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Culture / Culture

NOUREDDINE SAOUDI, DIRECTEUR DE L’OPÉRA D’ALGER, À “LIBERTÉ”

“L’Opéra ira dans le sens de la création et de la bonification des talents”

©D. R.

Depuis décembre dernier, le musicien et chercheur au CNRPAH, Noureddine Saoudi, est à la tête de l’Opéra d’Alger. Directeur de ce prestigieux “cadeau” offert par la République de Chine à l’Algérie et construit dans les normes universelles. Cet établissement offre une capacité de 1 400 places. Noureddine Saoudi revient dans cet entretien sur les plans artistiques, la formation et les moyens déployés pour la réalisation de ce projet de grande envergure.

Liberté : Le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, avait annoncé, en septembre dernier, que l’ouverture de l’Opéra était prévue à la fin de l’année. Nous sommes vers la fin du mois de janvier et il n’est toujours pas prêt. Qu’en est-il exactement ? 
Noureddine Saoudi : 
Il y a la partie technique  concernant la finalisation du chantier qui nécessite encore un petit délai, mais qui ne saurait excéder, je pense, deux ou trois mois. La visibilité, elle, y est. L’édifice est terminé complètement. Aujourd’hui, il y a les parties, comme les voies d’accès, les parkings, qui sont en train d’être finalisées. 
Dès que les conditions seront réunies rien ne nous arrêtera pour inaugurer l’édifice. Le deuxième aspect est la mise en place des outils de fonctionnement, c’est-à-dire  les outils qui nous permettront de créer l’établissement lui-même, on y est également, l’installation est lancée sur le plan des textes de création. 
C’est un établissement auquel vont être rattachées des structures existantes comme le Ballet national, l’ensemble de musique andalouse et l’orchestre symphonique, ces structures seront rattachées organiquement à l’Opéra. L’Opéra ira dans le sens de la création, dans le sens de la bonification des talents et dans le sens de la participation à la formation pour les artistes.

L’opéra est une nouveauté en Algérie. Avez-vous pensé à la création de sessions de formation pour les artistes, les techniciens et les autres corps de métier ? 
Nous ne pouvons pas nous substituer aux structures de formation qui existent au niveau de la chorégraphie ou au niveau de la musique. Il y a des instituts qui existent dans ce domaine. Mais je pense que l’Opéra serait cette mégastructure que tout le monde va essayer d’approcher pour parfaire son art quel qu’il soit, dans le cadre de la chanson ou dans le cadre de l’expression du corps. L’Opéra va constituer une sorte de pôle attractif pour parfaire et pour bonifier les talents. 
De la même manière, ce pôle je le vois comme un pôle de rayonnement, nous allons intervenir localement et à travers tout le pays et également de manière à intervenir à  l’étranger à partir de structures qui existent et à travers des créations qui seront faites. 
Nous allons travailler avec les structures de proximité qui existent au niveau de chaque wilaya et intervenir par les œuvres qui seront créées ici et les interpréter dans ces lieux (dans les autres villes). Nous allons travailler aussi avec des structures privées qui ont des choses à proposer sur le plan technique et artistique. 
Il y a des talents qui existent partout, et tant mieux si nous pouvons intégrer ces talents dans l’Opéra lui-même. Nous avons une ambition qui est une ambition non seulement régionale et nationale, et également montrer le savoir-faire de ce pays qui est multiple.

Pensez-vous à organiser des ateliers ou des master class ? 
Il y aura des ateliers, des master class et des concerts pédagogiques, où nous inviterons des jeunes et moins jeunes à venir voir comment se monte un spectacle ? Comment monter une symphonie ? Comment monter un opéra ? Cela peut également susciter des ambitions pour plus tard, ça peut parfaire à d’autres visions sur la musique. Le chantier est assez énorme. Il y a beaucoup de choses à faire.

Puisque l’ouverture est prévue dans quelques mois, avez-vous pensé à la programmation ? 
Il faut qu’on sache une chose, le genre ou le style opéra est quelque chose de tout à fait nouveau. Il y a une mise en place de réflexes. Des réflexes sur le plan artistique, nous essayons de nous mettre au diapason de ce qui se fait à l’échelle mondiale dans le style lui-même. Aller dans le sens de la création, créer des réflexes nouveaux pour l’artiste et pour le public. Tout cela est à mettre en place. Nous allons peut-être prendre le délai nécessaire pour cela, mais il est clair que notre ambition est d’essayer de présenter des choses qui seraient en accord avec toutes nos attentes par rapport à notre histoire, par rapport au talent de nos enfants, par rapport au talent de ceux qui ont une expérience aujourd’hui, par rapport à notre ambition. Il faudrait que nous soyons en rapport avec les attentes. C’est nouveau, il faut qu’on aille vers l’optimisation de cette philosophie d’opéra et les moyens que nous avons. Nous travaillons avec ce que nous avons et à partir de là, nous pouvons faire des propositions intéressantes sur la base d’un patrimoine très riche ; travailler sur ce patrimoine et proposer des spectacles. Nous avons un orchestre symphonique de qualité, c’est aussi intéressant d’assurer cette passerelle entre la société et le style symphonique. Nous avons un orchestre national andalou, c’est un orchestre qui a la capacité de jouer un peu toutes les œuvres nationales : constantinoises, algéroises, tlemcéniennes avec les interprètes qui peuvent exister, mais on peut également proposer des sortes d’opérettes et tout ce qui sera lié à l’Andalousie. Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire.

L’opéra est un genre nouveau pour les Algériens. Comment allez-vous faire pour vulgariser ce “concept” et attirer du monde ? 
Quand la chose est bien faite, les gens adhèrent. Il n’y a pas de baguette magique, il n’y a que le travail et l’effort. Je pense qu’il y a un public et il y a un talent. L’idée est qu’il y a quelque chose qui manque, et c’est cette chose qui manque qu’il faudrait mettre en place. Quand nous voyons l’engouement autour du festival de musique symphonique ou de de musique andalouse, nous sentons quand même qu’il y a quelque chose et que le public est là, et qu’il est en attente. Il faut présenter de la qualité. 
J’aimerais fonctionner sur deux choses : la qualité de la prestation qui sera proposée et, aussi, un effort médiatique et de communication à la hauteur de ce bel édifice. Nous manquons de communication. Je pense qu’il faudrait adopter un réflexe et que nous réajustions un certains nombre de choses : nos spectacles, nos discours vis-à-vis du public et le public qui doit réajuster son discours vis-à-vis de l’art. Il faut que nous fassions un effort dans ce sens et qu’on réajuste notre manière de faire sur le plan médiatique et communicatif. Voilà un peu du discours de la politique que nous voulons mener. Réajuster les choses.

Cet édifice sera-t-il seulement consacré à l’opéra ou comptez-vous proposer des spectacles diversifiés au public ? 
Soyons logiques, il est clair qu’il y aura quelques évènements typiquement opéra, mais c’est un établissement qui sera ouvert à des récitals, des concerts de grande qualité. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir durant toute une année que des opéras. 
Ce genre de choses n’existe pas dans le monde. Je veux qu’il y ait de la création, des choses qui nous correspondent et dans lesquelles nous pouvons nous identifier, donc il y aura un peu de visibilité, mais ce qui est important, c’est également de réajuster notre manière de voir l’art à travers une traçabilité d’une année. Par exemple, dans six mois, il y aura tel programme, tel récital, tel concert auxquels les gens peuvent adhérer.

Avez-vous déjà eu des propositions de la part d’artistes algériens ?

J’ai été contacté par beaucoup de gens, mais, c’est encore prématuré pour parler de ces choses là. L’objectif premier est de finaliser la création de l’opéra. Il y a des projets qui sont déjà en train de se monter. Sinon notre ambition, elle est construite sur une expérience qui est la notre à travers nos structures (ballet, andalous, orchestre symphonique). Par exemple dernièrement il y a eu « Le barbier de Séville », il a reçu un bon succès, ce qui est intéressant, il y a eu cette touche un peu algérienne ; le « goual » était là pour raconter. Il y a un savoir faire dans ce sens qu’il faut encourager, exploiter, nourrir et construire.

Le public s’est habitué à la « gratuité ». Y aura-t-il un système de billetterie ?

Je pense que ce sera en fonction du programme qui sera proposé. Ce qui est certain est que les réajustements seront aussi structurels par rapport au public. Il faut qu’il sache que la culture a un prix ; des efforts sont faits et des moyens sont mis en place. Pour le moment, je ne peux pas parler du prix du billet. Ce sera discuté par rapport à pas mal de paramètres sociaux, artistiques…

H. M.

 


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