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Culture / Culture

…SOUFFLES…

Le vertige intellectuel

Amine Zaoui

Les chiffres ballonnés me font horreur ! Nous sommes en 2015, selon le calendrier grégorien. En 1436 d’après le calendrier de l’hégire. Un calendrier variable et sans consensus musulman. Et il est musulman parce qu’il est ainsi. Incertain. Disputé. En désaccord ! Au  pays d’un million et demi de martyrs Allah yarhamhoum, nous avons un million et demi d’étudiants universitaires, un peu plus, et tant mieux. Cinquante  universités, un peu plus, et on en est fier. Dans chaque ville, une université a fleuri. Même dans des villages, les universités poussent. Et tant mieux. Environ cent mille encadreurs pédagogiques, administrateurs y compris, qui veillent sur  ce million et demi d’étudiants. La gent féminine dépasse celle des machos ! Celles en djellaba, en hidjab, en niqab, en pantalon ou en minijupe ! Et dans ce bon monde qui frôle les deux millions d’élite, la crème, un bon éditeur algérien, n’arrive pas à réaliser un tirage de trois mille exemplaires pour un bon roman ! La honte ! Nous avons plus de trente mille établissements scolaires. Et tant mieux ! Huit millions de scolarisés, un peu plus, fréquentent ces établissements. Huit millions d’âmes font un peuple, n’est-ce pas ? Le nombre de nos scolarisés dépasse de loin le nombre de toutes les populations de tous les pays du Golfs réunies. Plus de deux cent mille encadreurs qui parrainent ce peuple tout jeune, énergique. Ardent. Tonus ! Et en tout ce grand monde, nous n’arrivons pas à trouver cinq mille bons lecteurs ! La honte ! Les chiffres étirés me font vomir ! Nous avons un corps médical exceptionnel, des milliers de médecins, des milliers de profs médecins. Des paramédicaux, je n’ai pas de chiffre exact, mais sans doute, ils sont nombreux, fourmillent, et tant mieux. Et nous avons des hôpitaux universitaires, des polycliniques et des urgences. Et nous avons même un Institut Pasteur d’Alger, et tant mieux.
En somme, un large monde qui veille sur la santé d’un monde plus large encore. Et partout, dans le monde des autres horizons, on qualifie la gente médicale de bon lecteur littéraire, mais chez nous, nous n’arrivons pas à écouler trois mille exemplaires d’un bon roman ! La honte ! Les chiffres soufflés me font horreur ! Et nous avons, afin de ne pas oublier, une soixantaine de partis politiques. Les doyens, les vieux et les nouveaux. Les soudés. Les collés. Les recollés. Les explosifs. Les explosés. Les originaux. Les contrefaits. Les faits. Et les taiwanes ! Et ces partis n’arrêtent pas de nous harceler des nombres vertigineux d’adhérents, d’amis et des fans. À l’image des stars, les partis politiques ont des fans, en Algérie ! Et nous avons, à l’image des pays démocratiques,  des syndicats de travailleurs et des syndicats de chômeurs, et tant mieux ! Mais, malgré tout ce monde, politiquement mobilisé, syndicalement engagé, nous n’arrivons pas à faire aimer le livre à quelques centaines de ce beau monde convaincu et déterminé. Imaginons un lectorat composé, uniquement, de membres des bureaux politiques des soixante partis, de membres des conseils nationaux, de membres des comités centraux, de membres des bureaux nationaux des syndicats, nous enterrons, pour de bon, l’analphabétisme politique par la lecture créative et culturelle. Les chiffres gonflés me font mal ! Et nous avons cinquante titres de journaux, un peu plus, et une dizaine de chaînes de télévisions, clandestines et semi-clandestines, et tant mieux, avec quelques milliers de femmes et d’hommes qui font la rédaction de ces espaces écrits ou télévisuels, mais dans tout ce beau monde qui façonne l’opinion publique, où sont-ils les lecteurs de la belle littérature ? Dans une société où la lecture créative est absente, l’obscurantisme religieux est florissant et l’analphabétisme politique est prospère.

A. Z.


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1 réactions
no passaran le 16/07/2015 à 16h28

vos constats sont plus ou moins justes, c'est bien de le faire mais votre conclusion, on la chercher entre les lignes et encore. un écrivain révèle la vérité que cache les exploiteurs, le dictateurs. la vérité elle est dans les structures culturelles et politiques de la société. et cette culture est féodale et tribale qui plus elle entretient un rapport fait de haine et de fascination avec l'Occident. on aime ses gadgets et sa technologie mais certaines de ses libertés sont inconnues et rejetées

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