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Culture / Culture

“Femmes d’Argenteuil dans leur intérieur”, de Geneviève Buono

Parcours de Maghrébines conté avec poésie


Geneviève Buono, nièce de Maurice Audin, qui a vécu 17 ans en Algérie, où ses parents étaient enseignants jusqu’après l’indépendance, raconte dans ce livre les expériences de plusieurs Maghrébines, avec beaucoup de poésie.

Dans le roman Femmes d’Argenteuil dans leur intérieur de Geneviève Buono, même si le titre ne le dit pas, c’est de femmes maghrébines qu’il s’agit dans ce livre paru en 2019 aux éditions Tangerine Nights. La Maison du Val-Sud, à Argenteuil (département 95), a souhaité organiser un atelier autour de la mémoire. L’auteure a “rencontré des femmes souhaitant évoquer leurs parcours et leur vision de la vie, autour d’une pâtisserie et d’un thé à la menthe, comme le chante Eugène Delacroix dans son magnifique Femmes d’Alger dans leur appartement”. Défilent alors des visages de femmes, souriants, ou crispés par des souvenirs douloureux. Leur vécu est une parfaite illustration du ballottage que subissent les émigrés entre leurs traditions d’origine et leur aspiration à la modernité. D’ailleurs, avant de lire le livre, nous pourrions nous surprendre à fantasmer sur le titre et imaginer un tas d’histoires dans cette ville d’Ile-de-France. Mais qu’elles viennent d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie, Mansoura, Assia, Fadila, Hadda, Kheira et les autres évoquent, à travers leurs récits, le chemin entre leurs racines maghrébines et leur destin européen. “Instants de partage, moments inoubliables, personnalités hors du commun, récits poignants, rires aux larmes, voilà ce que j’ai trouvé”, témoigne Geneviève Buono qui raconte les expériences de ses interlocutrices avec beaucoup de poésie, comme celle de Hadda, originaire de Tlemcen, qui est un exemple de détermination : “Ma ville est une blonde, une blonde aux yeux verts ; Ma ville est un buisson, un buisson de dattes offertes ; Ma ville est une fleur, la plus belle des villes, la plus belles des îles ; Vaste verger qui m’offre ses trésors ; Olives, vertes olives, au goût âcre que j’aime ; Ah ma ville, au cœur noir de soleil ; Toutes tes saisons ne font qu’une, et c’est l’été.” Les femmes d’Argenteuil, qu’elles soient de l’ancienne ou de la nouvelle génération, apprécient les avantages que la vie en France pourrait leur prodiguer, sans l’arrimage de certains hommes, exagéré jusqu’à la caricature, aux sacro-saintes traditions du pays. Alors, le paradoxe pour quelques-unes : vivre dans un pays de liberté et d’égalité hommes-femmes et se retrouver cloîtrées à la maison par des maris à l’esprit archaïque. Pourtant, dans les bidonvilles, à Saint-Étienne ou ailleurs, elles trimaient comme des esclaves pour s’occuper de la maison et élever la nombreuse progéniture. “Nos maris ne nous aiment que la nuit. Dans la journée, nous sommes des bêtes de somme”, dira Mansoura. Usées, les époux ne pensent qu’à les tromper avec des femmes plus jeunes ou, au mieux, à leur adjoindre d’autres épouses. À un moment du livre, Geneviève Buono évoque l’un des visages du racisme : “Tu es avec un bougnoule ! Cette fois, cette charmante remarque est destinée à sa fille qui vient d’épouser un Tunisien.” Mais, suggère l’auteure, l’amour est l’arme fatale contre la bêtise humaine. Se pourrait-il qu’un ouvrage raconte l’Algérie sans évoquer la Guerre de libération ? Ahmed, dont le fils épousera une Française, était un combattant de l’ALN. Fait prisonnier, il sera exécuté. Outre la poésie qui empreint Femmes d’Argenteuil dans leur intérieur, le courage et la détermination constituent le point commun de ces femmes qui ne cèdent pas au désespoir. L’exemple de Hadda est éloquent : après un grave accident et de longs mois de coma, condamnée à vivre sur un fauteuil roulant et à ne jamais enfanter, elle lutte de toute son énergie et force le destin ; elle marche, se marie et a un enfant, même si son bonheur est gâché par son mari qui passe de l’ange à la bête. Geneviève Buono, nièce de Maurice Audin, qui a vécu 17 ans en Algérie où ses parents étaient enseignants jusqu’après l’indépendance, se sent partie prenante dans ce dialogue avec les femmes d’Argenteuil. Qui d’autre qu’elle pour les comprendre ?


ALI BEDRICI
“Femmes d’Argenteuil dans leur intérieur”, de Geneviève Buono, Tangerine Nights, 101 pages, 2019.



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