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Culture / Culture

“deutsche kinemathek - museum für film und fernsehen”

Voyage au cœur du cinéma allemand

Après une balade de quelques heures dans cet univers cinématographique et télévisuel allemand, le visiteur retiendra à coup sûr beaucoup d’éléments glanés grâce à son voyage à travers les grandes étapes du 7e art allemand.

La Berlinale a baissé rideau samedi soir. Dimanche matin, le ciel est bleu et le soleil qui est de retour tape sur les façades des grands bâtiments en verre qui le réfléchissent pour aveugler les quelques affociados des balades matinales sans lunettes. Une journée printanière commence, et les derniers festivaliers, après la fièvre du samedi soir et des soirées arrosées ayant suivi la cérémonie de clôture, se précipitent pour attraper leur avion ou leur train. Ainsi Potsdamer Platz retrouve son rythme lent et naturel. Les Ours berlinois se sentent en sécurité après le départ des chasseurs et leurs supporters.
Pour le festivalier qui a prolongé son séjour, il y a plusieurs façons d’occuper la journée.
Il y a naturellement l’idée de profiter des rayons solaires sur les terrasses, visiter les nombreuses curiosités touristiques ou tout simplement prolonger le plaisir cinématographique en visitant le “Deutsche Kinemathek - Museum für film und fernsehen” (Musée du cinéma et de la télévision), situé dans le Sony Center, à proximité de la place Marlène-Dietrich où se déroule la Berlinale. Après une balade de quelques heures dans cet univers cinématographique et télévisuel allemand, le visiteur retiendra à coup sûr beaucoup d’éléments glanés grâce à son voyage à travers les grandes étapes du cinéma allemand. Constituée par les fonds de la Cinémathèque allemande, elle propose un survol de l’histoire du cinéma allemand à travers 13 salles “présentant plus de 1000 objets allant des scénarios aux costumes et aux accessoires, décrivant les progrès technologiques depuis l’époque du cinéma muet jusqu’aux effets spéciaux de l’âge numérique, mais aussi le travail des cinéastes qui ont marqué l’histoire”. On y trouve les affiches et les photos des chefs-d’œuvre classiques de l’expressionnisme allemand tels le Cabinet du Dr Cagliari, film expressionniste et muet de Robert Wiene sorti en salles en 1920, et Metropolis, film de science-fiction réalisé par l’Autrichien Fritz Lang, produit pendant la courte période de la République de Weimar (1927). Aussi Le Docteur Mabuse (1922) et M le Maudit (1931) de Fritz Lang. De son côté, Ernst Lubitsch voit l’affiche de son Madame du Barry (1919) tapisser le mur.

Hollywood : lieu d'exil
et terre de création
Après ces documents témoignant du bouillonnement artistique à l’époque de la République de Weimar, de 1918 à 1933, on entre dans la salle montrant la transformation de la culture en propagande durant la période nazie. Le fameux Olympia (les Dieux du stade, 1938) de Leni Riefenstahl en est le film-phare. La réalisatrice a livré un chef-d'œuvre artistique dans lequel elle a glorifié la politique nazie qui a voulu exploiter les Jeux olympiques de 1936 se déroulant à Berlin à des fins propagandistes. Cela l’a jetée aux oubliettes puisqu’après la chute du régime, personne n’a voulu travailler avec elle. L’arrivée de Hitler en 1933 a provoqué le départ de plusieurs intellectuels allemands en Amérique afin d’échapper à la censure et parfois à la prison ou la mort. Quelque 800 acteurs, scénaristes, réalisateurs ont trouvé en Hollywood un lieu d'exil et une terre de création entre 1933 et 1939. Certes, Hollywood a été le salut, mais aussi une perte de repères, de la langue, de la culture et des origines. Une situation qui a arrangé les affaires de Hollywood qui craignait la concurrence des excellents techniciens, comédiens et réalisateurs allemands. Parmi eux, figurent Fritz Lang, Robert Wiene, Henrik Galène et la diva allemande Marlène Dietrich à qui on a consacré toute une section présentant plusieurs de ses objets personnels, souvenirs, mannequins avec diverses tenues. Un grand écran diffuse les images du fameux film A foreign affair (la Scandaleuse de Berlin, 1948) qui est un film américain réalisé par Billy Wilder. La diva a vécu et a mené une vie sulfureuse et mouvementée. Elle s’est engagée contre le nazisme et a participé activement à la guerre. On peut d’ailleurs y admirer sa Medal of freedom (médaille de la liberté), la plus haute distinction militaire américaine que peut recevoir un civil. Une autre salle entraîne le visiteur dans le cinéma post-guerre. Sous une Allemagne divisée, on assiste à la mise en place d’une censure à l’Est et l’émergence d’un mouvement que l’on a appelé le nouveau cinéma allemand à l’Ouest. De cette période, on retient quelques noms comme Rainer Werner Fassbinder, notamment avec son film Tous les autres s'appellent Ali, sorti en 1974. À noter que le rôle principal a été joué par le Marocain El-Hedi ben Salem. À ses côtés ont évolué également Wim Wenders et Werner Herzog qui ont signé entre autres, respectivement, Alice dans les villes (1974) et Aguirre, la colère de Dieu (1972).  Avec la réunification, le cinéma allemand se dynamise. De jeunes cinéastes, y compris ceux issus de l’immigration, ont imposé le cinéma allemand dans les festivals du monde. Good Bye, Lenin ! (Au revoir Lénine ! 2002) de Wolfgang Becker fait partie de ces films ayant eu un grand succès dans une Allemagne réunifiée, tout comme il a glané plusieurs prix à l’international : César du meilleur film de l'Union européenne et Goya du meilleur film européen en Espagne. D’origine turque, Fatih Akin enrichit le palmarès du cinéma allemand notamment avec ses films Head-On, Ours d'or en 2004, De l'autre côté, prix du scénario au Festival de Cannes 2007, et Soul kitchen, grand prix à la Mostra de Venise 2009. À rappeler que son dernier film The golden glove a été au cœur de la controverse dans la Berlinale qui d’ailleurs a eu droit à une grande salle pour s’y livrer à travers des photos anciennes et récentes. Arrivé à ce stade, le visiteur peut se sentir fatigué avec ce tas d’informations à retenir et à gérer. Une fatigue qui rappelle que le soleil règne dehors. Un ascenseur le redépose au rez-de-chaussée où se trouve le magasin de souvenirs. À quelques mètres se trouve le Café-Gelato, qui ne désemplit pas durant le festival, qui retrouve son calme et où on peut déguster sereinement un bon café italien avant de se perdre dans les rues de Berlin sous un soleil généreux. Partout on peut remarquer que les Ours berlinois se montrent en toute sécurité après le départ des chasseurs et leurs supporters.


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