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“L’Iliade” en chaoui

Si le voyage permet les rencontres les plus improbables, ces rencontres peuvent être aussi le début d’une histoire, d’une aventure ou d’un conte. Deux personnes, deux voyageurs qui ne se connaissent ni d’Adam ni d’Eve, font connaissance lors d’un voyage, dont on ignore le point de départ, le parcours et encore moins la destination.
Il est dit aussi que seul le voyage démasque et montre les véritables natures, souvent pas celles que l’on connaît.
Dans un recueil de poème chaoui, Abdellah Khelfa, qui a déjà à son actif le célèbre roman Moumna (sorti en 2002), semble avoir choisi cette fois-ci la difficulté, avec son tout nouveau recueil Lmumen. Du coup, il relève plusieurs défis et chalenges. Un recueil de plus de 1600 vers, uniquement en chaoui sans avoir recours aux emprunts ni aux néologismes. Il narre également une sorte de conte où se mélangent l’histoire, l’amour, l’identité, la culture, l’opportunisme, mais toujours, et comme à chaque fois, la vérité triomphe.
Le hasard donne rendez-vous à deux protagonistes pour qu’ils voyagent ensemble. Le premier est un bon croyant (lmumen), le second est beaucoup plus porté sur les choses de la vie. Lors de leurs péripéties, ils ne cessent de (se) découvrir : ils n’ont pas le même tempérament, pas le même parcours ni la même manière d’affronter les choses de la vie. Bonheur, malheur, réussite, échec… Ils feront l’expérience de toutes ces choses là ! Pourtant au final, on réalise que pour l’un, il n’y a que des difficultés et des entraves, et pour l’autre, des opportunités inouïes. Comme quoi, le hasard ne fait pas toujours bien les choses comme on a tendance à le croire. Le juste recevra-t-il la récompense et le fruit de sa justesse et de son honnêteté ? Est-ce vrai que le mauvais ne l’emporte jamais quand bien même il triche et manipule ?
Ce sont-là quelques questions qui traversent cet ouvrage, cette Iliade chaouie, d’Abdellah Khelfa. Tour à tour, il fait intervenir et implore les anciens, les sages, la mémoire comme dernier rempart à la dérive et à la folie des hommes, qui peuvent parfois jouer avec le passé et hypothéqué l’avenir.
L’auteur, qui propose des poèmes d’une rare beauté, car pures, s’est longuement et longtemps documenté, surtout auprès des anciens qui continuent à s’exprimer exclusivement en Chaoui  pour réaliser ce travail titanesque.
Il a, à l’occasion, sauvé des mots et des expressions chaouie d’une mort certaines, car elles échappent à l’usage quotidien et glissent  inexorablement vers l’oubli. “La mort d’une langue commence toujours ainsi”, considère l’auteur. En outre, certains passages des textes d’Abdellah Khelfa, qui a une formation en droit, rappellent expressément Nedjma de Kateb Yacine. Le poète ne cache pas cette influence ou cette inspiration, et nous explique que c’est une manière de rendre hommage à ce très grand écrivain.


R H