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A la une / Culture

“Entre l’Algérie et la France, il n’y a qu’une seule page”, de Mohamed Abdellah

Une fresque romanesque qui en dit long…

©D. R.

Entre l’Algérie et la France, il n’y a qu’une seule page, tel est le titre du roman époustouflant de réalité du jeune auteur Mohamed Abdellah. Mais là, il ne s’agit pas d’une page mais de… 655 pages. Des pages que le lecteur tournera avec un plaisir mêlé à de l’acharnement, doublé d’une curiosité pour en savoir plus sur ces nombreux personnages décrits avec minutie et découvrir goulûment ce qui se passe derrière chaque visage, chaque image, chaque tournage. Car cette fresque écrite vous donne l’impression d’un tournage de film, d’un montage audio et vidéo, de scènes vécues, en vrai et pas dans un livre, tant les descriptions des lieux sont détaillées, les senteurs des plats cuisinés et des épices utilisées vous chatouillent les narines, et les éléments du décor sont plantés pour vous mettre dans le bain de l’action. Comme le dira si justement son préfacier, Abdelhak Bererhi, “les flash-back du passé s’entremêlent avec bonheur avec les faits contemporains. Les familles tant algériennes que pieds-noirs ou les nouveaux arrivants coopérants sont admirablement intégrés dans ce décor. Les souvenirs s’écoulent au fil du temps avec force-détails, dans le nouveau paysage de l’Algérie libre”. Pourquoi diable ce jeune auteur de 20 ans s’intéresse-t-il à une telle ambiguë et complexe histoire que celle qui lie l’Algérie et la France ? Car qu’on le veuille ou pas, ces deux États sont liés et leurs deux peuples ont un passé commun que nul ne peut nier ou tenter d’effacer. Une seule page à tourner ? On saura de qui vient cette phrase qui a donné ce titre, elle est inoubliable pour ceux qui ont connu son destinateur. Et ils savent qui est son destinataire.  Une page à arracher ? À détruire ? À comprendre ? À justifier ? Les questions y afférentes y sont posées de tous temps, à tous moments, ici comme là-bas, de l’autre côté, mais les réponses semblent incertaines, floues et les situations troublantes, souvent déstabilisantes.
Dans ce roman où s’entrecroisent des personnages attachants, où s’interposent des vécus heureux, mais trop souvent malheureux, entre les deux rives de la Méditerranée, il s’agit de plus d’un demi-siècle de vie qui s’étale tout au long de ces pages. Entre Tlemcen et Paris, entre l’Algérie et la France, le cœur balance ; avec Meriem, Selma, Narou, Moundir, Didine, Fayçal, Michèle et les autres, ce sont des vies qui se racontent et des vécus qui défilent au gré de la lecture. Une lecture émouvante. Tragique. Des récits multiples percutant à plein fouet la mémoire et faisant resurgir les souvenirs. La guerre, l’Indépendance, la reconstruction, la Révolution agraire, les coopérants, l’arabisation, le vote, les élections, le FIS, les bains de sang, la décennie noire, l’exil… tout y passe sans ménagement dans un flot de longs paragraphes disséminés çà et là, en un jet de flash-back qui parfois sont si déroutants qu’on en perd le fil. Le jeune auteur ne veut rien laisser de ce qu’il a appris au gré de ses discussions avec les adultes ; Mohamed Abdellah ne veut rien oublier de ce qu’il a lu sur ces deux pays aussi attachants l’un que l’autre mais ô combien compliqués à concilier au vu de tout ce qui s’y est passé : colonisation, racisme, terrorisme… mais aussi culture, lecture, tolérance, humanisme, dialogue des cultures et acceptation de la différence. Entre la guerre et l’amour il y a l’homme ; entre la violence et la paix il y a l’humain. Entre l’Algérie et la France, il y aura toujours cette page écrite par une histoire qui ne cesse de connaître des rebondissements dans un monde de plus en plus violent. Mais la plume saura-t-elle un jour gagner le pari là où les politiques ont toujours échoué… ?

Samira Bendris-Oulebsir

“Entre l’Algérie et la France, il n’y a qu’une seule page”, de Mohamed Abdellah, Necib Editions, 2017, 655 pages, 700 DA.


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