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Culture / Culture

“Orages”, de Hedia Bensahli

Une toile de la vie intime


La primo-romancière décrit “au scalpel” toutes les facettes du statut de la femme dans une société traditionnelle, sans fioritures et dans une langue recherchée mais accessible.

Native de Ténès, Hedia Bensahli, titulaire d’un master en littérature (Alger) et d’un DEA en didactologie des langues et cultures (Sorbonne-Paris III), exerce le métier d’enseignante. Le roman Orages est son premier livre. La trame suit l’évolution d’une femme dont on ignore jusqu’au prénom, qui, déjà enfant, défendait son Moi face à des adultes qui voulaient lui imposer leurs normes. Ce sera le fil conducteur de sa vie : refuser les carcans, les interdits et les contraintes qui constituent un moule dans lequel la société veut couler ses modèles. Le premier combat est celui de la femme qui cherche à s’affirmer, s’émanciper, se libérer du moule social, quitte à brusquer, déranger, offusquer même. Ne jamais céder, défendre ses principes, disposer librement de son Moi, mais aussi de son corps. Un credo que l’avènement des “barbus” et de leur idéologie rend dangereux. Slalom à haut risque à travers les rets de l’univers tissé par les “cavaliers d’Allah”, au milieu d’odeurs de poudre et de sang des assassinats à la kalachnikov et au couteau durant la “décennie noire”. Traumatismes et sensation d’étouffement poussent à l’exil. L’héroïne se retrouve en France, d’abord dans une banlieue malfamée où elle découvre les mêmes pratiques pour lesquelles elle avait fui son pays : religiosité excessive, velléités coercitives des “frères” et des “sœurs”, foisonnement de foulards… Elle se hâte d’aller vivre en “France”, dans un quartier de Paris où l’attendent d’autres questions relatives à l’intégration, à l’assimilation. Éternelle balance entre l’aspiration à la modernité et l’attachement aux racines. Le roman revient sur le thème des relations affectives et des frustrations sexuelles, surtout d’une femme seule. Toutes les facettes du statut de la femme dans une société traditionnelle sont décrites “au scalpel”, sans fioritures et dans une langue recherchée mais accessible. L’obsession de défendre son Soi prend le dessus sur le “confort” qu’offrirait un statut de femme au foyer, docile, casée, dont le bonheur consisterait à s’occuper de son mari et à élever ses enfants, en s’armant de “sbar” pour transcender les écueils conjugaux. Vraiment ? Pas si sûr, en témoigne son expérience du mariage qui devient vite un enfer pour elle. Par amour avant tout, elle a épousé un Maghrébin pour rester culturellement sur les deux rives. Psychopathe, l’homme lui pourrit l’existence et porte atteinte à sa dignité. Elle patiente, cherche à comprendre l’autre, lui tend souvent la perche pour sauver le couple, mais le “sbar”, conseillé par ses proches, la conduit à une dépression qui, paradoxalement, la sauvera. Sur les conseils de son psychiatre, elle cherche la faille chez son mari qui refuse le divorce pour ne pas avoir à quitter l’appartement de sa femme. Elle découvre que la brèche existe bel et bien et décide de l’exploiter à fond pour obtenir le divorce tout en gardant son appartement. Le dénouement est proche. Le lecteur se sent soulagé d’approcher de la fin de cette histoire tantôt sordide, tantôt captivante. En s’enfonçant profondément dans le vécu de ses personnages, avec des descriptions minutieuses frisant parfois la lourdeur, l’auteure prend le risque de lasser le lecteur. En revanche, Orages se présente comme un tableau complet de la vie sociale en Algérie, dans les banlieues françaises et enfin dans une grande ville comme Paris. Une toile de la vie intime de la femme, également. Comme une praticienne de microchirurgie, Hedia Bensahli dissèque, avec un vocabulaire riche et précis, les situations les plus complexes. Sa parfaite maîtrise du français pourrait faire du roman un manuel pour l’étude de la langue de Molière. Mais il reste avant tout une véritable leçon de choses. À lire comme témoignage et message d’une femme qui cherche le bonheur sous un ciel plein d’orages.   

                                                                                      
ALI BEDRICI
Orages, de Hedia Bensahli, éditions Frantz- Fanon, 256 pages, 2019.



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