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Culture / Culture

Qu’elle soit confisquée ou volée

“Nul ne guérit de son enfance”

©D. R.

Dans “Enfance confisquée”, Rachid Belhabib conte de son âme d’enfant ses “Mémoires dans le feu de la guerre de Libération nationale” ainsi que sa privation de “Liberté”, du fait qu’il était sevré de l’“Égalité” qui devait lui ouvrir les portes de l’instruction pourtant obligatoire et gratuite de l’école publique laïque de Jules Ferry.

Qui se soucie de l’enfant happé dans l’escalade de fielleuses hostilités de la guerre ? Sûrement pas ces belligérants qu’“on nomme Grands” dans le chant contestataire du “Déserteur” (1954) de Boris Vian (1920-1959) ! En ce sens, le récit du docteur Rachid Belhabib narre sa prouesse d’arracher son butin de savoir à l’école du “Roumi”.
Il conte de son âme d’enfant ses “Mémoires dans le feu de la guerre de libération nationale” ainsi que sa privation de liberté, du fait qu’il était sevré de l’“Égalité” qui devait lui ouvrir les portes de l’instruction pourtant obligatoire et gratuite de l’école publique laïque de Jules Ferry (1832-1893). Que dire aussi de la “Fraternité” ? Sinon qu’il n’avait que la solidarité des siens !
Donc rejeté par le “Roumi” au fallacieux argument qu’il était un indigène… Donc, “un Indien d’Algérie”, bon à être ghettoïser dans sa Casbah ou, au mieux, un “Indien” que le “Yankee” a désocialisé dans sa réserve au piedmont de Tikjda (Bouira) à l’aide de l’ignominieux code de l’indigénat qu’il a ramené au bout de sa baïonnette  au mois de juin 1830. Ironie de l’histoire, lors de la kermesse organisée à la veille des vacances scolaires d’hiver, les petits “Roumis” avaient le beau rôle  de la cavalerie, puisqu’ils pourchassaient et exterminaient les Apaches qu’incarnaient les indigènes : “En classe, tu ressens l’aversion de l’instituteur envers les indigènes. Et, il ne cachait jamais sa sympathie pour les enfants des colons.”  
Jeté aux oubliettes, “l’enfant, par pudeur tait sa faim” : “Nous étions assiégés comme dans les châteaux forts de nos livres d’histoire de France.” Pour l’exemple, le “Ya Ouled” n’était pas dupe, puisqu’il n’attendait pas le père Noël au pied de la cheminée qu’il n’avait pas dans son axxam (maison).
À quoi bon d’ailleurs, lui qui n’a jamais eu, ni vélo ni patins. Autre injustice, l’enfant risquait l’exclusion de l’école et mis ainsi au banc de la société, parce qu’il était fils de fellagha : “Avant 1954, tu étais infréquentable pour ton statut d’indigène ; depuis la guerre, tu symbolise la graine du futur rebelle.”
Autant de questions restées sans réponses, dont l’“assimilation et nos ancêtres les Gaulois” que la “djida” du “Ya Ouled” n’avait pas dans son “sandouk” (coffre traditionnel) qu’enjolivaient les signes d’un bonheur nuptial qu’elle n’a pas eu à cause de l’apartheid.
Autant d’écueils qui façonnèrent le “Ya Ouled” qui s’accrochait  au pupitre de sa maîtresse Vidal. Alors, et pour avoir la pêche, notre “Ya Ouled” s’entourait de la camaraderie du tumultueux Chouka, Banouas et les autres qui étaient tout autant beaux et intelligents qu’Emile, ce “Roumi” issu du peuplement venu de l’Europe, où ses ancêtres criaient famine ! “D’où, qu’il était exclu que le colon cède d’un iota sur la terre d’Algérie, où s’ensemence une existence de privilégié.”
Mais qu’importe la misère lorsqu’il y a le rêve qui s’oppose à l’“hallucinose guillotine qui te tranche la parole et te décapite, te retire la vie que Dieu t’a donnée”.
Mieux et face à l’incapacité du maître d’expliquer la parenté entre Clovis et les indigènes, le “Ya Ouled” opposait la foi identitaire de notre roi Koukou à l’histoire mensongère de Vercingétorix l’envahisseur. C’est  tout le plaisir d’aller jusqu’au bout d’un récit, où tous les “Ya Ouled” d’hier se retrouvent au fil des pages. Faites-en votre livre de parasol pour évaluer l’itinéraire de nos aïeux vers la liberté retrouvée.

Louhal Nourreddine

“Enfance confisquée” de Rachid Belhabib, Aframed éditions, 263 pages. 500 DA.
Titre d’une chanson de Jean Tenenbaum, dit Jean Ferrat (1930-2010).


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