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Culture / Culture

…SOUFFLES…

Songe d’une nuit d’été !

AMIN ZAOUI

L’Oiseau d’Orient”, ceci est le titre d’un roman autobiographique ou semi-autobiographique de l’écrivain et dramaturge égyptien Tawfik El Hakim (1898-1987), un texte fondamental qui a marqué le lectorat arabe pendant un demi-siècle, peut-être un peu plus. Mais pourquoi est-ce que je vous parle de ce roman paru en 1938 ?  C’est loin, n’est-ce pas ?
Ce qui est resté gravé dans ma mémoire d’adolescent, de cette lecture qui remonte à une vingtaine d’années, c’est cette relation passionnelle bien illustrée par le romancier, entre le personnage principal et la vendeuse des tickets de théâtre. En ce temps morose que nous traversons, en ces jours qui nous bouffent, qui nous étouffent, il est inimaginable de rencontrer un personnage pareil dans un texte romanesque ou théâtral algérien. Mais pourquoi ? Tout simplement, parce que notre intelligentsia artistique et littéraire ne fréquente plus les théâtres. Tout simplement parce qu’il n’a y a plus de guichet pour vendre des tickets pour spectacles de théâtre ou de films. Tout simplement parce qu’il n’y a plus de belles vendeuses de tickets. Comme il n’y a plus de placeuses bien maquillées, bien parfumées dans les salles de cinéma. Tout simplement parce qu’il n’y a plus de vie théâtrale hors des festivals dopés par l’argent de l’État, vache laiteuse ou laitière, peu importe !
Le théâtre qui ne se nourrit pas de son guichet est un théâtre assisté. Handicapé. Boiteux. Le cinéma qui n’arrive pas à recouvrir les dépenses d’un film à travers le guichet n’est qu’un faux cinéma. Cinéma de service. Je ne veux pas écouter, ni réécouter, pour la énième fois, le discours des pleurnicheurs, ni voir les larmes des pleureuses et des pleureurs versées tantôt sur l’état et le statut des “salles de cinéma” tantôt sur les difficultés de la “diffusion des pièces théâtrales” dans les villes lointaines. Des centaines d’histoires mouillées qui perdurent depuis que nous sommes un pays indépendant. Les enfants de l’indépendance ont vieilli. L’Algérie n’est plus un pays de jeunes !  Pendant plus de dix ans, les années de la vache grasse, l’argent du Trésor public coulaits à flots sur le théâtre, de même sur le cinéma ! Certes, il n’y a pas de culture sans argent culturel ! Mais pourquoi est-ce-que nous ne sommes pas parvenus à faire venir le spectateur dans une salle de cinéma ou dans une salle de théâtre ? Pourquoi est-ce que Mohieddine Bachtarzi (1897-1986), Rachid  Ksentini (1987-1944) et les autres, malgré la colonisation, l’œil de la censure, la misère…jouaient à guichets fermés pendant des mois et dans toutes les villes d’Algérie ! Aujourd’hui la confiance artistique, entre le public et le grand écran, entre le public et la scène, est violée. Le cordon ombilical est coupé. Dans les années soixante-dix, la classe politique issue du parti unique commandait des pièces politiquement sur mesure auprès des théâtres régionaux. Même avec une centaine de partis clonés, elle  demeure toujours dans ce même état psycho-politique et culturel. Et parce que l’image du théâtre, à ses yeux, n’est qu’un écho de son image, que le dramaturge n’est qu’un perroquet qui rechante son discours, elle ne se donne pas la peine pour aller jusqu’au Square (la place à Alger où se trouve le Théâtre national) pour voir un spectacle qui en fin de compte ne rechante que son discours ! Sous les autres cieux culturels d’Allah, la classe politique par sa fréquentation des lieux de spectacles, théâtre ou cinéma, donne l’image d’une ère politico-culturelle, forte en son symbolique. Ce soir, comme dans un songe d’une nuit d’été, je quitte le Théâtre national (TNA), en remémorant les faits du roman L’Oiseau d’Orient… et il n’y avait ni guichet ni vendeuse de tickets !

A. Z.


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1 réactions
no passaran le 04/06/2015 à 10h45

vos cris de colère vous honore. Il faut mettre le doigt sur le socle historique de notre culture et les inepties d'aujourd'hui pour se frayer un chemin. Un personnel politique conservateur, une religion réduite à de la bigoterie infantile, des ''artistes'' serviteurs de la ''pensée'' creuse du système, les autres se taisent ou s'exilent. Et in fine une société qui a eu faim essaie de refouler l'époque de la misère en devenant gloutonne. Tâche titanesque qui attend un pays qui mérite mieux queçà

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