A la une / Des Gens et des Faits

Les racines de l’amour

50e partie

Résumé : Ghenima s’enfuit en pleine nuit pour rejoindre Mohand, mais à son grand dam, ce dernier ne se trouvait pas dans la grange. Où était-il donc passé ? Se rappelait-il au moins sa promesse, ou bien avait-il préféré battre en retraite ?  

Ghenima se met à pleurer. Maudit soit Aïssa. Maudit soit le jour où la pensée de la prendre pour femme l’avait effleuré. Maudit soit le comité de la djemaâ. Maudits soient tous les gens du village.
Elle ne cessa de maudire tout son entourage et ses connaissances que lorsque ses paupières fatiguées commencèrent à se fermer. Bien qu’elle soit trop perturbée pour chercher refuge dans les bras de Morphée, Ghenima reconnaissait que toutes les émotions vécues avaient fini par l’épuiser.
Elle s’adosse au muret de la grange et se laisse aller.
Tant pis si quelqu’un la découvrait au petit matin. Elle n’aurait eu que ce qu’elle méritait. Et puis, même si elle devait être sacrifiée sur l’autel de l’honneur, cela la délivrera une fois pour toutes des griffes de Aïssa.
Elle dut s’assoupir, car au bout d’un moment elle se réveille en sursaut. Des voix d’hommes lui parvinrent. Quelqu’un était-il malade ou blessé ? Elle avait nettement entendu des jurons et des grossièretés. Un homme avait même stipulé qu’il fallait appeler en premier lieu le guérisseur du
village.
Elle se relève et se cache derrière un buisson qui faisait face à la grange. Ici on ne la verra pas, et elle pourrait voir de qui il s’agissait, et pourquoi devrait-on faire appel au guérisseur.
Les voix se rapprochaient. Et bientôt, elle put distinguer une faible lumière. Un homme s’avançait en éclaireur une torche au bout du bras.
Deux hommes soutenaient un troisième qui titubait et se tenait le ventre.
- Par ici, s’écria le premier homme.
Il tente d’ouvrir la porte de la grange, mais voyant qu’elle résistait, il revint vers le petit groupe qui se tenait à quelques mètres de lui et se met à fouiller dans les poches du blessé.
- Ah, je savais qu’il n’avait pas la clé sur lui.
- Cherche sous les deux pierres devant la porte, lance l’un d’eux.
Mais le blessé tendit son index pour montrer le bas du toit.
Il désigne une tuile, et l’éclaireur n’eut aucun mal à la soulever et à retirer un trousseau de clés.
Il prend la plus grosse et l’introduit dans la serrure qui céda tout de suite.
On s’introduit alors à l’intérieur de la forge, et un des hommes referma la porte derrière lui.
Ghenima sentit son sang se glacer dans ses veines. Mohand ! C’était Mohand qu’on avait ramené. Et il était blessé. Elle en était sûre maintenant. Que s’est-il passé ? Le jeune homme avait-il eu un différend avec quelqu’un ou bien avait-il été provoqué ?
Soudain, la lumière se fit dans sa tête : Mohand a dû se mesurer à Aïssa. Il a dû aller le provoquer, et ce dernier, trop vieux pour lui faire face, a dû charger un de ses hommes, ou même plusieurs hommes de lui asséner des coups, voire même de tenter de le tuer. Mais ça aurait été flagrant tout de même. Il aurait été le premier suspecté.
Ghenima se tint le ventre. Mohand avait besoin d’aide. Ses blessures devaient être profondes, sinon il n’aurait pas eu besoin de deux hommes pour le ramener.
Il faut qu’elle aille le retrouver. Il faut qu’elle l’aide. C’est pour leur cause à eux deux s’il est dans cet état. Devrait-elle le rejoindre tout de suite et en assumer les conséquences ?
Les hommes qui l’accompagnaient la reconnaîtraient à coup sûr et n’iraient pas par quatre chemins pour informer sa famille.


(À  SUIVRE)
Y. H.