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Culture / Culture

“Lettres d’un prisonnier de la guerre d’Algérie, les giboulées de mars”

Une plongée intime dans la vie de Derradji Bouharati

En décidant de publier les lettres de prison de son père Derradji Bouharati, adressées presque exclusivement à la mère de ses enfants, Samia Ziriat Bouharati a fait le grand écart entre le témoignage d’un acteur majeur de la guerre de libération et une plongée intime dans sa vie de famille. Publier Lettres d’un prisonnier de la guerre d’Algérie, les giboulées de mars, aux éditions L’Harmattan, n’est pas uniquement un acte d’écriture mais une sorte de thérapie personnelle de celle qui fut la benjamine de sept frères et sœurs, seule à vivre au milieu de ses deux parents, puisque le reste de la fratrie a grandi alors que le père était en prison. Si le mobile d’écriture est double, l’éclairage qu’apporte ce recueil de lettres est d’autant plus intéressant qu’il témoigne des conditions carcérales de l’époque et introduit le lecteur dans un dédale de sentiments maritaux et paternels. Entre intimité et histoire, le choix ne s’impose pas, puisque les deux options se rejoignent pour offrir une lecture à la carte, prenante et tout en retenue. Lettres d’un prisonnier de la guerre d’Algérie, les giboulées de mars est avant tout l’itinéraire d’un homme qui a fait de la lutte pour ses idéaux un sacerdoce, reléguant au second plan ses responsabilités familiales. Et c’est cet engagement dans le combat dont auront à souffrir les Bouharati qui assisteront par deux fois à l’incarcération de leur père, pendant la colonisation puis après l’indépendance.
Fin mars 1956, dans un quartier populaire à l’est d’Alger, un jeune père de famille, Derradji Bouharati (1922-1998), est arrêté au milieu de la nuit par des militaires français. Cette arrestation fait partie du démantèlement d’un réseau du FLN chargé de la collecte des fonds et de l’impression des tracts. Il sera emprisonné jusqu’à 1962 tour à tour à Serkadji, El-Harrach et Berrouaghia. Le 29 septembre 1963 est né le Front des forces socialistes. Comme des milliers d’anciens moudjahidine, Derradji Bouharati, qui était maire de Hussein Dey, rejoint ce mouvement d’opposition. Il sera arrêté en 1964 et détenu à la prison de Berrouaghia. La première lettre envoyée à sa femme “chérie” date du 21 mai 1956 où il déclare sa flamme pour sa douce moitié, l’incombant de veiller sur les enfants et de tout sacrifier pour eux. Conscient de la pénibilité de la mission, sa deuxième lettre est presque pour s’excuser de l’avoir laissée sans le sou avec à sa charge sept enfants.
Ces lettres écrites dans un français impeccable pourtant par un homme qui n’a fréquenté que le cours élémentaire étaient paradoxalement adressées à une femme analphabète qui se les faisait lire par sa fille aînée. “Les lettres de prison de mon père adressées à ma mère sont tout simplement un hymne à l’amour d’une femme mais aussi d’un pays, l’Algérie”, peut-on lire sur la quatrième de couverture, un passage qui peut à lui seul résumer la richesse de ce livre.

Saïd OUSSAD


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