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A la une / Culture

“Slimane Azem le poète” de Youssef Nacib

L’exil, le mal du pays et le chant

© D.R.

Il était prédit que le chanteur était né pour être ce “f’nar” qui illuminera les nuits tourmentées d’“El-Ghorba”.

J’ignorais tout de mon bonheur à l’instant où mon ami Nouredine Bekkouche des éditions Zyriab m’a convié à la lecture de l’ouvrage intitulé Slimane Azem le poète du professeur Youssef Nacib. C’est à croire que Slimane Azem était né pour être ce “f’nar” qui allait illuminer les nuits tourmentées d’“El-Ghorba” (exil). Tout frêle adolescent qu’il était, Slimane Azem (1918-1982) quitta sa taddart d’Agwni Geghran pour la verte Mitidja, où il négocia sa sève juvénile en contrepartie d’un peu de quoi… vivre auprès d’un vigneron du village de Staoueli. Esseulé et loin de l’intérieur douillet du logis parental à la toiture de terre protectrice, l’“ado” qui n’était âgé que de quatorze ans intégra les rangs de la cohorte d’“indigènes” qui représentait au XIXe siècle l’inespérée main-d’œuvre à moindre coût pour l’occupant lors de la saison des moissons. Précoce et l’âme d’un nationaliste, ce bourgeon de l’art lyrique découvre horrifié les affres de la colonisation. “Le maître étranger qui dispose de votre énergie et de votre temps pour un salaire dérisoire”, peut-on lire à la page 35. D’où sa participation au défilé du 1er mai 1938 à la ville lorraine de Longwy au nord-est de la France sous la bannière du PPA et coiffé d’une chéchia stamboul. Auparavant, les jeudis et les dimanches lorsqu’il n’avait pas classe, cette graine de chanteur fuyait comme Verlaine “une vie aux travaux ennuyeux et faciles” en dépit qu’il avait la main verte, écrit l’auteur Youssef Nacib. “Sa main est porteuse de chance ! Il vous transforme un genêt en pommier”, se remémore encore sa sœur, la poétesse Ouardia. Épris de liberté et repu juste ce qu’il faut d’enseignement, à savoir le certificat d’études primaires, Slimane Azem quitta l’école, au grand désarroi de l’instituteur Halit qui appréciait l’élève pour son inclinaison à la récitation mais aussi pour la poésie qu’il aimait au détriment d’autres matières dont le calcul et du mensonger ancêtre Vercingétorix que Slimane Azem ne reconnaissait pas ! Est-ce à dire qu’il était écrit à ce qu’il soit voué à “El-Ghorba” ? Assurément oui ! Puisqu’il avait tété de la poésie au sein de sa mère Yamina n At Yahia, dit Ouardia. Mais qu’importent les “d’lemhayen” de la vie du fait que l’auteur-compositeur avait fait un rêve ! Ce rêve, où il vit en songe “un vieillard qui lui prédit qu’il mangera du pain blanc” ! Pas avide du tout, “Slimane Azem préféra l’aisance de l’esprit, plutôt que de remplir ses poches”. Mieux, “il préféra la sagesse, plutôt qu’une descendance”, d’où l’accomplissement de l’oracle, puisqu’il mourut sans descendance. Autre étape, Marseille, où il tenta l’immigration à l’âge de dix-neuf ans pour briller de sa première chanson en 1948 A Moh a Moh. Patriote jusqu’à l’ultime corde de son banjo, l’interprète attisa le feu de la révolution à l’aide de chants patriotiques dont Ay arrac imezynen et A nerrez wal a neknu. Ce qui lui a valu d’être incarcéré, selon l’auteur Galland-Pernet. Autre témoignage, celui du moudjahid Ali Zamoum (1933-2004) : “La seule arme qu’il ait jamais tenue a été sa guitare – Je l’ai rencontré à Ouadhia plusieurs fois en 1953, il était sympathisant du MTLD et il payait ses cotisations.” À l’indépendance, le poète adressa une lettre au ministre de la Culture, où il revendique : “Je suis l’un des artistes qui s’honore d’avoir encouru en 1956 une plainte de M. Lacoste pour atteinte à la sûreté de l’État pour l’ensemble de mon œuvre, en particulier pour ma petite chanson Effagh ay ajrad…” Slimane Azem mourut au mois de décembre 1982 dans sa résidence à Moissac dans le sud-ouest de l’Hexagone, sans qu’il n’ait le plaisir de “revoir son pays à partir du hublot d’un avion”. Néanmoins, le poète avait eu le temps d’enjoliver sa résidence de plants d’oliviers et de figuiers de son village. Ceci dit, autant ne pas gâcher le plaisir de nos lecteurs, qui découvriront par eux-mêmes l’œuvre éponyme de Slimane Azem, dont 152 poèmes traduits de tamazight vers la langue française ainsi que des pages illustrées.


Louhal Noureddine
“Slimane Azem, le poète” de Youssef Nacib, édition 2016, édition Zyriab, 711 pages, 1300 DA.


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