Culture / Actualités

“Le livre de notre vie” se ferme

Mohamed Bencharif n’est plus

L’un des ouvrages de Bencharif. ©D. R.

La ville de Miliana vient de perdre l’un de ses brillants enfants. Toute l’Algérie vient de perdre en Mohamed Bencharif, l’enseignant, le pédagogue, l’homme de culture, le père spirituel de plusieurs générations successives, le guide de nombreux élèves, devenus adultes aujourd’hui. Ancien responsable au ministère de l’Enseignement et de l’Education, ancien consultant et expert à l’Unesco, Mohamed Bencharif a semé tout au long de son parcours des graines, des pépites qui ont porté leurs fruits.
Adepte de la méthode Freinet, conçue sur la base de “l’expression libre des jeunes, la correspondance entre classes, le journal scolaire, le plan de travail individuel, les fichiers et livrets auto-correctifs, les exposés d’élèves, les décisions coopératives concernant la vie de la classe”, l’auteur Bencharif a laissé en héritage un très bel ouvrage, édité par la Sned en 1967, réédité par les éditions Bachari en 2015, dans lequel beaucoup d’élèves de la période coloniale, de l’école Freinet de Hussein Dey, se retrouveront.
La première édition portait le nom de “L’Histoire de notre vie”, car il y est question de ces enfants algériens qui voyaient la guerre autour d’eux et qui exprimaient l’horreur par leurs dessins, et la frayeur par leurs poèmes ; la seconde édition s’intitula “Quand les enfants écrivent l’histoire” car il s’agit aussi dans ce livre de dire cette tragédie, d’écrire cette vérité qui sort de la bouche des enfants meurtris par la guerre et qui s’exprimaient en toute liberté devant cet instituteur qui voyait en cette méthode une belle manière d’enseignement et une bonne thérapie pour ces âmes en peine. Le livre est là mais Mohamed Bencharif n’est plus. Il le voulait “en toutes les langues et même accompagné de DVD. Les dessins seraient animés et les textes lus par des enfants”. Il envisageait aussi de créer une “association de l’école moderne” en Algérie, en Tunisie et au Maroc, qui serait suivie par une “fédération maghrébine de l’école moderne” à travers le lancement de nombreux “colloques, stages de formation des enseignants afin de les initier aux pratiques de la pédagogie Freinet, ainsi que la conception et réalisation de monographies locales”, disait-il à tous ceux qui voulaient en savoir plus sur ses projets.
En homme hautement spirituel, qui s’élevait au-dessus de toute considération matérielle, feu Mohamed Bencharif apportait son aide à tous ceux qui avaient besoin de lui ; il aimait la marche, faisait beaucoup de randonnées dans la nature et pratiquait la thérapie du yoga, de la méditation et de la “relaxation par le nez”, pratiques qu’il conseillait à tous ses amis qu’il voyait anxieux ou stressés. L’âge et la maladie l’ont affaibli ces deux dernières années, mais il restait serein et son regard empli de bonté. À tous ceux qu’il a connus, il a pu transmettre cette chaleur du cœur et cette intelligence de l’esprit…

Samira Bendris-Oulebsir