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Culture / Culture

Réédition de l’ouvrage “De la civilisation musicale andalouse” de Tedjini Haddam

Les empreintes d’un riche passé culturel

© D. R.

Foisonnant de détails et d’informations sur la genèse et la transmission de musique de par le monde, le livre remonte le fil de l’histoire et ravive un passé encore présent dans notre quotidien.

L’ouvrage de l’ancien homme politique, médecin et passionné de philosophie, Tedjini Haddam, a été réédité à titre posthume, par les éditions ENAG. Aux côtés d’Écrits et réflexions philosophiques et Souvenirs des années passées en poste en Arabie Saoudite figure l’ouvrage dédié à la musique arabo-andalouse, intitulé De la civilisation musicale andalouse. Cette réédition, parue avant la disparition de l’auteur en 2000, a été réalisée grâce à la collaboration du fils de l’ancien recteur de la mosquée de Paris.
À partir de leurs discussions qui remontent à l’enfance, Tedjini présente d’emblée les motivations de ce travail, inspiré par les réflexions de son ami d’enfance et, tout comme lui, futur médecin, sur la musique andalouse. “Mon ami a une passion très forte pour l’Andalousie, pour tout ce qui est andalou, musique, poésie, littérature, art, etc. Il a toujours été fasciné par cette brillante civilisation dont les effets subsistent jusqu’à nos jours.” Et l’auteur de continuer : “C’est depuis bien longtemps qu’il me sollicite, avec insistance, de matérialiser par écrit cet écho lointain qui ne cessa de troubler son âme (...) Il voulait également mettre un peu d’ordre et de clarté dans l’idée qu’il se fait de sa lointaine et inaccessible seconde patrie, ainsi que dans tout ce qu’il peut réunir comme documents et informations.” Remonter le fil de l’histoire, raviver un passé encore présent dans notre quotidien et qui a “laissé une empreinte indélébile dans la mémoire collective” à travers cette musique millénaire, sa transmission, sa participation dans le mouvement nationaliste et ses différentes écoles au Maghreb, Haddam apporte une analyse où se mêlent son érudition, sa passion et l’histoire algérienne. 

Un héritage musical pérennisé par Al-Maqqari 
De l’Irakien Zyriab, il dit que son héritage musical et philosophique fut pérennisé par Al-Maqqari, “un historien de Tlemcen qui lui consacrera un ouvrage popularisé deux siècles plus tard par une poignée d’orientalistes qui firent son apologie et le décrétèrent ‘inventeur du style arabo-musulman’”. Répandue dans le bassin méditerranéen, la musique andalouse trouve donc, également, des ramifications en Occident et en Orient. Soudan, Maroc, Espagne, Portugal, Inde du Nord, la musique andalouse influencera de nombreuses traditions musicales du monde. Ainsi, en parlant de la musique soudanaise, il dira qu’“elle greffe l’élégance et les raffinements poétiques de l’arabo-andalou sur une construction pentatonique. Le luth reste l’instrument de prédilection…”. Au Rajahstan, “les genres chantés comme le ‘quai’ et ‘khyal’ détrônent l’ancien ‘dhrupad’ (…), genres basés sur une osmose des traditions musicales arabo-persanes, donnent une nouvelle identité à l’Inde du Nord”. 

Le rôle des juifs dans la préservation de l’andalou
Plus loin, Haddam évoque l’imbrication de “l’élément israélite” dans la musique andalouse en Algérie. “Après le désastre de la fin de la civilisation musulmane en Andalousie, le sort des juifs était pratiquement lié à celui des musulmans.” Les populations des deux confessions transportent avec elles, en terre d’islam, “leurs musiques, leurs technologie (agriculture en particulier) et le savoir-faire”. En Algérie, les connaissances musicales des juifs seront portées par des artistes comme Lili Labassi, Raymond de Constantine, Enrico Macias et beaucoup d’autres. “Ces artistes et amoureux de cette musique ont participé efficacement à la sauvegarde d’un patrimoine national, même au sein du mouvement associatif.” Plus loin, l’auteur fait le lien entre la musique andalouse et la musique chaâbi. Se basant sur les explications de Taleb Bendiab Sidi-Mohamed, il reprend, concernant la genèse de la musique chaâbi : “Par un mécanisme de société, les couches populaires avaient eu un besoin de créer leur propre musique, leur propose poésie.” Au même moment, un nouveau phénomène sociologique fit son apparition : “El-Moualladoune”, né de la fusion des peuples arabe et ibérique. Riche en détails et en informations sur la genèse, les créateurs et ceux qui ont transmis cette musique de par le monde, cette réédition de La civilisation musicale andalouse de Haddam est un ouvrage qui s’adresse aux professionnels comme au grand public, et ravive par-là même ce passé musical et culturel dont les empreintes sont encore présentes aujourd’hui.
 

Yasmine Azzouz 
Tedjini Haddam, De la civilisation musicale andalouse, éditions Enag, 460 pages, 2018. 1 500 DA. 


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