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Culture / Culture

Rachid Mokhtari présente son livre “La guerre d’Algérie dans le roman français”

“Un nouveau courant littéraire s’emploie à innocenter des bourreaux”

Rachid Mokhtari (au centre) présentant sou ouvrage au Palais des raïs. © Louhal/Liberté.

Lors d’une rencontre-débat animée samedi dernier au Bastion 23, l’auteur a présenté son ouvrage qui se veut un essai qui restitue de la laideur au bourreau.

Le romancier Rachid Mokhtari a animé au Palais des raïs, samedi 16 février, une rencontre-débat autour de ses ouvrages La guerre d’Algérie dans le roman français dont le tome I Esthétique du bourreau et le volume II Élégie pour une terre perdue (éditions Chihab) qu’il oppose à la canonnade de la “nostalgérie”. Puisant de la bibliographie d’une diversité d’ouvrages qui traitent de l’illusion de l’Eden perdu, les sagas des colons d’Algérie, récits de voyages et des témoignages romancés qui s’agrippent encre et plumes au passé colonial qu’ils disent “sublime”, l’ancien rédacteur en chef du journal Le Matin d’Algérie dissèque “une arnaque narrative où les troupes d’occupation ont semé plus de terreur que de graines, plus de fer que de blé”. À ce titre, les publications de Rachid Mokhtari tamisent la publication d’un essai de Charlotte Lacoste qui s’intitule Séductions du bourreau. Négation des victimes (éd. Presses universitaires de France 2010), où l’auteure qualifie le tortionnaire de “bourreau gentleman”.
“C’est un essai qui est à la fois corrosif mais d’une profonde et rigoureuse analyse scientifique qui avance une hypothèse selon laquelle il y a un nouveau courant littéraire occidental qui s’emploie à innocenter des bourreaux de masses et qui, se faisant, nous les rend fréquentables. Il s’agit du bourreau nazi, du bourreau des GIA, du bourreau des génocides interethnique en Afrique”, a dit le conférencier. Pis, dans son analyse du roman fleuve de 1404 pages Les Bienveillantes de Jonathan Littell (éd. Gallimard), où l’auteur donne la parole au sinistre “commandant d'Auschwitz parle”, “l’universitaire française Charlotte Lacoste va jusqu’à humaniser le bourreau. Est-ce innocent ? Du fait qu’il lui soit accordé des circonstances atténuantes au génocide dont il est responsable”, a ajouté le tribun.
Pris ainsi dans les rets d’une littérature où le diable se dissimule entre les interlignes, c’est le lecteur qui en pâtit, puisqu’il ne voit que l’autre face lissée d’un bourreau plutôt pitoyable qu’impitoyable. “La littérature algérienne, notamment celle des années 1990, a tendance à aller dans le sens de ce courant qui tend à réhabiliter, voire à enjoliver le bourreau de masse des années 1990.”
C’est le cas de Charlotte Lacoste qui écrit : “Tous les bourreaux sont des hommes ordinaires. Or les hommes ordinaires, c’est nous tous. Donc nous sommes tous des bourreaux.” À ce titre, “le terroriste et le bourreau s’érigent ainsi en héros de la décennie noire et occupent l’espace fictionnel au détriment de la victime qui souffre de la négation en dépit qu’elle est le témoin de la tragédie. Il reste bien entendu que les écrits de Charlotte Lacoste qui tendent à humaniser le bourreau ne font pas d’elle une fasciste ni qu’elle adhère aux actes du bourreau, eu égard à l’usage libre de la plume de la romancière. Cependant, il appartient à la critique littéraire de s’y intéresser pour cerner les non-dits d’une telle démarche”. Alors, sachant que l’enfer inspire beaucoup plus que le paradis, Rachid Mokhtari s’interroge : “Pourquoi la littérature s’intéresse à l’attraction du bourreau et pourquoi autant d’intérêt pour le bourreau ? Pourquoi la littérature nourrit l’atavisme et l’imaginaire du lecteur ? Autant de questions qui méritent une lecture sociologique.” À noter que l’après-midi littéraire a été animé par nos confrères Nordine Azzouz et Kernoug Saïda.


Louhal Nourreddine
 


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