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A la une / Culture

Le documentaire “Makhdoumin” en compétition officielle au FIOFA

Quand la traite d’êtres humains devient légale

L’agence de travailleuses à domicile © D.R.

La 5e journée du Festival international d’Oran du film arabe a vu la projection de Chacun sa bonne (titre français), de Maher Abi Samra, un doc qui questionne sur les sociétés arabes, plus précisément au Liban, sur le trafic de femmes exploitées comme domestiques.

Le film El-Makhdoumin (chacun sa bonne), de Maher Abi Samrac a été projeté samedi, à la salle Maghreb dans le cadre du 10e Festival international d’Oran du film arabe (FIOFA). Pour cette édition qui se déroule depuis le 25 juillet, un total de 31 films est en course pour El-Wihr d’or, dans les catégories longs et courts-métrages et documentaires. À deux jours de la clôture (ce soir, au théâtre de verdure Hasni- Chakroun), les cinéphiles ont eu droit à différentes projections d’Algérie, Maroc, Tunisie, Jordanie… Le Liban a été représenté en compétition officielle par le documentaire Chacun sa bonne, sorti en 2016. D’une durée de 67 mn, ce film lève le voile sur une tradition peu conventionnelle au Liban, celle du commerce de femmes d’entretien. Une “mode” dans plusieurs pays arabes, notamment dans les pays du Golfe : “Ne pas posséder de bonnes à la maison est considéré comme une infériorité sociale”, lance le réalisateur dans le film. Le doc commence par la présentation de deux femmes de la haute société, bien installées dans leurs salons aux côtés de leurs domestiques en uniforme, l’une d’elles raconte avec regret : “À la maison, nous avons grandi avec des bonnes. Maintenant, j’en possède quatre, je devais continuer de la sorte. C’est une tradition à maintenir.” Sur le terme “posséder”, la voix off du film précise que ces femmes appartiennent à leurs “maîtres”, et qu’ils ont tous les droits sur elles !  Afin d’expliquer ce phénomène, le réalisateur a posé sa caméra dans une agence de travailleuses à domicile. Dirigée par un certain Zeyn, cet employeur parle de ces femmes comme de la “marchandise importée”. Ces bonnes sont des Philippines, du Bangladesh, du Sri Lanka, d’Éthiopie, d’ailleurs, pour les deux derniers la transaction est légale. “Pour pouvoir ouvrir une agence, le local doit être d’une superficie de 80 m2, pour le logement de ces migrantes”, a informé Zeyn. Le propriétaire est revenu également sur les démarches à suivre, notamment la rétribution d’une somme de 33 000 dollars à la banque, et enfin une autorisation du ministère du Travail. Chose aberrante : Ce “trafic” de femmes est autorisé par l’État.
Ces bonnes qui viennent d’Asie et d’Afrique sont enfermées dans une pièce à l’agence comme des captives. “Elles n’ont pas le droit de sortir ; d’ailleurs, nous verrouillons toutes les portes à clef pour éviter qu’elles ne s’échappent”. Traitées comme de vulgaires esclaves, les futurs “propriétaires” doivent payer une caution aux autres intermédiaires (agences et consulats des pays d’origine) pour le passeport, le contrat de travail et autres formalités. Lors du tournage, plusieurs clients ont été filmés dans cette entreprise, la plupart recherchent des filles âgées dans la vingtaine, car elles sont “matures” et en “forme”. Pis encore, d’autres se basent sur des critères physiques. Interrogés sur ces méthodes archaïques, les concernés répondaient catégoriquement : “C’est bien d’avoir une personne qui ne parle pas notre langue, cela nous évite les problèmes”.
Dans son commentaire, Maher Abi Samra évoque la situation de ces bonnes avec poésie et force pour dénoncer ce trafic de femmes des temps modernes soutenu par l’État. “La bonne est toujours fautive. Le gouvernement et les autorités sont du côté des clients”. À ce propos, le contrat stipule que ces domestiques ont le droit de se plaindre seulement si elles se font battre et ne mangent pas à leur faim… Selon les statistiques, pas moins d’une dizaine de milliers de femmes d’Asie et d’Afrique sont envoyées chaque année dans plusieurs pays arabes, et le Liban compte un pourcentage de 2%. Ces pratiques de commerce d’esclaves sont devenues monnaie courante, et ces jeunes filles pour beaucoup d’entres elles, sont retrouvées mortes, pas moins de 1 135 entre suicides, meurtres… Chacun sa bonne est un documentaire affligeant qui remet en question ces pratiques barbares, devenues anodines dans les mœurs de ces pays.


H. M
 


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