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Culture / Culture

“Voyage d’Alger” de Maya Boutaghou

Périple dans une cité reconquise

© D.R

Le livre Voyage d’Alger (éd. Aframed) se doit d’avoir comme avant-propos le refrain : “Fais du feu dans la cheminée. Je reviens chez nous” (1968) et à l’auteure Maya Boutaghou de répliquer au ténor et soliste Fred Mella des Compagnons de la chanson : “S'il fait du soleil à Alger. Il en fait partout.” L’esprit rassérénée, l’auteure de retour de Toulouse (France), confie à “Lamia Mohend” (personnage du roman), la mission de réconcilier le lecteur avec une cité-mère pacifiée qu’elle a dû quitter la mort dans l’âme, eu égard à la colère de la foi que le djihadisme religieux a érigé en dogme. Notamment à une période où la situation du pays était au sauve-qui-peut et où l’Alger meurtrie se vidait de sa sève d’intellos et de sa verve filiale. Alors, et pour s’affilier dans l’environnant charivari où s’invective le bruit et s’injurient les odeurs des choses, l’auteure s’applique à l’exercice de mémoire. Studieuse, Lamia Mohend s’exerce pour y rencontrer son “moi” qu’elle a ensemencé toute jeune, sur l’itinéraire de sa vie qui ne fait pourtant qu’éclore. Soucieuse du détail, Lamia envisage d’y repérer ce signe ou ce jalon qui éveillent en elle le souvenir qui gît sous ce pavé qu’elle sait chancelant. Se voulant une globe-trotter jusqu’au bout de ses sabots, Voyage d’Alger évoque l’almanach d’un circuit à Alger où sont notées, au jour le jour, les pérégrinations où l’errance de cette jeune femme dans les rues d’une ville où elle a laissé un peu du sien, à savoir l’amour ! L’amour où ce qu’il en reste pour Sofiene Hocine qu’elle tente de recoller les morceaux, qu’elle cueille un à un sur l’allée du Marabout ou à la taverne du Corsaire à Sidi-Fredj : “Il faut un peu de nostalgie pour voir encore dans ce paysage ce qui semble mort pour tout le monde”, lit Maya Boutaghou entre deux signatures à la librairie Kalimat (les mots). En ce sens, l’auteure y insuffle l’air de vie qui enjolive le temps libre d’un esprit voyageur. Au demeurant, le roman Voyage d’Alger se feuillette d’abord par l’esthétique phonétique de son titre, où l’on devine aussi cet indice de séduction à l’égard de la dame blanche : “Le titre s’est modelé tel le ‘khit errouh’ (fil de l’âme) autour de l’esprit nomade de l’audacieux personnage de Lamia Mohend”, a déclarée l’auteure de l’essai Occidentalismes, romans historiques postcoloniaux et identités nationales au XIXe  siècle (2016). D’où l’envie de Lamia Mohend d’identifier sa ville et de s’attarder sur le “darbouz” (rampe) de sa baie, histoire de s’éclairer l’âme de la splendeur de ses calanques. Alors, autobiographique ou fictionnel ? Disons que la pléiade de personnages, Lamia, Sabrina, Zina, Aïda et les autres ont leur quote-part d’autobiographie mêlée à l’imaginaire. Seulement, on n’en dira pas plus, si ce n’est d’authentifier pour nos lecteurs le sceau méditerranéen qui est présent au fil des pages, eu égard à un zeste de verbe haut et d’une pincée de gestes si spécifique au terroir d’Alger ! 

Louhal Nourreddine


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