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Culture / Culture

…SOUFFLES…

Lettre du doyen des écrivains algériens de langue française

Amine Zaoui

En guise de lecture-commentaire de ma chronique Souffles intitulée : « Quand la langue française s’algérianise », je vous livre, ici, in extenso la lettre qui m’a été adressée par  l’écrivain Kaddour M’hamsadji, l’enfant de Sour el Ghozlane. Il est le doyen des écrivains algériens de langue française. Un intellectuel de grand humanisme, passionné du livre, féru de la culture populaire et de la Casbah, toujours laborieux et dynamique dans la vie culturelle et journalistique. Kaddour M’Hamsadji est le dernier d’une brochette unique de plumes inégalées: Mohamed Dib, Kateb Yacine, Mouloud Mammeri, Malek Haddad, Jean Sénac, Mouloud Feraoun, Jean Amrouche, Assia Djebar… Kaddour M’hamsadji. Plus de soixante ans d’écriture, il est l’auteur d’une cinquantaine de titres (romans, théâtres, essais, scénarios..). Il fut membre fondateur de la première Union des Écrivains Algériens (28 Octobre 1963) dont Mouloud Mammeri a été élu Président, Jean Sénac, le secrétaire général, et lui-même le secrétaire général adjoint. Du haut de son enfance poétique éternelle, Kaddour M’hamsadji  continue l’écriture, la lecture et l’amour de l’Algérie. Et voici sa lettre : «  Bonjour, mon très cher Amin, Ô loyal ami en littérature algérienne, je te laisse imaginer combien, du fond de la solitude que m'infligent des problèmes de santé, je tiens à ajouter foi à tes justes réflexions exprimées sous le thème général "Quand la langue française s'algérianise !" et publiées dans ta chronique hebdomadaire "... Souffles" (in LIBERTÉ du 07.05.2015). Tu sais combien est, pour moi, sacré Le Livre Algérien et ses auteurs et aussi que j'essaie inlassablement d'œuvrer pour le faire connaître chez nous et ailleurs, depuis maintenant près de soixante ans, depuis La Dévoilée (drame écrit en 1951 [j’avais 18 ans], publié en France, en 1959 avec une préface d'Emmanuel Roblès et un jugement d'Albert Camus, réédité, augmenté d'une postface de Jean Pelegri, en 2012, en Algérie). J’ai à te confier, ici, ma pensée bien triste en ce moment, mais aussi bien pleine d’espérance têtue. Le livre, comme toute œuvre artistique, comme généralement tout acte culturel, reste le symbole, la référence essentielle de la vie d'un peuple et pour l'esprit des hommes. Et c'est particulièrement très vrai en ce qui concerne la vie du peuple algérien, lui, toujours généreux, toujours paisible, toujours hardi quand la nécessité l'exige, lui, longtemps confronté à de multiples fortunes de l'Histoire. Aussi, est-il important de veiller à la qualité du Livre Algérien et de tout livre qui prétend illustrer l'Algérie de tous les temps. Nous savons tous qu'il n'est rien de pire qu'un ignorant vaniteux placé à la gestion du livre algérien et donc qui engage l’avenir de notre littérature nationale, déjà, hélas, lamentablement malmenée depuis quelque temps. Faut-il mentionner combien de grands noms de notre littérature ont été négligés, ignorés, jalousés, victimes du « copinage », réinsérés, de nouveau oubliés, effacés de la Mémoire Nationale, alors qu’ils ont fait la fierté des Algériens cultivés de conscience ? Pourquoi ? Comment ? Parce que quoi ?… Or l’humanisme de l’écrivain, la fraternité de l’écrivain, l’amour de sa patrie, l’immense chantier culturel que constitue l’Algérie est toujours intact, ouvert et réclame toujours des bras et des cerveaux et des plumes intelligentes et expressives ! Cependant, il me plaît, cher ami, de reconnaître que, tout comme on le constate chez quelques-uns de nos intellectuels, tes activités d’écrivain, de professeur d’université et de conférencier, ainsi que tes interventions hebdomadaires dans le journal Liberté, me font penser à autant de « tuteurs » fichés verticalement aux pieds des arbres si mal formés. Vous essayez de les redresser ou les soutenir et par ainsi leur assurer un bon développement qui donnera bientôt des fruits abondants et variés et, si j’ose dire, « intelligents ». Il s’agit pour nous tous, humblement, patiemment, chacun dans son domaine, d’éduquer et d’instruire… Cela vaut pour tout Algérien qui pense et qui produit. Merci de toute ma raison et de tout mon cœur de ce que tu consacres d'intelligence, de passion artistique et de remise à l'endroit du fait littéraire national algérien. À bientôt, frère Amin... Âmîne ! (Kaddour M’hamsadji).

A. Z.


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