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Culture / Culture

Sa projection a été annulée aux dernières Rencontres cinématographiques de BéjaÏa

“Vote off” : vrai documentaire, faux procès

“Vote off”, qui se voulait un documentaire sur la “mémoire collective”, a été interdit pour “atteinte aux symboles de l’État et à sa souveraineté”.

Nous sommes en mars 2014, la campagne pour l’élection présidentielle commence. Fayçal Hammoum, jeune réalisateur, pose sa caméra devant une jeunesse qui n’a jamais voté, et suit ces trentenaires dans leur quotidien monotone. Cette aventure humaine a donné naissance au documentaire Vote off, une œuvre de 81min, sorti en 2016. “En me lançant dans mon projet, je voulais laisser un documentaire pour la mémoire collective”, nous a lancé Fayçal Hammoum.
À ce sujet, le réalisateur a été rapidement désillusionné, car le film a été censuré parce qu’il “portait atteinte aux symboles de l’État et de à sa souveraineté”, a indiqué le ministère de la Culture dans un communiqué de presse via son site web.
Cette affaire a débuté lorsque Vote off devait être projeté dans le cadre des 14es Rencontres cinématographiques de Béjaïa, qui se sont déroulées du 3 au 9 septembre derniers. Les organisateurs ont reçu de la part du ministère de la Culture un “visa culturel” pour tous les films programmés à l’exception de ce doc, sans aucune explication. Suite à une lettre publiée par Fayçal Hammoum sur son compte facebook, les responsables du secteur culturel ont réagi en expliquant que “le ministre n’est à aucun moment intervenu dans la programmation de ce film. Cette décision relève des compétences et attributions exclusives de la commission de visionnage, seule habilitée à fournir des autorisations de tournage et de projection”. Tout en ajoutant : “La décision de cette commission de visionnage composée d’experts et de professionnels du cinéma ne relève aucunement des considérants liés à l’art cinématographique mais procède à l’application de la loi.”  Pour revenir à la trame de ce film, Liberté a eu l’occasion de visionner ce doc hier.
Nous sommes en mars 2014, à un mois des élections : dans les rues, le début de la campagne est palpable à travers les affiches placardées, les télés diffusant les discours des différents partis… Dans un tabac-cosmétique, le proprio Billal interroge ses clients sur ce 4e mandat brigué par le président Abdelaziz Bouteflika, et là, les réponses divergent. Mais, un gamin d’une dizaine d’années répond timidement : “C’est bien pour lui, et non pas pour nous ! Il est malade.” Monté sous forme de patchwork, nous découvrons différentes personnalités, notamment des journalistes et des musiciens. Pour l’équipe de la web radio “Deejayz”, attablée dans un café, cigarette au bec, la plupart n’ont jamais voté. “Pourquoi je voterai, le
match est vendu”, lance l’un des protagonistes.
Toujours dans le même esprit, des rappeurs tiennent le même discours : “Pourquoi voter, alors que les jeux sont faits !”
Le journaliste Younes Sabeur Cherif dénonce la pression faite dans les établissements étatiques, à l’exemple de la Radio algérienne où, quotidiennement, “sont émis des messages soutenant le 4e mandat”. D’ailleurs, cet ancien animateur trouve que “ces démarches nuisent à l’image de la radio”. Outre la présidentielle, ces jeunes se confient et se livrent à cœur ouvert face à la caméra sur les vrais problèmes sociaux dont ils sont victimes : chômage, cherté de la vie, logement… La plupart de ces jeunes sont blasés et semblent complètement désintéressés par le vote, la campagne, le 4e mandat... Car, après le 18 avril, “la vie reprendra son cours”, disent-ils.  
Dans Vote off, le réalisateur n’a fait que poser sa caméra et laisser parler librement ses protagonistes. Des jeunes qui représentent toute l’Algérie et dont le seul souci est d’accéder à une vie meilleure, et s’ils ne votent pas, c’est parce qu’ils ne croient pas en leur gouvernement. À ce propos, le jeune Fawzi a expliqué sur un ton pas très convaincant : “J’irai voter, mais il faut savoir que la politique est loin de nous. Elle ne nous concerne pas.”  Outre les interviews, le réalisateur a filmé des meetings de Sellal, Benflis et d’autres… des images diffusées à la télé et qui ont fait la Une de la presse.
La diffamation, les atteintes aux symboles de l’État sont inexistantes dans ce doc, ces jeunes ont seulement donné leur avis sur une question qui concerne tous les citoyens du pays. C’est peut-être le fait d’évoquer le 4e mandat ou de rappeler que le président de la République est malade qui a été considéré comme une injure. Dans l’espoir de voir son film projeté un jour en salle, Fayçal Hammoum va tenter de le faire diffuser dans des festivals à l’étranger, là où le public saura l’apprécier.

Hana Menasria 


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2 réactions
aminelicia le 22/09/2016 à 14h43

Il n'y a que la vérité qui blesse.Il ne faut pas dire que le président est malade, alors que le monde entier sait qu'il est malade. La censure pratiquée par le ministère de la Culture est inappropriée,exagérée et démontre la complète incompétence de son dirigeant et de ses cadres.

népourêtrelibre le 22/09/2016 à 22h29

Lorsque quelqu'1 est mal à l'aise parce qu'il a fait ceci ou cela il fait tout pour en échapper aux remontrances. En France, par exemple, le président de la république, à l'occasion de la fête du 14 juillet, il accorde une interview à des journalistes libres, il parle à ceux qui l'ont élu. Donc, il doit rendre des comptes. En Algérie, il n'en est pas question. De Ben Bella à Bouteflika n'ont jamais été élus aux suffrages universelles. A t'on vu un jour Bouteflika face à des journalistes?

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