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Culture / Culture

L’auteur et chercheur Nedjib Sidi Moussa a présenté son ouvrage à Alger

Les messalistes, la révolution et l’exil

Nedjib Sidi Moussa, docteur en sciences politiques à l’Université Panthéon-Sorbonne. © D.R

Le siège d’Interface Médias a abrité une rencontre autour de l’ouvrage “Algérie. Une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj” de Nedjib Sidi Moussa, qui vient de paraître aux éditions Barzakh.

Docteur en sciences politiques à l’Université Panthéon-Sorbonne et militant de gauche, Nedjib Sidi Moussa vient de publier son deuxième ouvrage Algérie. Une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj (éditions Barzakh). 

À cette occasion, une rencontre a été animée, mercredi dernier en présence de l’auteur  au siège d’Interface Médias (Alger), durant laquelle, il est revenu sur cet ouvrage qui est le “résultat d’une thèse soutenue en 2013 à la Sorbonne”. 
Pour le chercheur et comme mentionné dans la 4e de couverture, “cet ouvrage se propose de saisir les propriétés du milieu messaliste et de comprendre comment ces colonisés deviennent révolutionnaires, comment ils qualifient de révolution ce qu’ils font, comment ils mettent en pratique la révolution et comment, leur défaite consommée, ils cherchent à rester fidèles à cet engagement. Car il y a bien eu une révolution en Algérie, ne serait-ce que par ‘rupture du système colonial français’”. 
À ce propos, Nedjib Sidi Moussa a expliqué qu’“en insistant sur la pluralité, sur le conflit, pas seulement le conflit avec le système colonial, pas seulement le conflit qu’on retient souvent entre le MNA et le FLN, mais aussi le conflit au sein du MNA et des dirigeants messalistes, un conflit qui a souvent été évacué de la mémoire, du discours ou qui n’a été que très peu documenté”. Afin  de répondre à ces questionnements, le chercheur s’est “appuyé” sur des sources inédites et non publiées, notamment “des archives de surveillance du côté des services de répression français, donc toute une série de documents, de sources, qui n’étaient pas accessibles”. Il a cité l’exemple de Mohammed Harbi et de Benjamin Stora, qui ont ouvert la “voie dans les années 70-80. Ils ont permis à la question messaliste de se réinscrire dans l’historiographie alors qu’elle était quand même assez marginalisée à l’époque”. Malgré cette situation, les deux historiens ont pu réaliser des “entretiens avec des militants et des dirigeants qui étaient encore vivants, un privilège dont je n’ai pas pu disposer. Car toute cette génération a disparu dans les années 1990/2000”. 
Le conférencier n’a pu que s’appuyer sur des archives diplomatiques, militaires, policières de Paris, et des archives de l’administration coloniale. “J’ai eu la chance de consulter les archives de Messali et de son courant qui ont été mises à ma disposition par sa famille qui m’a garanti toute indépendance, et qui ne m’a jamais aiguillé ou fait quoi que ce soit de ce genre pendant mes années de recherche.” 

Messali, symbole de la lutte anticoloniale 

Interrogé par le modérateur Sofiane Hadjadj, sur le rapport entre la figure de Messali et le nationalisme, l’auteur — issu d’une famille de messalistes — a rétorqué que par sa (Messali) ténacité, sa persévérance, par les persécutions, et les peines de prison il “devient le symbole vivant de la lutte anticoloniale, il devient le père des nationalistes, plus que du nationalisme d’ailleurs”. À ce sujet, il a raconté que c’est en son nom qu’ont été appelés à se mobiliser “ses partisans en Kabylie ou dans les Aurès, même si ces dirigeants avaient pris leurs distances avec Messali, ils savaient très bien qu’en 1954, ce n’était que sur son nom qu’on pouvait lever des martyrs, il n’y avait personne d’autre à l’époque, personne ne pouvait égaler son charisme, personne ne pouvait personnaliser ou incarner à ce point la cause nationaliste”. 

Concernant l’expression “le culte de la personnalité” attribuée à Messali, selon Sidi Moussa, elle est apparue “en écho au rapport à Khrouchtchev, c’est à partir de ce moment-là que dans la littérature du FLN et des alliés on  plaquera ce schéma sur Messali, là aussi c’est toujours important de recontextualiser”. Car pour sa part, il considère avec réticence que “cette expression, dans la mesure où on aurait tendance à simplement accuser Messali de s’être installé dans un statut confortable de despote — plus ou moins éclairé d’ailleurs — c’est oublier un peu vite, comme l’écrivait d’ailleurs Harbi très justement, que ce sont bien des dirigeants de l’appareil du parti messaliste qui ont eu intérêt, à un moment donné, de construire également un personnage derrière lequel ils vont pouvoir s’abriter et essayer de mener une politique”. Tout en précisant qu’“il faut toujours être juste dans l’analyse et bien situer les responsabilités entre un dirigeant qui a été souvent isolé, souvent écarté de ses militants, de son peuple, de sa terre natale, et des dirigeants, des entrepreneurs politiques qui ont souvent parlé au nom de Messali”.

Le mouvement nationaliste et “la vie démocratique” 
Sur le combat anticolonialiste, le mouvement nationaliste “n’est qu’une branche du combat anticolonial, on ne peut pas dire que les communistes étaient nationalistes, mais ils étaient anticolonialistes de fait, ce qui renvoie à la question de la pluralité”. 
Dans ce contexte, Sidi Moussa s’est dit avoir eu l’impression d’avoir travaillé sur leurs “trajectoires, sur les combats qu’ils ont menés, comme étant des outsiders, des marginaux qui ont essayé de dépasser ce statut de marginal”. Par ailleurs, l’une des caractéristiques des messalistes, c’est qu’il puisse y avoir un parallèle avec le premier Parti communiste en France ce “qui est dans un sens une anomalie politique ; car c’est le premier parti politique, voire le seul qui a permis à des ouvriers de faire irruption sur la scène politique”. Et les messalistes ont suivi la même démarche en “intégrant” des ouvriers, des artisans “beaucoup n’avaient pas fait d’études”. “Il y a une dimension importante, c’est celle de caste et de classe, même si, précisons-le encore, il y a un apport ou un héritage qui vient du mouvement communiste – Messali lui-même a été membre du Parti communiste – à mon sens, c’était davantage un mouvement plébéien que prolétarien, même si, selon des déclarations notamment à destination de la gauche française, le mouvement messaliste et le MNA en particulier dans sa brève époque triomphante va se revendiquer de parti d’avant-garde, voire un parti de classe ouvrière.” Et le conférencier de conclure : “Ils étaient, pour moi, en réalité des outsiders, ils ont toujours cherché à sortir de leur marginalité, et quand, à un moment, ils ont prétendu ou cru être hégémoniques, très vite ils ont été minés par des contradictions internes. Cela est typiquement la trajectoire du mouvement indépendantiste après 1945/47, l’époque du MTLD.”  Une période où le mouvement messaliste “PPA/MTLD prétendra être le parti de la Nation algérienne, eh bien, très vite on arrivera à une crise et ces velléités hégémoniques ne seront plus à l’ordre du jour”. Concernant le volet de l’exil des messalistes et leur révolution, l’orateur a tenu à préciser que “les messalistes ne sont pas les seuls révolutionnaires, il y a d’autres courants qui aspirent à la rupture avec le système colonial, on ne va pas citer toutes les organisations ou toutes les sensibilités, qui se plaçaient sur le terrain de la révolution”. 
Pour les messalistes, la définition de la révolution était d’utiliser des “moyens illégaux à mettre en œuvre pour agir politiquement, il n’y avait pas d’actions sur la transformation de la société, ils n’intellectualisaient pas nécessairement leur démarche politique”. En Algérie, il y a eu une révolution anticoloniale, une révolution politique. “Il ne faut pas se focaliser seulement sur les faits d’armes mais voir comment cela a bougé dans la société, notamment la question féminine et l’organisation des travailleurs.”


H. M.



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