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Culture / Culture

…SOUFFLES…

Mes femmes !

La femme, par excellence, représente l’énergie renouvelable pour une écriture énergétique. Energie magique. Poétique. Solaire. Charnelle. Il n’y a pas d’écriture sans la présence de la femme, la belle, la moche, l’ange, la démone, la jeune, la moins jeune, la vieille, la sage, la folle... Sans la femme toute littérature est née-morte.

Certes, vu l’hégémonie de la culture traditionnelle dans notre société, l’image de la femme/maman est dominante dans la littérature algérienne, écrite en français, en arabe ou en tamazight.
Figée dans une image figée, dans l’imaginaire littéraire algérien, la femme/maman symbolise la sainteté absolue. Elle est le lait pur qui déborde sur les tétons des deux seins bénis.
Dans la littérature romanesque, l’image de la maman n’est que l’image d’Allah imagé dans la tête d’un Algérien. Je parle de l’Algérien, mais en réalité on peut généraliser cette situation pour tout musulman. Énormément de qualités et de valeurs collées à l’image de la femme/maman relèvent de celles accordées à Allah. L’écrivain algérien imagine la maman sous forme d’un Allah, clément, sensible et attentionné.  La littérature romanesque algérienne est bourrée d’images de Yemma. Mais enfin de compte l’écriture se ressemble, se répète. Les textes se copient.
L’écrivain romancier est souvent hypocrite envers cette image de Yemma. Il n’a pas le courage d’aller dans la profondeur de la vie. Yemma est représentée en femme parfaite. Elle est sans faute. Elle est sans chair. Elle est sans égoïsme. Sans rage. Yemma est tout sauf une femme avec un corps et des envies humaines. La vraie écriture romanesque est celle qui arrive à dépasser les clichés. Celle qui ose écrire les moments de la maman démone. La maman insoumise. La maman qui lève la voix contre un monde qui la veut docile, qui la préfère obéissante. Sans langue. Sans corps. Aveugle. Dépouille. Sans vices. En somme sans vie !
Dans notre écriture, à l’image de notre société hypocrite, dès que la femme atteint la rive de la maman, de Yemma, elle est obligée de rendre ses armes. Les armes du charme. Les armes de la rebelle. Elle rejoint le camp des nègres et des serviteurs !
Dès qu’il s’agit d’écrire Yemma, l’écrivain élève et transporte dans ses romans cette culture de l’hypocrisie. Tous, nous aimons nos Yemma. Mais l’écrivain est capable d’aller avec cet amour dans des sentiers inconnus, des sentiers non franchis. Le non-dit. Le chuchoté. L’arrière-boutique !
L’écrivain qui n’arrive pas à écrire sa maman Yemma comme un être humain avec tout ce qu’il comprend de bien et de mal, de charnel et de spirituel. Cette écriture beigne dans le faux, dans la morale. Ainsi elle est incapable d’évoquer la modernité, de réveiller la conscience, de susciter la question.  Il y a des Yemmas méchantes. D’autres sont moches. D’autres sont belles. D’autres sont traitres. D’autres sont des femmes de plaisir. D’autres des femmes de lit conjugal. D’autres sont torturantes. D’autres torturées. Yemma est une femme avant qu’elle soit maman, avant qu’elle soit Yemma ! On oublie souvent que la maman n’est pas née maman.  L’écrivain qui n’arrive pas à libérer l’image de Yemma emprisonnée dans son texte, n’arrivera jamais à construire un espace pour libérer son lecteur. N’arrivera jamais à se libérer lui-même.


A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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