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Culture / Culture

L’historien et chercheur Martin Rios Saloma

“Le Mexique utilise pas moins de 5000 mots d’origine arabe”

©D. R.

L’historien et universitaire Martin Rios Saloma était l’invité de l’ambassade du Mexique en Algérie, pour animer une conférence au 22e Salon international du livre d’Alger (26 octobre-5 novembre). La contribution de ce chercheur et professeur à l’Unam (Université nationale autonome du Mexique) était dans le cadre de la rencontre “Autopsie du colonialisme”, tenue le 1er novembre. Rencontré durant le Sila, M. Saloma est revenu sur sa passion pour l’histoire de la Méso-Amérique et sur la conquête de l’Amérique et la conquête hispanique du Mexique, ainsi que les différentes similitudes entre son pays et l’Algérie.

Liberté : Vous êtes historien et universitaire à l’Unam (Université nationale autonome du Mexique). Quel est l’objet de vos recherches ?
Martin Rios Saloma :
Je travaille à l’Unam (Université nationale autonome du Mexique), et c’est l’une des plus importantes du pays. À l’obtention d’un doctorat à Madrid, je me suis intéressé à l’histoire du Moyen Âge espagnol. Alors j’ai décidé de comprendre un peu plus le processus de la conquête du Mexique à partir de la fin du 15e au 16e siècles. Mon sujet de recherche est basé sur la construction du récit historique en Espagne sur le Moyen Âge. Les historiens de l’époque contemporaine, allant de la fin du 15e jusqu’au 20e siècles, ont mené des recherches sur le passé médiéval, et comment se construit un récit à partir de ce passé. Il était aussi question de l’intégration de l’Andalousie et de la culture arabe par rapport à sa propre identité culturelle et nationale. Comme je suis mexicain, je ne suis pas marqué par l’histoire nationale espagnole. J’ai une approche scientifique éloignée et je peux voir des choses que mes collègues espagnols normalement ne peuvent pas constater. D’ailleurs, dans mon travail, j’ai axé mes recherches sur l’histoire espagnole médiévale, contemporaine, et sur la conquête du Mexique.

Il y a beaucoup de similitudes entre la culture arabe et mexicaine. Pensez-vous qu’il y ait un rapport direct avec la conquête musulmane de la péninsule Ibérique ?
Oui. Il y a beaucoup de similitudes entre la culture arabe et mexicaine. La présence arabo-islamique dans la péninsule Ibérique a bien marqué la civilisation espagnole à l’époque moderne. Donc la conquête du Mexique a été faite grâce à cette expérience dans la Méditerranée, et ce, à travers l’expérience militaire, culturelle, scientifique et linguistique. En Espagne, il y a 5000 mots d’origine arabe, et nous les utilisons également au Mexique. Notre espagnol est “antiquisant”. Il y a aussi une culture méditerranéenne qui a traversé l’Atlantique, et elle s’est développée sur l’Amérique latine en générale. En Algérie, je trouve qu’il y a des éléments très semblables aux nôtres : la culture familiale, rencontres, partages…

Vous avez participé à la conférence “Autopsie du colonialisme”, organisée dans le cadre de la célébration du déclenchement de la guerre de libération de l’Algérie. En quoi consistait votre contribution ?
J’ai donné un point de vue différent sur l’approche comparative entre l’histoire américaine et algérienne. Entre ces deux pays, il y a de nombreux points en commun, surtout dans le processus des conquêtes et de colonisation d’un pays par l’autre. Il faut savoir aussi distinguer les périodes et les époques, et nous ne pouvons pas transmettre vers le passé nos idées et nos conceptions politiques, culturelles… Par exemple, on ne peut pas utiliser le terme de victimes dans le 15e siècle, car si on essaye d’expliquer le processus de la conquête avec l’outillage scientifique dans le 20e siècle, le terme indigène n’existait pas à l’époque, c’est un mot qui a été inventé au 19e siècle lors de la conquête néocoloniale de l’Europe en Afrique. Aux 15e-16e siècles, ils utilisaient d’autres mots, notamment “naturel” : des gens libres qui appartiennent à la monarchie… Ce que je trouve intéressant, c’est cette approche comparative, et de voir quelles sont les similitudes et les différences.

À l’issue de cette rencontre avec des historiens algériens, avez-vous le projet de réaliser des collaborations et des échanges sur cette histoire “commune” ?
L’idée de l’ambassadeur du Mexique est de réaliser des échanges avec l’université autonome du Mexique. D’ailleurs, nous avons un séminaire important sur l’Asie et l’Afrique, qui possèdent des éléments communs. Il faut développer les approches scientifiques dans les sciences humaines, la littérature, l’histoire, l’anthropologie, la sociologie… Je suis content de donner un coup de pouce à ce projet de coopération scientifique. On va essayer de le réaliser l’année prochaine.

Entretien réalisé par : Hana Menasria


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