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Culture / Culture

Marie-Christine Saragosse, P-DG de France Médias Monde, à “Liberté”

“L’exception algérienne, c’est sa presse écrite”

©D. R.

Elle était présente à Alger, jeudi, pour signer son livre “Temps ensoleillé avec fortes rafales de vent” (Média-plus) au Sila. Dans cet entretien, Marie-Christine Saragosse revient sur son rapport avec l’Algérie, sur le monde des médias et, bien sûr, sur son roman.

Liberté : Vous participez au Sila en tant qu’auteure. Qu’est-ce que cela vous inspire de revenir dans ce pays que vous dites porter dans votre cœur ?
Marie-Christine Saragosse :
Ma première émotion, c’est quand l’éditeur, Média-plus de Constantine, m’a demandé d’éditer mon livre, cela m’a déjà beaucoup touchée parce que pour moi, c’était un aboutissement. Qu’un éditeur algérien édite ce livre qui parle de l’Algérie et raconte le chemin de quelqu'un qui parle de l’Algérie, c’est que le livre a traversé la Méditerranée et a tourné dans l’autre sens. La boucle est débouclée et, en quelque sorte, c’était bien. Donc il l’a édité cette année. J’avais présenté le livre à sa sortie en France et il n’était pas alors commercialisé en Algérie. Je suis venue à l’Institut français d’Alger, et j’avais des gens formidables parmi le public mais ils ne pouvaient pas l’acheter. C’était frustrant. J’espère que j’aurais l’occasion de parler avec les Algériens. À chaque fois que cela m’a été donné de parler avec eux, c’étaient des moments de grande émotion. Quand j’ai présenté mon livre à l’Institut français de Constantine, à un moment, nous avons tous pleuré, c’était étrange, c’était une émotion collective. Des choses très fortes ont été dites au débat. Et quand j’étais à l’IF d’Alger, des jeunes filles dans la salle sont venues faire des selfies avec moi et l’une d’elles m’a dit : “Je veux être journaliste, je travaille beaucoup mon français, j’ai l’intention de faire comme vous.” Cela m’a vraiment touché, il y a beaucoup d’affection et peut-être plus d’intérêt encore ici qu’en France. Michel Drucker et Alexandre Arcady ont beaucoup parlé de mon livre mais disons qu’ici en Algérie, il y a une affaire de cœur qui est très forte et moi, c’est cela mon organe préféré : le cœur.  

Votre roman parle de vos racines. C’est une sorte de retour aux sources. Il est dédié à votre père…
Je crois qu’on lit pour passer le temps et on écrit pour le retenir. On se dit quelque part : même si nous sommes mortels, quelque chose va rester et les gens ne vont pas juste disparaître sans laisser de trace. C’est ce qui a sans doute déclenché chez moi l’envie d’écrire, je voulais raconter à mon propre père qui allait mourir, je voulais qu’il parte sereinement et qu’il se dise qu’il avait eu une vraie belle vie d’être humain. Comme il ne pouvait plus parler, il avait une maladie qui le paralysait, je me suis mise à parler dans la vie à sa place. Si c’était lui qui avait parlé, cela aurait été une autobiographie. Si j’avais écrit en disant “il”, cela aurait été une biographie et comme j’ai écrit en disant “je” à sa place, j’ai pris la place du père. Je lui ai raconté son histoire comme moi je l’avais perçue mais en disant “je”. En lisant ce livre, il était souriant. Evidemment, comme je disais “je” à sa place, c’était une fiction. Personne ne peut parler à la place d’un autre et surtout pas à la place de son père. Tout ce que ma mère et mon père m’avaient dit, je l’ai restitué. C’est une fiction, car les auteurs se mettent tout le temps dans la fiction et là, je ne peux pas dire que c’est une biographie.

Pourquoi avoir choisi l’écriture d’un roman (une fiction). Vous qui êtes journaliste, pourquoi ne pas avoir choisi le récit ou une biographie ?
“La vie, la vraie vie découverte et éclaircie”, comme disait Nietzche, c’est la littérature. J’ai arrangé des choses. Par exemple, la scène de rencontre entre mon père et ma mère, je l’ai rêvée, je ne l’ai pas vécue. Je n’aurais pas pu écrire “journalistiquement” parce que je ne l’avais pas vue, donc je l’ai réinventée. Cela les a fait sourire tous les deux, parce qu’évidemment cela ne devait pas ressembler exactement à ce que j’ai dit. Mais, il y avait quand même l’idée. Je me suis autorisée à l’imagination, je ne voulais pas faire quelque chose de scientifique. En revanche, là où j’ai travaillé, c’est sur l’environnement historique puisque dans ma génération nous n’étudions pas la Guerre d’Algérie à l’école, c’était trop proche encore. Je l’avais étudié un peu quand-même, je me suis plongée dans une volonté de regarder les deux histoires, c’est-à-dire, la narration. J’ai été par exemple sur le site du FLN et j’ai regardé des sites historiques français, j’ai lu des témoignages, j’ai lu Benjamin Stora. J’ai essayé de faire en sorte, quand je mettais en scène cette histoire, que le contexte historique soit scientifique, y compris quand il y a des désaccords. Par exemple, pour le nombre de morts, j’ai mis les deux. Aussi, j’ai voulu dire qu’au-delà de cette déchirure entre la France et l’Algérie, il y avait beaucoup de liens et d’affection au niveau des gens.

Pensez-vous écrire un deuxième roman ?
Quand j’ai écrit Temps ensoleillé avec fortes rafales de vent, je ne voyais pas comment j’allais l’écrire. Mais je crois que j’ai pu écrire le premier, car cela a correspondu à un moment de transition dans mon travail où j’ai eu trois mois de vacances, en quelque sorte. Donc, j’ai pu faire un ours, comme on dit dans l’audiovisuel, et après je l’ai travaillé. Mais ce n’est pas pareil quand vous avez un ours à travailler et quand vous devez accoucher du premier jet. Pour accoucher du premier jet, il faut un peu de temps. Moi, j’ai besoin de temps. Peut-être que j’ai un livre qui est en train de se construire dans ma tête mais je n’ai pas encore trouvé le titre.

En tant que P-DG de France Médias Monde, que pensez-vous du nouveau paysage audiovisuel algérien ?
Vous savez, je ne vois pas toutes les chaînes algériennes, parce que je suis plus à Paris qu’ici, et puis il faut savoir que je ne parle pas l’arabe et c’est un grand handicap, je le regrette bien d’ailleurs. Mais, à ce que je vois, le résultat a beaucoup de succès ici. Il y a des chaînes qui répondent à une attente des Algériens, de la proximité, des chaînes plus jeunes parce qu’il y a quand même une très forte population de jeunes en Algérie, donc c’est important aussi, dans les modes narratifs, dans la façon de filmer… Cette nouvelle génération, on la retrouve à la télé aussi et ça, je pense que c’est important. Les journalistes algériens que je vois à Paris me parlent en français ; ils sont dynamiques, sympathiques. Pour la presse écrite ici, elle est incroyable, c’est l’exception algérienne, il faut dire que pour la quantité et la qualité de la presse, il y a une extrême liberté de ton et un humour incroyable. Oserais-je parler de Dilem, il y a une énergie très grande, une inventivité et beaucoup d’humour, beaucoup d’audace. C’est un pays qui a un potentiel incroyable. Sa jeunesse est incroyable.

Fleur Pellerin, la ministre française de la Culture et de la Communication, a parlé de la réalisation d’un partenariat entre l’Algérie et la France pour la formation de journalistes algériens et France Médias Monde a été cité…
Dans France Médias Monde, il y a l’académie qui est notre université en quelque sorte et l’intérêt que nous avons est de parler plusieurs langues, notamment l’arabe. Nous avons plus de 150 journalistes arabophones chez nous et nous pouvons délivrer la formation en français, en anglais et en arabe, même en espagnol. Nous sommes très spécialisés pour les formations techniques et pour les formations journalistiques. Nous réalisons beaucoup de formations dans le monde. Dans l’accord-cadre qui nous relie à l’ENTV et la Radio algérienne, nous avons un volet formation que nous avons d’ailleurs déjà activé et nous faisons des choses en partenariat avec l’INA. La semaine dernière nous avions des journalistes algériens dans notre rédaction. Ils suivaient des cours à l’INA et une formation pratique chez nous. Je trouve cela très important pour créer des liens entre les journalistes ; en outre, nous avons la chance, entre le français et l’arabe, d’avoir un effet miroir parce que nos journalistes parlent français et arabe. Il y a tous les nouveaux médias qui sont un vrai sujet parce que si nous voulons parler à cette jeunesse, il faut de nouveaux modes d’écriture et pour cela, il faut se former. On ne peut plus aujourd’hui faire un seul média, il faut tout de suite “tweeter”, aller sur “facebook”. Les journalistes doivent pouvoir toucher à toutes ces choses-là, sinon, après, il ne faut pas qu’ils soient dépassés par la technique. C’est important de maîtriser cela pour pouvoir continuer à faire son métier correctement. Puis, au-delà, il y a tout ce qui est sécurité. On voit bien que beaucoup de journalistes dans des zones du monde ne peuvent plus aller faire leur métier, parce qu’ils sont devenus des cibles. Apprendre à se protéger sur le terrain pour pouvoir couvrir des zones de conflits, c’est important aussi d’être formé pour ne pas se laisser faire. Quand on voit le nombre de journalistes tués dans le monde et des crimes qui restent impunis, ce n’est pas possible pour la liberté de la presse, donc c’est important de se former. On a aussi des stages dans ce domaine là, parce qu’on a été lourdement frappé et l’Algérie plus que n’importe qui et votre journal aussi. Je pense que pour bien faire son métier, il ne faut pas avoir peur mais il faut savoir se protéger et c’est cela qu’on essaye de faire aussi.

H. M.


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