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Culture / Culture

…SOUFFLES…SOUFFLES…SOUFFLES…

Pourquoi les Arabes ont-ils peur de traduire la littérature israélienne dans leur langue ?

© D. R.

Tout simplement, c’est fou ! Sans honte ni hésitation, des livres faisant l’apologie du fascisme politique et de son frère jumeau le terrorisme religieux sont publiés, diffusés et lus dans les pays arabes et maghrébins sans exception aucune. Mais pourquoi les Arabes craignent de traduire la littérature israélienne dans leur langue ?    
Dès que cette question est posée, on s’empresse de brandir la bannière de la traîtrise nationale. L’accusation d’appel à la normalisation avec Israël.  
Ce n’est pas vrai, que  tout ce qui est écrit en Israël, en littérature de fiction, glorifie les pratiques du régime colonial oppressif israélien. Et ce n’est pas vrai que tous les écrivains sont gâtés par ce système politique. Personne ne s'oppose à la paix. La paix est un courage et une intelligence.  
La paix entre les nations a besoin de passerelles, et la bonne littérature est le meilleur pont jeté entre les humains. 
Tous les régimes arabes, sans exception aucune, de Nouakchott à Bassorah, entretiennent des relations avec l'État d'Israël, dont la forme et le contenu peuvent différer d'un régime à l'autre.  
Les Arabes et Maghrébins pratiquent la politique par leur cœur ou par la colère. La politique arabo-maghrébine est une réaction et non une action.  Cependant, pourquoi les Arabes ont-ils peur de traduire la littérature israélienne dans leur langue ?  Le monde de l’édition se souvient de la cacophonie qui a eu lieu en Égypte en 2009, lorsque le ministre de la Culture égyptien avait proposé de traduire certains titres israéliens, principalement ceux d’Amos Oz et David Crossman. 
Cette proposition fut la cible de toute la smala politique et les fequih religieux, comme si l’Égypte n’était pas un État en pleine normalisation politique, diplomatique et commerciale avec Israël !
Aujourd’hui, le citoyen arabe ou maghrébin n’est plus idiot : le monde autour de lui n’est pas plus grand qu’un  écran de son Smartphone.  
Bien que dix romans de Naguib Mahfouz fussent traduits en hébreu, de nombreux écrivains arabes hésitent encore à accepter la traduction de leurs textes dans cette langue.  Des  écrivains arabes et maghrébins dont un ou deux de leurs titres sont traduits en hébreu, par peur ou par hypocrisie intellectuelle n’osent pas le mentionner dans leurs biographies.  Il convient toutefois de noter que le projet de traduction de la littérature israélienne en arabe n’est pas nouveau. Il existe un projet égyptien depuis 1960, dont le but était d’un côté “connaître l’ennemi” et de l’autre découvrir les voix de la paix dans la littérature israélienne. 
Depuis les années 1970 et jusqu’au jour d’aujourd'hui, la traduction de la littérature israélienne en arabe demeure taboue et sans stratégie. Quelques titres ont été traduit : Hirbat-Hiza de Yizhar Smilansky, Le retour d’Ein Harod d’Amos Kenan a été traduit en arabe et publié dans la revue El Qarmal dirigée par Mahmoud Darwich, Victoria de Sami Michael, Une histoire d'amour et de ténèbres d'Amos Oz, Yasmine d’Eli Amir… 
Mais nous n’avons aucune idée sur la nature de la réception de cette littérature par rapport au lectorat arabe.  Il existe en Israël, comme ailleurs, une littérature humaine qui condamne  la colonisation et la discrimination raciale, et qui suscite une bonne réception dans le monde à l’image  des romans d'Amos Oz. Il existe aussi une autre littérature raciste cette fois-ci, comme c'est le cas dans la littérature de tous les pays, y compris dans la littérature arabe. Savoir ce qui se produit en Israël en littérature  est un droit pour le lecteur arabe. 
Notre condamnation de la politique coloniale israélienne n’annule en aucun cas le droit du chercheur, du professeur d’université, de l’étudiant, du journaliste et du lecteur en général à lecture de ce qui est écrit dans ce pays. La meilleure façon de connaître un pays c’est par sa littérature non par la rhétorique des prêches politiques. Depuis la guerre de juin 1967, s’est constituée, chez l’intelligentsia arabe, une pensée de raccourci envers Israël. Cette pensée sert d'abord Israël. 
La pensée de raccourci n’arrive jamais à faire  la distinction entre ami et ennemi, car elle ne dispose pas d’outils de différenciation, et le premier de ces outils, c’est la “traduction”. 
Il y a des écrivains israéliens qui font partie intégrante du capital littéraire mondial, leurs textes ne peuvent être négligés pour un chercheur, un politicien ou un intellectuel.
Il existe des écrivains israéliens qui mènent un combat contre l’extrême droite en Israël, une force pour la paix et pour les droits du peuple palestinien, à l'instar  d'Amos Oz, traduit en 28 langues, dont le livre Mon Michael est classé parmi les 100 meilleurs romans du XXe siècle. 
Le lectorat arabe et maghrébin ne connaît pas ces textes, à l'exception de ceux qui ont lu la traduction en français ou en anglais.  Il existe des écrivains israéliens plus justes et plus objectifs à l'égard de la cause palestinienne, que certains écrivains arabes et musulmans. Aujourd’hui, nous sommes condamnés à lire la littérature mondiale, celle produite par les frères, les amis, les adversaires et les ennemis.  Lire comme traduire est un partage et un courage ! 
 

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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