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Culture / Culture

Il est l’auteur de nombreux ouvrages inspirés de la Kabylie

Le fabuleux destin d’Ernest Jouzel

© D. R.

Ancien enseignant et directeur d’école dans la région de Taourirt Abdallah (Ouadhias, Tizi Ouzou), Ernest Jouzel est tombé sous le charme des habitants de cette localité. De retour en Bretagne, il s’est mis à l’écriture de romans inspirés de son ancienne vie, à l’instar de Revoir mes ex en Kabylie ou encore Thamila, la colombe de Bouzguène.

Nous sommes en 1970. Ernest Jouzel venait de sortir de l’école pédagogique de Rennes. Il devait effectuer son service militaire, mais cela ne l’intéressait pas. Il avait le choix d’opter pour la coopération. Il est nommé instituteur à Boufarik, mais comme il n’y avait plus de poste, il est réaffecté à l’école des pères blancs de Taourirt Abdallah, aux Ouadhias, où il enseignera durant deux ans (1970-72). Sur demande des pères blancs, il effectue une année de plus comme directeur de l’école qui sera fermée en 1973, l’État ayant construit une école publique au village.

À la fin de son service, Jouzel rentre en Bretagne où il enseigne jusqu’à sa retraite. Mais l’histoire ne s’arrêtera pas là. “À Taourirt Abdallah, les gens m’ont observé et adopté au bout de deux ans, alors que j’étais directeur. Comme il fallait que je fasse des dossiers de bourse pour les 6es, j’allais chez les familles, car il fallait mesurer les parcelles, et on discutait, c’est là où j’ai pu pénétrer un peu la société locale.

Les gens ont compris ma psychologie, ma sensibilité, mon amour pour cette région et m’ont adopté”, a-t-il confié. De sa Bretagne, il n’a jamais cessé d’avoir des relations avec les villageois de Taourirt Abdallah. À sa retraite en 2003, il n’a eu qu’une envie : “Retourner là-bas. Retrouver mes élèves. Avec le développement d’internet, je suis tombé sur un gars des Ouadhias qui m’a invité. Il m’a accueilli pendant trois semaines en 2007. À Taourirt Abdallah, j’ai rencontré d’anciens élèves. Un jour, ils ont fait une rencontre avec le maximum d’ex-élèves à la nouvelle école publique construite juste en-dessous de l’école des pères blancs, la fête a eu lieu le 11 mai 2007 par un temps printanier.

Mes anciens élèves ont eu des fortunes diverses : directeurs d’école, ouvriers au Sud, certains ont émigré en France ou au Canada”. Ernest Jouzel garde le contact, retourne en Algérie en octobre 2007, en avril 2008, puis en mai 2010. “Je devais revenir en 2014, mais il y a eu l’assassinat d’Hervé Gourdel qui a fait tomber le projet de voyage sur conseil des villageois. Ensuite, avec l’âge et des ennuis de santé, je n’y suis plus allé.” Par contre, il garde le contact et tout le monde lui témoigne le respect dû au “cheikh licoul”. Son expérience humaine à Taourirt Abdallah et ses voyages en Algérie l’ont inspiré pour écrire plusieurs ouvrages. Dans Bretagne-Kabylie, à cœur ouvert (2013), il a essayé de ressusciter les souvenirs de 35 ans et parle de tout ce qu’il a vécu à Taourirt Abdallah.

Le second livre, Revoir mes ex en Kabylie (2014), au titre volontairement humoristique, raconte ce qu’étaient devenus ses anciens élèves. Il dit aussi ce qu’il perçoit de l’évolution des villages qu’il avait fréquentés autrefois. “Surpris de voir dans la plaine ces immenses bâtisses, construites de manière un peu anarchique, un environnement dégradé, des décharges sauvages. Cela m’a fait mal. Il y a aussi un changement des mentalités, les gens sont toujours accueillants, mais beaucoup plus individualistes, il y a moins d’humanité et plus de matérialisme qu’avant.” Son expérience humaine à Taourirt Abdallah et ses voyages en Algérie lui ont inspiré d’autres ouvrages : Thamila, la colombe de Bouzguène et Thamila déploie ses ailes, qui racontent le combat des femmes pour leur émancipation dans une société conservatrice et celui qu’elles mènent pour leur réussite sociale par le travail.

Cette histoire nous rappelle celle de Claude Cornu, auteur d’Inourar-nouader (2018) qui raconte son histoire d’ancien appelé durant la guerre de libération nationale et qui, pacifiste, a eu la chance d’être versé dans l’enseignement dans un petit village des Aurès. À ce jour, il continue de s’y rendre, à la rencontre de ses anciens élèves ou leurs proches avec lesquels il a tissé des relations humaines d’une grande densité. Comme des rayons de soleil dans la tempête, ces histoires révèlent que l’humanité peut parfois transcender les horreurs de la guerre.
 

ALI BEDRICI

 



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