Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Culture / Culture

“L’outrage fait à Sarah Ikker” de Yasmina Khadra

Un polar sur les travers de la société marocaine


C’est avec un roman policier que le très prolifique Yasmina Khadhra a choisi de marquer le début de son année littéraire 2019. L’histoire se déroule à Tanger, au Maroc. Issu d’une famille modeste du Rif, Driss Ikker a réussi à faire des études de droit. Sa rencontre avec Sarah, fille du directeur d’une école de police, va changer son destin. En l’épousant, il se met sur l’orbite des privilégiés, et grâce au coup de pouce de son beau-père, il entre à l’école de police d’où il sortira lieutenant, avec pourtant des notes qui ne justifient nullement sa rapide promotion. Dans ses fonctions, il atterrit dans un commissariat de Tanger, ville prestigieuse où il mène une existence tranquille avec sa femme, jusqu’au jour où un drame se produit. Driss est en mission à Casablanca. La nuit, un intrus s’introduit chez lui et viole sa femme Sarah. Connaissant l’inefficacité du commissaire et de son adjoint plus occupés à chercher les moyens de s’enrichir qu’à protéger les citoyens, Driss décide de mener lui-même l’enquête. Bien que déjà auteur de quelques polars (quatre romans policiers édités en un seul volume chez Gallimard en 2008), Yasmina Khadra préfère qualifier L’outrage fait à Sarah Ikker d’enquête conjugale au lieu de roman policier. “J’ai essayé à travers ce livre de raconter une enquête un peu singulière puisqu’il s’agit d’une enquête conjugale. Pour moi, il fallait installer le décor qui ressemble un peu à ce milieu interlope qu’est l’univers du roman policier. Mais j’ai voulu surtout m’attarder sur la fragilité, la vulnérabilité d’un couple. Les bonheurs ne sont pas toujours à l’abri du désarroi, de la catastrophe, du mauvais sort. Une rencontre de rien du tout, un moment de faiblesse et tout ce qui a été construit ne tient plus debout, c’est terrible”, affirme-t-il. Psychologiquement déséquilibré, Driss sombre dans l’alcool au point d’être hospitalisé. Sa femme souffre d’une grave dépression et le couple va à la dérive. L’enquête de Driss sur l’agresseur de sa femme va révéler un monde où l’arrogance des élites bourgeoises n’a d’égal que la corruption qui gangrène la société. Voilà un roman policier (pardon, une enquête conjugale, selon l’auteur) qui raconte un drame et des travers de la société marocaine, mais qui se permet l’intrusion d’un humour parfois osé. Le lecteur connaîtra-t-il le dénouement de l’histoire ? Oui, mais juste pour découvrir qu’elle aura une suite. Yasmina Khadra suggère qu’il nourrit l’objectif d’écrire une “trilogie marocaine”. “J’ai voulu réfléchir en écrivain maghrébin. À travers mon initiative, j’invite les auteurs maghrébins à raconter leur Maghreb et non à rester enfermés dans leur petit territoire marocain, algérien, tunisien… Nous avons un Maghreb à construire, ce ne sont pas les politiques qui vont lui permettre de sortir la tête de l’eau ou du sable.” Le message est d’une limpide clarté. Yasmina Khadra ne donne-t-il pas d’ailleurs l’exemple de l’élargissement des horizons et de l’universalité en situant ses décors et ses personnages aux quatre coins du monde, de Kaboul à Tripoli, d’Alger au Caire et de Paris à La Havane ? 

 

ALI BEDRICI
L’outrage fait à Sarah Ikker, de Yasmina Khadra, éditions Julliard, 
288 pages, 2019.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER