Scroll To Top

Culture / Culture

Mort du poète Rabah Benslimane

Un homme de tous les temps

©D. R.

Le poète d’expression kabyle, Rabah Benslimane, est mort le 5 avril dernier. Un poète de renommée locale. Il avait 65 ans et était plutôt bien portant et toujours plein de projets. Notamment celui de traduire, avec l’aide du journaliste Rachid Oussada, ses poèmes du kabyle vers le français. Une langue qu’il enseigne aux petits chérubins depuis la fin des années 1960. Rabah était un instituteur, qui devient de plus en plus rare dans le métier.
Mais sa véritable passion, c’est la poésie. Il écrira à de nombreux artistes béjaouies. En effet, il était le parolier des groupes Azal, Inayen, Ithren, Inès et de son chanteur Tahar Khelfaoui. D’ailleurs, pour son enterrement, tout Bougie était présent. Ses amis, les artistes et les mélomanes, ses anciens élèves, avaient tenu à l’accompagner, dans la dignité s’entend, à sa dernière demeure. Car Rabah Benslimane était digne. Il avait toujours le sourire aux lèvres. Un de ses anciens élèves à l’école des 13 Martyrs, sur les hauteurs de Béjaïa, a raconté durant la veillée funèbre qu’après avoir eu un enseignant de langue française “bête et méchant”, ses camarades et lui appréhendaient de tomber sur un autre enseignant qui ne communiquait que par le bâton. Quelle fut leur surprise quand ils découvriront un enseignant tout sourire et presque timide devant des chérubins dont le plus âgé, un redoublant, avait 10 ans maximum. La preuve a confié. On ne verra jamais Rabah faire la chaîne et attendre devant les guichets de l’état civil, de la poste, de l’hôpital, voire chez le médecin. Il était connu de tous.
Les gens, souvent ses anciens élèves, leurs parents ou leurs amis, cédaient volontiers leurs places pour épargner la moindre épreuve à celui qui a respecté jusqu’à la fin son métier d’enseignant ; un métier qu’il a exercé à l’ancienne, comme il l’a appris auprès de ceux, qui l’ont précédé. Il a enseigné un peu partout y compris à Ighil El-Bordj où il a entamé sa carrière, desservi par un seul bus, qui faisait la desserte entre l’ancienne ville de Béjaïa et Amtik n’Tafeth.
Né à Béjaïa, Rabah Benslimane a raconté sa jeunesse, sa passion pour la mer dans ses poèmes, poèmes, qui racontent Béjaïa des années 1960 jusqu’aux années 1990. Ses textes brillent par leur sobriété, la délicatesse de leurs perceptions et de leurs impressions intimes, leur richesse métaphorique. Il a été surtout le poète de notre temps, qui prend le bus et le train, regarde par la fenêtre, écoute de la musique, contemple la nature. Il est cependant un homme de tous les temps, du permanent dans ce qu’il a de changeant et de mouvant bien qu’il semble s’être perdu dans l’Algérie des années 2000 et 2010. L’ordinaire devient extraordinaire dans la langue du poète.
Le singulier devient universel. Car Rabah Benslimane donne constamment à saisir des perceptions et des situations singulières, individuelles. Ses enfants, deux garçons et une fille, ainsi que son épouse devrait penser à traduire ses poèmes en français pour qu’ils soient accessibles au plus grand nombre. Son dernier projet : planter des arbres dans son jardin. Il n’a pas eu le temps. Mais ses enfants l’ont fait dès la fin de l’enterrement.

M. O.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER
Commentaires
1 réactions
soumaya le 12/04/2015 à 11h26

que dieu tous puissant accueil ton âme dans son vaste paradis chère père, une âme pure et riche de sagesse.tu vas nous manquer. allah yarahmek ya tonton rabah .soumaya

Commentaires
1 réactions