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Culture / Culture

“Le transistor insoumis” de Haidar Jallal

L’écriture : une forme d’insoumission

C’est une histoire, réelle ou pas, mais qu’on se raconte à travers les Aurès. Lors d’une rafle des parachutistes de l’armée coloniale, des maquisards ont été pris de court, ils étaient en train de siroter un café. Alertés par la femme qui faisait le guet, dans un mouvement de panique, ils ont oublié le transistor en marche. La femme sentinelle, qui n’a jamais vu une radio de sa vie, demande à celle-ci de se taire en chaoui. La radio continue de diffuser. Ne faisant ni d’un, ni de deux, la femme courage se saisit de la hache et brise en mille morceau radio, réduite au silence... Des fois il faut user de la force, celle de la femme, que nous avons séquestrée, quand bien même elle nous a aidés, soignés, bercés.
Le jeune auteur Haidar Jallal reprend dans son premier roman, au titre plus qu’évocateur, l’histoire de cette radio, qu’on appelait jadis TSF (téléphone sans fil) qui a aussi meublé, des décennies durant, le quotidien des habitants de la montagne. Fil conducteur mais aussi fil d’Ariane, d’une histoire de l’arrière-pays qui a pour décor le mont Awrès, mais pas pour la carte postale, ni le folklore. L’auteur, en usant d’une description zolienne, narre une époque où la femme (sa grand-mère) portait des habits aussi bariolés (abarbache en chaoui) que la nature elle-même. Sur un ton plus que nostalgique, l’auteur se remémore. “Ma grand-mère me prenait sur ses genoux, me grattait la tête, me chantait des berceuses et d’autres contes pour me faire dormir langoureusement. Nous sommes arrivés à acheter le couscous de la superette du coin et, du coup, je n’entends plus ma grand-mère fredonner un air – lhwa nouedhrer (le vent de la montagne) – que ma sœur ne connaît pas…”
Le transistor insoumis, voire bâillonné, n’est autre qu’une époque aussi belle, douce, douillette soit-elle. Elle est bel et bien révolue, mais peut-être pas morte, se dit Haidar, qui comme pour se rassurer, invoque les affres et des plus douloureux subis par la région des Aurès, dont les habitants n’ont pas abdiqué.
Il ressort la phrase étendard : peut être vaincu, mais jamais soumis. Colonialisme, terrorisme, aliénation, parti unique… C’est peut-être dans ce chapitre atroce que se trouve le point d’orgue de l’histoire amplement imagée, un peu parodiée mais dite crûment, avec des mots qui semblent être vulgaires, repoussants, injurieux, mais réels et vrais.
Haidar, l’enfant d’un petit village des Aurès, El-Oualja, au sud de Khenchela, imagine certes, mais n’invente pas, nous dit l’auteur. Il dit sur un ton un peu décalé, voire moqueur : “Ma mère, ma sœur, mes voisins, mon entourage ne ressemblent en rien à ma grand-mère, qui était plus libre que les jeunes filles de nos jours, qui ont des applications sur des tablettes mais pas de liberté. Comprendre : soit belle et tais-toi, repris par la couverture du roman qui fait le buzz sur les réseaux sociaux.” Jallal Haidar ne fait pas dans la langue de bois, il dit ne pas connaître ni reconnaître l’histoire officielle, qui édulcore les faits et les réalités et marginalise le rôle de la gardienne de la mémoire : la femme.

H. TAYAB


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