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Culture / Culture

Décès de Hmed Lahlou

Les poètes meurent-ils vraiment ?

© D. R.

En 2003, j’assistais à la remise des prix lors du Festival de poésie organisé conjointement par les associations Ssi Mouhand-Oumhend et Yusef-Ouqasi à Tizi Ouzou. Après l’annonce des résultats, je vois monter sur scène une silhouette un peu sombre d’un homme longiligne qui d’apparence semblait tout effacé. On lui demande de déclamer le poème pour lequel il venait d’être primé du premier prix. Du fond de la salle et à mesure que Hmed Lahlou, porté par une gestuelle qui accompagnait la mesure syllabique des vers avec une voix où roucoulait une intonation, j’étais surpris par tant de pouvoir de son verbe. Je me réveillais sur l’excellence des mots agréablement combinés que seul un poète de sa taille savait modeler. Avec force de composition, Lahlou va jusqu’à transgresser les formes établies d’une langue qui a traversé des siècles par la seule voix orale. Il les a bousculées pour libérer la poésie kabyle de ses anciens cadres rigides. Cette rébellion marquera à jamais un véritable tournant dans la composition poétique. J’entendais plus qu’une versification, mais plutôt un discours sur soi. En effet, il deviendra le modèle à suivre. Son poème intitulé Amessebrid (l’itinérant) est une révélation sur les capacités de la langue kabyle à dire le monde. Le texte fera donc date et une amitié profonde nous nouera. Enseignant de profession, Hmed Lahlou parcourra toute la Kabylie en continuateur de Ssi Mouhand Oumhend. Il est partout accueilli en aède des temps modernes. En 2008, à la Bibliothèque nationale du Hamma, dirigée alors par Amin Zaoui, un vibrant hommage était rendu à l’écrivain et révolutionnaire Jean El-Mouhoub Amrouche en présence de son fils Pierre et de l’historique Réda Malek. Hmed Lahlou était invité, car il partageait avec le frère de Taous Amrouche la même terre d’Ighil Ali. Il lui revenait l’honneur de clôturer l’évènement en déclamant le même poème Amessebrid avec la même ferveur. Du bureau où je modérais la rencontre, j’étais ému de voir Mr Réda Malek essuyer discrètement ses larmes. Il le déclara alors comme étant cet autre poète national, car, ainsi, disait Kateb Yacine de Ssi Mouhand Oumhend. Hmed Lahlou fera également une carrière dans le monde du cinéma et incarnera magistralement le personnage du poète national disparu en 1905. En ce mois de mars passé, il sera hospitalisé à Bgayet où une brutale et terrible maladie l’emportera. Il sera enterré aujourd’hui dans la commune d’Ighil Ali. Qui a dit que les poètes mouraient ? 
 

Abdennour Abdesselam


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