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Culture / Culture

Nora Hamdi, romancière et réalisatrice

“L’univers féminin manque dans le cinéma”

© D.R

Nora Hamdi est une artiste peintre franco-algérienne qui a plusieurs cordes à son arc. Native d’Argenteuil en France et fille d’immigrés algériens, elle suit des cours d’arts plastiques qui vont lui permettre par la suite de déployer d’autres talents cachés en elle, provoqués parfois par un concours de circonstances. Et ce fut le cas justement avec l’une de ses productions, à savoir le roman “La maquisarde”, née d’une vive pulsion ressentie à la suite de sa découverte de ce passé caché de sa maquisarde de mère.

Ainsi, la maman de Nora Hamdi lui raconte un jour ce passé colonial douloureux vécu dans le silence toutes ces années. Paru d’abord en 2014 aux Editions Grasset en France, puis chez Sédia en Algérie en 2015, cela ne suffit pas à satisfaire l’ambition de l’auteure qui voudrait que cette histoire soit connue d’un plus grand nombre de personnes. Et pas uniquement des lecteurs de roman, mais bien au-delà. Et quoi de mieux que d’en faire un film pour cette artiste, romancière et réalisatrice de surcroît. 

Liberté : Votre parcours artistique est pluridisciplinaire, vous avez commencé par la peinture avant d’entamer une carrière de romancière…
Nora Hamdi :
J’ai en effet commencé par les arts plastiques. D’abord artiste peintre pendant cinq ans, ce qui a constitué une base solide qui m’a permis d’aborder la littérature en visualisant les histoires. 

Justement, vous avez ensuite pénétré le monde de la littérature et de l’écriture, comment est venu le déclic ?
Cela s’est fait naturellement. Je commençais à tourner en rond dans la peinture, ça ne me suffisait plus pour m’exprimer. La vidéo est arrivée juste après, puis on m’a demandé d’écrire les histoires que je filmais.

Vous êtes ainsi passée au cinéma et à la réalisation... 
Oui. Et j’aime beaucoup ce passage de l’écriture, là où je crée des personnages, et je me laisse entraîner par l’imaginaire, puis j’aime quand la réalisation devient chose concrète. Mais il faut savoir que ces deux écritures ne sont pas les mêmes. On n’écrit pas un roman comme on écrit un texte ou un scénario de film, qui lui passe par la description et beaucoup de dialogues et une mise en scène avec des personnages incarnés par de vrais acteurs ou actrices.
 
Vous avez adapté deux de vos romans au cinéma…
Ça s’est fait un peu par la force du destin, il y a des histoires qui s’imposent à nous plus que d’autres. L’univers féminin m’intéresse et il manque dans le cinéma.

“La maquisarde” vient de sortir dans les salles en France. Parlez-nous un peu de la genèse de ce film, qui est d’abord un livre 
Ce roman est avant tout inspirée du témoignage de ma mère qui m’a tardivement appris sa vie de jeune fille pendant la guerre d’Algérie. D’un coup, j’ai compris en l’écoutant qu’il fallait sortir du silence avec ce sujet-là. Ce livre “historique” a été différent pour moi car il demandait des années d’enquêtes. Et plus j’avançais dans mes recherches pour ce livre, et plus le film s’est imposé à moi.

Avez-vous eu des difficultés à réaliser ce film ? 
Oui, car j’ai cumulé deux sujets dits “tabou” : la femme et la guerre d’Algérie. Et forcèment, ça fait peur à certains. Mais j’ai fini par autoproduire ce film pour le faire exister enfin.

La femme est omniprésente dans toutes vos productions, pourquoi ? 
Oui, comme je vous le disais, la femme, les femmes qui sortent de l’éternelle potiche ne sont pas assez présentes dans les livres et surtout dans les films. 

Vous êtes une Franco-Algérienne de la banlieue d’Argenteuil, ceci a-t-il eu une influence ou un impact sur votre parcours ?
Oui, complètement. J’ai écrit, puis réalisé des films car je ne m’identifiais jamais dans mon profil, avec mes origines sociale et ethnique. Je suis passée à l’action pour les faire exister.

Etant fille d’immigrés, comment vivez-vous ce passé colonial et pourquoi vouloir transmettre cette histoire commune ?
Parce qu’étant née en France et en y ayant toujours vécu, je me sentais privée de mon Histoire, celle avec un grand H. Il y a moi et il y a mes parents et j’avais besoin de connaître leur histoire pour mieux me connaître. Je pense qu’on devient plus fort dans sa tête et dans sa vie quand on sait d’où on vient. 

Quelle relation avez-vous avec l’Algérie aujourd’hui ? 
Votre film y sera-t-il projeté un dans les salles ?

Comme je viens souvent en Algérie, ma relation est bonne, et les Algériens ont été les premiers à voir le film car a il été projeté dans deux festivals, à Béjaïa et à Saïda. Pour les salles, on verra bien…

 

 

Propos recueillis par : Samira Bendris-Oulebsir


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