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Culture / Culture

“L’IMPOPULAIRE” DE SLEMNIA BENDAOUD

Un portrait caricatural d’Ahmed Ouyahia

© D. R.

Dans L’impopulaire, présenté comme un essai, l’auteur et chroniqueur de presse Slemnia Bendaoud a tenté de peindre un portrait au vitriol de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, aujourd’hui en prison.

Dans cet ouvrage publié chez Tafat éditions le 1er semestre 2020, l’auteur fait une  description  très  corrosive, voire  destructive  de  “l’homme  des  sales besognes”, Ahmed Ouyahia, même si l’auteur s’en défend en écrivant – en avertissement de son “essai” – qu’il n’a rien d’un pamphlet.

Il écrit même qu’il  n’est  pas “dans les  habitudes  ou  dans  la culture de son auteur de tirer sur une ambulance ou même de se servir – en ténu rancunier – de son couteau lorsque le "puissant taureau" gît déjà au sol, les pattes liées et son passé désormais derrière lui, enfoui au fond des poubelles de l’Histoire ou bien conservé dans les livres d’or de la Cité et des manuels scolaires destinés aux futures générations”.

Une neutralité que l’on peine à entrevoir tout au long des onze chapitres – la conclusion est  tellement  longue  que  l’auteur  aurait  pu  y  ajouter  un  12e chapitre pour permettre au lecteur de suivre en conclusion l’enchaînement et la progression logique  des  différents  chapitres, d’autant   que  l’ouvrage est plutôt bien écrit.

Et  si  la  politique  y  occupe  une  place  importante, le  lecteur  est  en  droit d’attendre de Slemnia Bendaoud qu’il distille des aspects moins connus de la vie privée d’Ahmed Ouyahia, surtout  que  l’auteur lui  avait déjà consacré un ouvrage, intitulé, Président !, lequel est paru en juin 2014 aux éditions Edilivre.

L’auteur le décrit comme “très besogneux, doté d’une plus grande capacité de travail, toujours  disposé  à  se  rendre  utile  à  son chef,  se  dépenser  sans compter, jusqu’à passer pour l’un des plus performants parmi les purs produits du système”. Son leitmotiv : “Plaire à tous ses nombreux supérieurs.” Manière à lui, a-t-il ajouté, “d’en faire un but à atteindre afin d’épater ses parrains pour les  pousser  à  lui  confier  encore  plus  de  responsabilité  et  davantage  de pouvoir”.

Ce qui explique son retour  incessant  aux  affaires. Toutefois, “à peine avions-nous compris son retour que celui-ci plie (déjà) ses bagages à la manière dont le nomade lève précipitamment sa tente”.

L’auteur  indique  qu’il  “prit  bonne  conscience  de  la  faiblesse  de  la communication des hommes du système” et qui s’est adonné au “très sinistre registre de l’impardonnable invective, de l’insulte publique gratuite, du déni politique” et dans un geste d’humour très fin, il a cherché à offrir, à ce peuple, “juste un pot de yaourt !”.

Mais c’est l’envoi de cadres et de gestionnaires – dont certains très compétents – que n’a pas manqué de rappeler l’auteur. Et maintenant qu’il est en milieu carcéral, “il sait désormais le prix d’une minute, pour un être en manque de soleil et de liberté à plus forte raison lorsque l’interné est l’objet d’une quelconque injustice”. Mais ce “très cyclique bail” fut remis en cause par le Hirak, poursuit-il.

Il est venu s’interposer et se dresser comme une barrière infranchissable, ce qui  a  amené  le  pouvoir  à  sacrifier  “son  joker – Ouyahia  bien  sûr – pour assurer sa survie”. En effet, “la  survie du système est désormais perçue à ce prix-là. À cause justement de ce maudit mouvement social ou maudit Hirak, qui a fait tant de ravages au système !”

Critique.  L’auteur charge Ahmed Ouyahia plus qu’il ne peut porter et donne l’impression de vouloir dédouaner le président déchu Abdelaziz Bouteflika, ainsi que les autres Premiers ministres, en l’occurrence Belkhadem et Bedoui – un peu moins Sellal.

Il faut attendre la page 144 – sur 150 que compte le livre – pour que l’auteur reconnaisse enfin : “À vrai dire, cette impunité  ne  fut guère le propre de ce seul responsable politique algérien.”

En évoquant  les  nouvelles  autorités, il écrit :  “Par leur  façon  de  mener les affaires du pays, ils ne font que narguer le pauvre peuple. Sinon le provoquer !”
Autre problème, le  parallèle  fait  dans  le  chapitre  9  par  l’auteur entre des couples aussi improbables : Chirac-Sarkozy et Bouteflika-Ouyahia.

L’auteur doit pourtant savoir que Jacques Chirac avait cessé d’être le mentor de Nicolas Sarkozy  depuis  1995, lorsque ce dernier a décidé de  soutenir  le Premier  ministre  Édouard  Balladur  contre  Chirac.  Quant  à  Abdelaziz Bouteflika, il  ne pouvait  objectivement  être  le  mentor ni d’Ouyahia ni d’un autre, hormis sans doute de son frère cadet.
 

M. OUYOUGOUTE 

 


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