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Culture / Culture

Yasmine Terki, commissaire du festival “Archi’Terre”, à “Liberté”

“Nous n’avons reçu aucune dotation du ministère de la Culture”

Yasmine Terki. ©D. R.

Le Palais des expositions d’Alger (Safex) abrite, depuis le 23 avril, le 5e Festival culturel international de promotion des architectures de terre “Archi’Terre”. Dans cet entretien, Yasmine Terki, commissaire du festival, revient sur les restrictions budgétaires décidées par le ministère de la Culture, ainsi que sur le programme et les objectifs de cet événement.

Liberté : Le lancement officiel du 5e Festival “Archi’Terre” a été donné aujourd’hui (dimanche 23 avril, ndlr) et s’étalera jusqu’au 27 du mois en cours. Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de cette édition ?
Yasmine Terki :
Pour cette édition, il y a trois volets essentiels au programme : “Architecture en terre d’aujourd’hui” est une exposition qui dévoile 40 projets retenus au “Terra Award 2016” (Prix international des architectures contemporaines en terre crue). Dans le monde, on s’est remis à utiliser ce matériau dans la construction contemporaine : écologie et économie d’énergie obligent. Les architectes ont compris que le matériau industriel présente de nombreux inconvénients, notamment en ce qui concerne la difficulté de recyclage, les différents problèmes de santé comme l’amiante… Dans les autres pays, il y a un retour à l’utilisation des matériaux bio, et cette exposition en est la preuve grâce aux 40 porteurs de projets qui ont utilisé des matériaux de la terre de manière contemporaine.
Cette exposition est itinérante, on pourra la déplacer dans les différentes villes du pays au niveau des départements de génie civil. Il y aura également au menu un atelier à travers lequel nous allons faire découvrir des techniques de construction en terre aux étudiants de l’Epau et à des enseignants de la formation professionnelle. Cet atelier est dirigé par l’Américaine Lara Davis (co-directrice de l’Institut terre d’Auroville en Inde). Quant au troisième volet, il sera marqué par une journée de sensibilisation, demain matin, durant laquelle différents intervenants nationaux et internationaux donneront des conférences sur les architectures de terre.   

Pouvez-vous nous éclairer sur les objectifs de cet événement ?
Ce festival est d’une importance capitale, car il a été créé pour la sauvegarde du patrimoine algérien. Il faut comprendre que notre patrimoine, tout comme celui de tous les autres pays, est construit avec des matériaux locaux : la pierre, le bois, la terre et tous leurs dérivés. Le problème qui se pose chez nous d’une manière très pointue et marquée est que tous les professionnels qui sortent de l’université ou de centres de formation professionnelle (architectes, ingénieurs dans différents domaines), durant leur cursus, ne sont formés qu’à l’utilisation de matériaux industriels. Arrivés sur le marché du travail, ils n’ont aucune compétence en matière de matériaux locaux.
À cet effet, le ministère de la Culture est complètement handicapé quant à sa capacité à prendre en charge le patrimoine algérien. Pour pallier cette situation, nous avons créé ce festival durant lequel nous inviterons les futurs acteurs de la construction et du patrimoine à assister aux rencontres et ateliers, afin de les sensibiliser sur ces questions.
Ce patrimoine nous est parvenu après des siècles, et nous n’allons pas le laisser disparaître parce que nous n’avons pas compris qu’il faut former les gens à l’utilisation de ces matériaux ! Ce festival a été organisé pour faire prendre conscience aux jeunes que c’est de leur devoir d’œuvrer à la prise en charge de ce patrimoine. Lors des précédentes éditions d’Archi’Terre, nous ramenions des enseignants et des étudiants de tous les départements d’architecture et de génie civil du pays, et nous leur faisions du matraquage pour leur expliquer en quoi c’est important de prendre en charge le patrimoine et quelle était leur responsabilité personnelle dans cette affaire. Nous les sensibilisions à travers différentes actions, notamment des ateliers pratiques sur l’archi’terre traditionnelle. Quand nous avions l’argent, on organisait sept ateliers. Il y avait une dynamique extraordinaire à l’Epau. D’ailleurs, cette expérience a permis aux étudiants de toucher pour la première fois  à ces matériaux.

“Archi’Terre” serait-ce une campagne de sensibilisation ?
Bien sûr ! Il porte le nom de festival pour “profiter” de ce statut et afin de permettre le financement de cette action de manière annuelle. C’est un festival de la terre ! Nous avons l’habitude de festivals de cinéma, de musique… Là, c’est un festival du patrimoine algérien, et en particulier des matériaux qui ont permis sa constitution. Outre les ateliers, on organisait des journées de sensibilisation durant lesquelles différents conférenciers nationaux et étrangers apportaient leur savoir, et des informations aux étudiants.
En quatre éditions, nous avons eu un retour énorme de jeunes qui travaillent aujourd’hui sur les matériaux de la terre. Le patrimoine, quand on y réfléchit, c’est sur le très long terme, on ne peut réfléchir à préserver notre patrimoine sur les dix ans à venir ! On doit penser à mettre en place une stratégie qui permette sa préservation pour les siècles qui viennent. Nous avons le devoir de le faire parvenir aux générations futures. Le patrimoine est construit avec des techniques, et si nous n’arrivons pas à maintenir les techniques qui ont précédé à sa construction, nous n’arriverons pas à le préserver. En faisant la promotion du patrimoine, Archi’terre est obligé de passer par la promotion des matériaux.

Cette édition est abritée par le Palais des expositions dans le cadre de Batimatec (Salon international du bâtiment, des matériaux de construction et des travaux publics d’Alger)  qui, d’ailleurs, est votre partenaire. Avez-vous reçu un appui du ministère de la Culture pour la tenue de ce festival ?              
Nous n’avons pas reçu de dotation du ministère de la Culture, ni l’an dernier ni cette année. Pour l’édition de l’an dernier, nous avons été pris de cours, alors il était temps de réagir, et cette année nous avons tenté de trouver une solution alternative afin que ce festival ne meure pas. Car, il a une importance capitale. À cet effet, nous avons décidé de faire une micro-édition de ce festival avec le reliquat de 2015 et, entre autres, avec l’appui de Batimatec, qui est notre partenaire. C’est très compliqué d’avoir l’appui des sponsors quand nous n’avons pas celui du ministère de la Culture. Il ne faut pas se mentir, le sponsoring culturel est inexistant. Aujourd’hui, il n’y a pas cette tradition, cette culture du sponsoring culturel en Algérie.
Peut-être que nous allons réussir à créer une tradition dans ce domaine ! Pour la prochaine édition, nous espérons trouver des partenaires engagés dans la préservation du patrimoine. Nous avons un patrimoine magnifique, et il faut que les gens comprennent que si nous perdons notre patrimoine architectural, on perdra l’image de notre pays.
Il faut espérer que le ministère prenne conscience qu’Archi’terre a une mission d’utilité publique. Le patrimoine appartient à tout le pays, à tous les Algériens, et le ministère en a la responsabilité ! On ne peut pas arrêter d’organiser un événement qui est l’unique festival qui s’occupe de la promotion du patrimoine architectural algérien.

Entretien réalisé par : Hana Menasria


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