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Culture / Culture

Avec “La Danse du Jasmin”, l’auteure confirme son immense talent

Nadia Sebkhi, une sculpteuse de mots

©D. R.

Son dernier opus est un poème en prose. Une ode d’abord, car la description des profondeurs de l’être humain ne peut s’accommoder d’une littérature sèche. Elle a besoin d’un vecteur d’émotions que seule la poésie peut offrir. C’est aussi de la prose car la description a besoin d’être étayée.

Dans quelle catégorie, pourrait-on classer ce livre de Nadia Sebkhi, La danse du jasmin, paru aux éditions El-Kalima en 2015. Un recueil de poésie, un traité de philosophie, une œuvre psychologique ? C’est tout cela à la fois. Le lecteur plonge dans l’univers d’une écrivaine algérienne qui cherche à se situer, mais surtout à s’imposer dans une société pleine de tabous et qui réserve à la femme une place qui n’est pas à la hauteur de ses espérances. Nadia Sebkhi va voyager dans le temps jusqu’à la période antéislamique pour trouver l’origine de l’oppression de la femme. À l’époque, rappelle-t-elle, les hommes enterraient leurs filles pour leur supposée inutilité sociale et les risques de tentations. “Le plus surprenant est que les fils sont glorifiés tels des dieux par les femmes elles-mêmes”, souligne l’auteure qui met en évidence, avec une puissante ferveur, l’amour que portait le prophète Mohamed à ses épouses et à ses filles. La relation du Messager de Dieu avec sa femme Khadidja et sa fille Fatima est portée à la sublimation. Si la condition de la femme d’aujourd’hui semble en régression par rapport à celle idéale que leur voulait le Prophète, c’est justement sans rapport avec la vraie religion, semble suggérer Sebkhi. Il convient d’en chercher les causes dans la décadence morale et culturelle de nos sociétés pourries par le matérialisme et de plus en plus déconnectées de toute véritable spiritualité. Pourtant, l’Homme est normalement voué à la transcendance et à l’élévation pour s’accomplir dans son existence factice. “La plus belle et la plus profonde émotion que nous puissions éprouver est la sensation mystique. Là est le germe de toute science véritable. Celui à qui cette émotion est étrangère, qui ne sait plus être saisi d’admiration ou perdu d’extase, est un homme mort”, affirme Nadia Sebkhi en citant Albert Einstein. Ce n’est certainement pas un hasard si le roman est structuré à travers une correspondance entre une écrivaine algérienne (Dania) et une journaliste française (Isabelle). Les deux personnages partagent la même philosophie de la vie, faite d’amour de l’autre, de respect mutuel et d’ouverture sur les cultures du monde. Au-delà de la grandeur et des causes de la Révolution de Novembre, la souffrance réelle des Français d’Algérie, obligés de quitter leur pays de naissance, est un fait. Isabelle maudira l’OAS qui a compromis les chances de coexistence pacifique entre différentes communautés en Algérie, principe d’ailleurs consacré par les textes fondateurs de la Révolution et par les Accords d’Évian. Mais il n’est jamais trop tard pour retisser les liens dans le respect mutuel des uns et des autres. À travers “l’écriture fragmentaire” de Nadia Sebkhi, le lecteur décèlera la récurrence de l’appel à la raison, à la remise en question et à l’élévation de soi. “Je m’intéresse à la science de la vie intérieure pour déceler la grâce qui existe entre soi et ce qui nous entoure. Cette grâce n’est ni matérielle, ni vénale, ni corruptible, ni rude, ni brutale. Ceci dit, j’aime me rapprocher des visions distinctes entre les différentes cultures qui aspirent à l’universalisme”. Nadia Sebkhi termine son livre par une note qui peut renvoyer à un pessimisme d’abandon : “Ma quête est infinie, c’est une folie divine qui escalade vers la mort. Est-ce le répit final ! Se révéler à l’agonie en se coupant de la course, de la fortune, de la luxure et du terrestre”.  Mais, en réalité, ce “répit final” serait de se fondre dans l’harmonie de l’univers à travers une spiritualité librement et sereinement vécue.

Ali Bedrici
La Danse du Jasmin, de Nadia Sebkhi-156 pages. Éditions El-Kalima-2015.


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