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Culture / Culture

“El Mizouna” de Tahar Helissi

Une littérature qui se regarde

Le journaliste, auteur et romancier, Tahar Helissi, vient par une publication, roman initiatique sous un titre bien évocateur pour les habitants de la capitale des Aurès “El Mizouna”, mais qui se laisse lire et agréablement par n’importe quel lecteur. Il a su et pu, séduire dès les premières pages de cette histoire, bien située dans le temps et l’espace, pour celui qui sait lire, car l’auteur s’est inspiré en grande partie de faits réels. “Une histoire-roman, qui se laisse lire, mais se regarde aussi comme un film, car très imagée et volontairement”, nous dit l’auteur, très amusé, qui en réalité rompt et interrompt des années de disette et de stress littéraire que connaît la capitale des Aurès, par une absence d’auteurs dignes de ce nom, et de titre qui donnent envie de lire, peu importe la langue.
Au centre de cette histoire aux mille est une péripéties, l’ascension, ou mieux la progression sociale la plus rapide qui puisse exister constitue le point d’or de l’œuvre. Cette élévation n’est pas uniquement sociale mais aussi matérielle, financière et politique, ère du temps oblige. Dans une société fragile et fragilisée, de simples brigands et voleurs d’étalages peuvent devenir un véritable fléau avec un réseau d’influence qui pèse et décide. Si des gens sans cursus scolaire ni diplômes universitaire ou autres réussissent à occuper les plus hauts et important postes (clés), pourquoi pas cette frange de la société ? Des interrogations en guise de demi-réponse, sans pour autant légitimer ou blanchir le banditisme ou les malfaiteurs, que l’auteur semble prendre comme indicateurs de la stabilité et l’équilibre de la société et avec subtilité. Cependant il les rend presque sympathiques, voire fréquentable, en leur donnant des prénoms et diminutifs en vogue.
Une littérature qui se veut réaliste, avec le souci de décortiquer au scalpel, une situation, celle d’une frange de la société qui vit à la marge, mais qui a fait son monde, ses codes, sa hiérarchie. Et cherche à les imposer.
El Mizouna, la maisonnette, où s’abrite le gardien de barrière de chemin de fer abandonnée par la force des choses s’est transformée en un fief de malfrats, un lieu qu’il vaut mieux éviter, connu de tous, mais dont il faut taire le nom, par peur ou complaisance. Un alignement de planète qui a lieu quand le pays connaît ses années d’opulence, de démocratie, des diplômes pour tous, au bénéfice des occupants de ce lieu qui a son chef. Ce dernier se dit, pourquoi les autres et pas nous ? L’égalitarisme est venu comme du pain béni, pour enterrer, le mérite, la course au savoir, l’abnégation et consacrer la satisfaction et le despotisme, qui sans le nommé, l’auteur le rend palpable par un jeu de rhétorique très subtile
Écrit avec un sens de la proximité, le journaliste n’a pas oublié son calepin. Tahar Helissi nous montre tour à tour, des anges et des diables, qui réussissent presque à nous séduire, car ils leur arrivent de faire du bien, et souvent même. Un peu loubards, un peu fils du quartier ­— oulid el houma, disent les Algérois — ils sont humains en dépit de leur apparence, plus victimes que coupables. Leur a-t-on donné une chance, qui se souvient de leur enfance ? D’ailleurs avaient-ils comme le commun des mortels une enfance ? Si c’est le cas, à coup sûr ils ont été violentés, ils ne font que rendre la pareille. Comme dans une distribution de rôles, un casting pour film au cadrage très proche de l’américaine, des visages qui nous sont familiers reviennent sans cesse, nous rappeler l’effet boomerang, un autre facteur ou fil conducteur du roman. Écrit comme un scénario, avec une grande part de réalité, El Mizouna mérite une mise en scène, aussi bien pour le 7e art que pour les tréteaux.

H. Tayeb
Tahar Helissi, El Mizouna, Éditions Charisma, 400 pages. Prix 1200 DA.


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