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Culture / Culture

Alain Bittar, Directeur de l’Institut des Cultures Arabes et Méditerranéennes de Genève, à Liberté

“L’image du monde arabe et de l’islam est totalement galvaudée”

Alain Bittar, fondateur de l’Icam © D.R.

Directeur de la librairie L’Olivier depuis une quarantaine d’années, Alain Bittar a inclus  en 2014, à cet espace dédié à la lecture, un institut des cultures arabes et méditerranéennes, où pas moins d’une centaine d’activités sont organisées, notamment des conférences, des expositions, des concerts… Dans cet entretien, le fondateur de l’Icam revient sur la naissance de cet établissement, sa programmation et ses objectifs.

Liberté : Vous êtes le directeur de la librairie L’Olivier, et en 2014 vous avez inclus à cet espace un institut dédié aux cultures arabes et méditerranéennes. Comment est né ce projet devenu un important pôle culturel à Genève ?
Alain Bittar : Tout à fait. Au départ il y avait une librairie créée en 1979, et qui a mené ses activités jusqu’à 2013, de façon ininterrompue. À cette période, nous avons réalisé que l’internet avait un impact très fort sur l’activité commerciale qui nous a permis toutes ces années de financer les activités culturelles, donc nous avons créé une association pour pouvoir les poursuivre, et surtout pour pouvoir les développer. L’institut que nous avons créé, dont Ueli Luenberger (ancien conseiller national suisse, ndlr) est le président, est une sorte d’institut du monde arabe de Paris à la taille de Genève, que nous voulons agrandir et développer. Dans le cadre de cet institut, nous avons le désir de donner l’image la plus complète, la plus juste du monde arabe, de ses cultures… On se trouve aujourd’hui en Europe dans une situation où l’image du monde arabe et de l’islam est totalement galvaudée. Nous voulons rappeler l’importance de la culture à travers ses écrivains, ses peintres, ses musiciens… et qu’il y ait une présence très vivante et essayer d’en donner une image positive et permanente. D’autre part, il y a de plus en plus de familles qui souhaitent garder un contact avec leur pays d’origine, qui estiment important l’enseignement de la langue pour leurs enfants, l’accès à la littérature, au livre, à la lecture, au patrimoine… donc c’est important de maintenir aussi cette librairie qui est une fenêtre ouverte sur le monde arabe.

Quels genres d’activités sont élaborés par l’Icam pour la promotion des cultures arabes ?
Nous avons au sous-sol une galerie qui peut recevoir 65 personnes pour des conférences, des concerts et, occasionnellement, nous organisons nos événements en extérieur dans de grandes salles de spectacle. Par exemple, dernièrement (en avril, ndlr), nous avons inauguré à l’organisation mondiale pour la protection intellectuelle une grande exposition d’artistes arabes contemporains. Chaque année nous essayons d’organiser des concerts dans des salles de 1000-1700 personnes. L’année dernière nous avons lancé le premier festival des musiques arabes qui se reproduira chaque année.
D’ailleurs, nous sommes en train de préparer la deuxième édition qui aura lieu le 30 septembre à Genève. Il y a énormément de formes d’activité où le vivre-ensemble est très important. Par exemple, une fois par mois, nous organisons le “Café Sagesse” où se réunissent un rabbin, un psychiatre musulman, un pasteur protestant et un moine bouddhiste qui ne sont pas là pour faire de la comparaison du dogme, mais pour aborder un sujet comme la mort, le désir, la mystique… du point de vue de différentes religions. Nous avons un public qui est majoritairement un public suisse. Malheureusement, nos amis arabes de Genève s’intéressent moins à la culture qu’ils ne le devraient, alors que c’est leur passeport pour pouvoir construire des relations durables avec les sociétés dans lesquelles ils vivent.

Dans vos conférences et rencontres, vous abordez surtout les chamboulements politiques dans lesquels vivent les pays arabes, ou sont-elles plus d’un aspect culturel ?
Les thématiques sont politiques et culturelles, nous n’avons pas de limites ! Si nous avons la possibilité d’avoir un écrivain d’un pays, nous l’inviterons. Si nous pouvons nous associer à un festival de musique, nous le ferons ! L’important pour nous est qu’il y ait une présence permanente. Sur notre site internet, nous avons créé un agenda culturel arabe qui regroupe toutes les activités culturelles qui touchent au monde arabe organisées à Genève, et ce, de façon à créer un réseau qui permette aux uns et aux autres de mieux se faire connaître. Nous avons calculé que dans une année, il peut avoir à Genève pas moins de 280 événements culturels sur le monde arabe, en général ce sont de petits événements. Alors nous essayons de donner le maximum de visibilité sur tout ce qui se fait, à l’instar du Festival international du film oriental de Genève, le pavillon d’écriture arabe dont nous nous occupons au salon du livre de la ville (26-31 avril dernier, Kamel Daoud était l’un des invités de l’Icam, ndlr). À travers nos activités, nous essayons vraiment de favoriser le vivre-ensemble.

Dans la programmation de l’année dernière, vous avez axé les thématiques sur le phénomène de l’émigration… Est-ce dans le but de mener une sorte de campagne de sensibilisation ?
Il y a eu beaucoup de choses sur la migration, car c’est un phénomène important, et c’est aussi l’un des phénomènes sur lequel des crispations identitaires peuvent se créer, et pour favoriser au maximum une bonne intégration, nous essayons d’utiliser tous les moyens possibles. Il y a une règle qui consiste à dire : “Quand on ne connaît pas l’autre, on peut en avoir peur”, donc essayer de montrer le visage des gens. Nous n’avons pas en Suisse le même problème de migration qu’en France. Nous n’avons pas d’histoire coloniale, la Suisse et les autorités sont conscientes qu’il vaut mieux anticiper que se trouver ensuite face à des problèmes.

Outre les artistes arabes établis en Suisse, invitez-vous des personnalités d’autres pays ?
Oui, d’ailleurs, il y a de plus en plus de demandes d’artistes. Nous sommes débordés par les demandes de gens qui veulent animer des conférences, présenter leurs livres. Nous sommes arrivés l’an dernier à 110 événements uniquement dans ce lieu (la librairie). Depuis dix ans, nous avons développé un site internet, et lorsque nous organisons des conférences, nous les enregistrons pour les partager sur notre site. C’est aussi une manière d’essayer de dépasser les limites de l’espace que nous avons ici, en attendant un jour d’avoir des locaux pour faire un grand institut du monde arabe de Genève.

Pour la réussite et le maintien de votre institut, faites-vous appel à du sponsoring, ou alors recevez-vous de l’aide de la ville de Genève ?
Il y a beaucoup de travail bénévole qui est fait. Il y a aussi un intérêt réel de la ville de Genève, du canton de Genève, de la loterie suisse romande (une loterie nationale qui reverse ses bénéfices pour des activités culturelles), il y a aussi des fondations privées. Nous essayons de convaincre, et c’est beaucoup plus difficile, des interlocuteurs dans le monde arabe de l’importance d’avoir une fenêtre ouverte positive sur le monde arabe en Suisse.

Avez-vous pris contact avec d’autres institutions, à l’instar de l’IMA de Paris ?
Nous prenons contact avec des institutions qui font le même travail que nous. L’Institut du monde arabe de Paris cherche des soutiens pour pouvoir faire son travail, nous sommes dans la même situation de l’IMA, à part que ce n’est pas un gouvernement qui nous soutient, donc nous essayons d’obtenir une certaine reconnaissance d’interlocuteurs arabes sur l’importance du travail que nous faisons actuellement.                                        

 

    H. M.

 


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1 réactions
elbahri le 01/07/2017 à 21h29

Des conférences pour expliquer quoi? Rassurer qui?......l'islam est dans les faits, dans l'action des ses fidèles et leaders...je vous laisse conclure

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1 réactions