que je voulais faire. Après environ un an, j’intégrais la grande université Eastern Michigan University pour faire des études qui me tenaient à cœur. Je me lançais donc dans l’informatique et le business.
Il fallait aussi travailler de très longues heures pour pouvoir subvenir à mes besoins. Au bout de quatre années d’efforts sans relâche, je décrochais un double diplôme de “Business Administration” et de “Programmation en Informatique” avec les honneurs des présidents du département d’informatique et de business de l’université. Je suis parti par la suite dans le Colorado, à Denver plus précisément, où j’ai été embauché par une compagnie d’informatique comme “Programmer”.
L’économie du pays à ce moment-là n’allait pas très bien et j’ai dû quitter mon emploi car la compagnie mettait la clef sous la porte. Je repris mes études à Eastern Michigan University, cette fois-ci pour avoir deux maîtrises ; une en sciences politiques et une autre dans les arts modernes et les langues du monde, mais il m’arrivait très souvent de penser partir vers la côte Ouest où se trouvait Hollywood et ses studios. Je me disais que si je me retrouvais en Amérique, ce n’était pour faire de l’informatique ou du business, mais plutôt du cinéma, chose avec laquelle j’avais grandi, allant avec mon cher père sur différents plateaux de films. Petit à petit, l’envie de partir était devenue trop grande, et donc dès que j’ai décroché mes deux diplômes de maîtrise (avec honneur cette fois-ci également), je vidais mon appartement et donnais pratiquement tout ce qu’il y avait dedans. J’ai sauté dans ma voiture et j’ai pris la route de Hollywood, Californie. En traversant le continent américain, je pris connaissance de la beauté, de la grandeur et de la générosité du peuple américain. Un sentiment de joie, de paix et surtout de liberté m’emplissait. Même si je n’arrivais pas à me l’expliquer au tout début, je compris vite que j’avais rendez-vous avec un destin que j’avais choisi pour moi-même et que très bientôt, je devais faire mes preuves et mon baptême du feu dans la grande machine hollywoodienne.

Votre parcours dans le monde du cinéma où vous alliez réalisation, production et écriture de scénarios est, a priori, jalonné de succès ignorés par le public de votre pays d’origine et à ce propos, cette origine-là, a-t-elle été, à un moment ou un autre de votre carrière, une source d’embûches à même de compromettre vos projets ?
Hollywood attire toutes sortes de personnes à travers le monde, et de ce fait, tous les pays, toutes les nationalités, toutes les religions et les races y sont représentées. Pour le reste, tout dépend des capacités, du sens de la communication et de la collaboration avec l’autre, de l’ouverture de son esprit et de ses idées, aussi folles qu’elles puissent être. Il n’y a aucune formule de réusite dans cette industrie, il faut être bien formé, il faut être sûr de soi-même, il faut avoir beaucoup d’imagination, de patience, et surtout travailler sans relâche et ne pas avoir peur de l’échec. Ceux qui gagnent dans la vie ne sont pas ceux qui ne connaissent jamais l’échec, c’est ceux qui tombent mais qui se relèvent et recommencent.

Dans le même ordre d’idées, l’intégration pour un étranger non européen dans la sphère hollywoodienne est-elle aussi difficile qu’on le pense. Sinon, suffirait-il seulement d’une force de conviction et d’atouts éminemment professionnels pour convaincre différents partenaires de la pertinence d’une production donnée ?
Je pense que les choses ont beaucoup évolué à Hollywood que ce soit dans les grands studios (Universal, Warner Bros, Sony, etc.) ou même à l’Académie of Motion Picture Arts and Sciences depuis qu’il y a eu les fameux scandales d’Exécutifs se moquant de personnes de couleurs aussi bien que des femmes et de certaines minorités. Il y a actuellement un effort sincère d’intégrer et de faire participer toutes sortes de talents en se basant sur le mérite et non pas sur la couleur de la peau et autres critères raciaux. L’un des gros problèmes qui se pose pour les acteurs et actrices qui sont non-blancs et non-européens est le grand manque de scénarios qui racontent des histoires autour de la vie des minorités et de ce fait, ne permet pas de mettre en valeur les capacités énormes de ces mêmes acteurs et actrices qui sont très représentatifs de leurs communautés. On avance doucement vers une industrie plus juste et plus équilibrée, mais il reste quand même beaucoup à faire pour apporter un sens d’équilibre pour tous à Hollywood.

Quelle a été la plus grande satisfaction de votre parcours ?   
La plus grande satisfaction de mon parcours ne réside nullement dans les multiples prix et trophées que j’ai pu recevoir à travers les années (j’en ai une bonne quinzaine dont les plus importants sont ceux du “meilleur réalisateur, à Beverly Hills, Californie, à Las Vegas, à Bradenton en Floride”,  “meilleur producteur, à Beverly Hills et a Bradenton, Floride”, “excellence à l’écriture et meilleur scénario à New York” et “meilleur acteur à Beverly Hills, à Las Vegas, à Bradenton en Floride” et dans bien d’autres catégories). Ma plus grande satisfaction a été de travailler sur le même plateau que le grand producteur Jerry Bruckheimer (Top Gun, Les Pirates des Caraïbes,  Pearl Harbor, Black Hawk Down) sur le film  12 Strong, d’avoir collaborer avec le directeur photo de Clint Eastwood, Monsieur Jack Green plusieurs fois nominés aux Oscars (Impitoyable, l’Inspecteur Harry, Rocky IV), sur le film qualifié aux Oscars Reign et d’avoir prêté ma voix à l’acteur Peter Fonda dans son tout dernier film La Balade de Lefty Brown pour la version française, qui est vu à travers le monde aujourd’hui.
Enfin, ma satisfaction est aussi d’avoir eu le plaisir de collaborer avec l’acteur et producteur Sean Stone qui, tout comme son admirable père qui est une référence en réalisation, est un artiste de talent et d’une conscience des défis que connaissent différents peuples du monde.

Battle Fields constitue-t-il pour le moment actuel, une consécration majeure de votre carrière, voire un aboutissement et un tournant décisif dans le lancement de celle-ci ?
Battle Fields ou Champs de batailles est effectivement un travail très important que j’ai eu le défis et l’honneur de  penser, développer, mettre en scène et créer.  En écrivant le scénario de ce film il y a quelques années de cela, mon but ultime était de mettre au grand écran deux personnages que tout était censé séparer : leur foie, leurs origines et leurs identités nationales, et enfin, une guerre qui a détruit leurs vies et celles des leurs. Mais à travers une rencontre au hasard et une conversation, les deux découvrent que leurs peines, leurs souffrances, leurs espoirs et leurs joies sont tout à fait les mêmes Pour me rapprocher de la réalité le plus possible, j’allais rencontrer des vétérans et des réfugiés vivant à Los Angeles et au-delà, pour entendre leur histoire et essayer de comprendre leurs situations, leurs peines, leurs vies. Si notre film a pu avoir un quelconque succès, c’est bien grâce à eux et c’est bien à eux et à leur humanisme que je le dédie. Le film en lui-même est un hommage et un hymne à l’humanisme, à l’amour et au vivre-ensemble. Je voulais le faire pour exprimer mon attachement à ces valeurs que j’ai apprises  de mes parents: des Algériens, des gens bons et de grands humanistes.

La thématique du film Battle fields prête d’emblée à équivoque au sein de la société américaine. Aussi, a-t-il été facile pour vous de convaincre vos partenaires de la production notamment de la pertinence du scénario ?
Très sincèrement, je n’ai vraiment pas eu à convaincre qui que ce soit pour rejoindre cette production et faire le film. J’ai montré le scenario à quelques amis et collaborateurs de confiance: Jonathan Angelier (mon producteur de longue date), Sean Stone (collaborateur et très bon ami), Jake Clark (vétéran de la guerre froide, ancien garde du corps du Président Reagan et très bon ami), Mohamed Tamimi (acteur et ami irakien de Baghdad).  Tous ont beaucoup aimé le scenario et se sont mis à mon entière disposition pour faire avancer le projet et faire le film vu l’état actuel du monde.

Nous avons fait une campagne de récolte de fonds (crowd-funding) en divulguant le synopsis et les raisons mêmes de faire ce film et les gens – des Américains pour une très grande partie – ont financé le film. La beauté de l’Amérique selon ma propre opinion c’est que les gens, pour une grande partie, restent très ouverts d’esprit. Ils soutiennent les idées qui servent l’intérêt commun car cela fait avancer une société vers le vivre-ensemble, et c’est bien cela ce que nous voulions faire avec le film.

Revenons aux origines et au climat familial qui a certainement influé votre choix de carrière sachant que votre père n’est autre qu’une figure du théâtre algérien, Hadj Smaïl Mohamed Seghir, en l’occurrence. Une influence qui a dû certainement impacter votre orientation vers le cinéma ?
Je dois absolument tout à ma mère et mon père. Concernant le cinéma et l’art très spécialement, mon père Hadj Smïn a effectivement été la plus grande influence sur ma vie, il l’est toujours et il le restera. Je me souviendrai toujours des reproches que je lui faisais quand il m’emmener avec lui à l’école nationale d’Art dramatique où il enseignait (une école dont il avait été un des membres fondateurs).
Je lui demandais pourquoi c’était toujours les autres qui montaient au tableau et lisaient des textes ou des dialogues et pas lui. Il souriait en m’expliquant que c’était eux qui apprenaient et non pas lui.
Je me rends compte aujourd’hui qu’en le regardant, il y a des années de cela, jouer différents rôles dans les plus grandes productions algériennes comme Les Enfants de Novembre de Moussa Haddad, Patrouille à l’Est de Amar Laskri, Chroniques des années de braise de Lakhdar Hamina, Mariage de dupes de Hadj Rahim, L’homme qui regardait les fenêtres de Merzak Allouache, avait tracé ma tournée et scellé mon sort à l’enfance.

Quelle appréciation faites-vous du cinéma algérien en ce moment et quelle politique préconisez-vous pour son essor ?
Comme beaucoup de gens du métier, je pense que le cinéma algérien a accusé beaucoup de retard en raison d’éléments différents, liés à l’histoire récente de notre beau pays, mais il n’est pas trop tard pour se rattraper et bien faire. Une industrie cinématographique ne peut se faire sans formation dans tous les domaines de cette même industrie. Nous avons un grand besoin de toutes sortes de techniciens, de scénaristes, de réalisateurs, de directeurs photo, d’ingénieurs du son et autres professions qui ensemble, font qu’une production réussisse à tous les niveaux (l’écriture, le jeu, la réalisation, l’image, les costumes, le maquillage, etc). Pour que cela se fasse, il faudrait certainement penser créer une grande école de cinéma qui se spécialiserait dans tout ce qui se rapporte à la création cinématographique. Il faut également penser sérieusement à réhabiliter toutes les salles de cinéma du pays, car un film doit non seulement passer par des festivals, mais aussi être rentable tout en divertissant différentes audiences. Il serait également judicieux de créer un grand studio pour que différentes productions algériennes et autres, puissent créer localement.

Parlez-nous un peu de vos projets et de votre souhait en termes de réalisation cinématographique ?
Je continue tout d’abord à accompagner mon dernier film Battle fields dans certains festivals qui demandent ma présence en tant que réalisateur. Mais, j’ai pour projet de produire un film a Los Angeles vers mars 2019 pour mon ami et collaborateur Jonathan Angelier, puis essayer de faire un long métrage en Algérie vers septembre/octobre 2019. Comme je suis également acteur, j’ai trois films à faire entre octobre 2018 et février 2019. Je salue tous vos lecteurs et souhaite à l’Algérie et à son cinéma tout le succès pour les années à venir


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER