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Culture / Culture

Parution de “Hégires”, de Karima Berger

Se réconcilier avec l’Autre et soi-même

© D. R.

Depuis la création de l’univers, l’exil, ou sous son appellation musulmane l’hégire, fait partie de l’histoire de l’humanité. Les Livres sacrés nous content comment les premiers hommes ont quitté terre, femme et enfants pour se protéger, se reconstruire et se renouveler. Faisant écho à son histoire personnelle, Karima Berger, elle-même exilée en France depuis plus d’une quarantaine d’années, nous raconte ces Hégires qui ont façonné le monde et l’Islam. De Hagar (servante du prophète Abraham), Marie et Jésus en Égypte, en passant par l’émir Abdelkader et même les harragas, cet essai, publié récemment aux éditions El Ibriz, reprend les écrits coraniques et bibliques dans un récit qui se transforme en quête. Quête de soi, après l’effacement de l’être face à son exil, quête de l’Autre, duquel on s’éloigne, physiquement et émotionnellement, ou dont on tente de se rapprocher quand la solitude insondable de l’exode se fait ressentir.

S’appuyant principalement sur le Coran, les traditions maghrébines et ses souvenirs d’enfance, Berger, forte d’une expérience qu’elle couche dans ce livre-témoignage, nous transmet à travers une plume poétique les émotions, les réflexions et les étapes par lesquelles passent le déchu, le banni, l’errant. Mais cette introspection passe par un retour en arrière. Pour comprendre son déracinement, il incombe à l’exilé de revenir des milliers d’années en arrière. Le point de départ de notre auteure sera l’hégire du prophète Mohammed (QSSSL) vers Médine, fuyant les persécutions des Qoreïchites, ou encore son ascension vers les Cieux. Le voyage Nocturne inspirera Dante d’ailleurs pour l’écriture de sa Divine comédie “où il instille scènes et personnages, non pour louer le prophète musulman, fort mal traité, raillé même, mais pour honorer Averroès ou Avicenne, les grands maîtres de la philosophie musulmane”.

L’auteure exprime par ailleurs un vœu, qui pourrait naître des exils de notre communauté en Occident. “Lointains héritiers de ces expatriés (mouhajiroune), pourquoi les musulmans d’Occident ne donneraient-t-ils pas re-naissance à un islam qui a respiré l’air du large ? Non pas en exhibant les signes manifestes de leur singularité mais en se tenant dans le risque, ce vif même de l’exil”. Mais cela est-il réalisable, quand, le Hadj, lié à l’exil d’Ismaël et de sa mère Hagar, n’est plus “cette grande migration de l’âme” et “n’incarne plus que la soumission au règne de la folie et de l’or noir, du béton et de la marchandise”, car “rapté par les tenants d’un islam en voie de dépérissement et se corrompt sous l’effet du business et de la finance”. Parlant de son expérience personnelle et des conséquences de son émigration, l’auteure, sous le chapitre «Amour», soutient que ce sentiment “a causé son ascension et sa chute”, parce que “mon pays natal n’a pas voulu de celle qui s’était altérée, pire, cet impur venu du lointain menaçait son unité”. Écrit avec finesse, ce bel essai saura parler aux personnes qui ont fait l’expérience de l’exil en faisant écho à leur périple et à leur vécu, et, dans une moindre mesure, ceux qui tentent de comprendre ce qui anime ces êtres prêts à laisser leur vie derrière eux. 

 

Yasmine Azzouz 



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