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A la une / Des Gens et des Faits

La brûlure de la braise

59e partie

Résumé : Après le mariage de Houria, Saad redevient l’homme sur qui on pouvait compter. Il reprend son travail de journaliste et gagne suffisamment pour mettre sa famille à l’abri du besoin. Mais un jour, un autre malheur le frappe : sa grand-mère Hadda trépasse.

 

Il marque une pause, puis la gorge nouée, il reprend :
-Mes sanglots se mêlèrent à ceux de ma mère. Je me laisse tomber devant la dépouille de celle qui a toujours su avoir le mot juste pour nous aider dans les moments les plus délicats, et donne libre court à mon chagrin. Cela dura longtemps. Lorsqu’enfin, j’émerge de mes pleurs et tente de me relever, je constate qu’il faisait nuit et que ma mère venait d’allumer deux bougies au chevet de la défunte. Auprès du matelas sur lequel elle reposait, traînaient encore ses deux brosses à carder et son inséparable fuseau. Je  prends ces deux objets dans mes mains pour les caresser longuement, on me disant que leur époque était bel et bien révolue. Comme toute chose précieuse que je gardais, je les mets dans un petit carton qui contenait quelques ouvrages que j’avais pris de l’ancienne bibliothèque de Aoued. Un bruit me tire de mes méditations. Je me retourne pour rencontrer le regard mouillé de Houria qui venait d’arriver. Ma sœur se jette dans mes bras et se met à pleurer à chaudes larmes. Je tente de la consoler de mon mieux alors que mon cœur saignait. Quelques voisins vinrent nous présenter leurs condoléances. Yahia et sa femme arrivèrent à leur tour. Des collègues me tiennent compagnie une bonne partie de la nuit. Le lendemain, la mort dans l’âme, je consent enfin à accepter cette amère réalité. Le cimetière n’était pas très loin du quartier où nous résidions, et l’enterrement eut lieu vers la mi-journée. Je reviens à la maison en traînant les pieds. C’était une partie de moi que je venais d’enterrer. Et franchement, je ne savais comment affronter ce coup du destin, qui venait réveiller d’autres plaies mal cicatrisées. Le souvenir de Zineb était encore trop frais, et même celui de mon père, que nous tentions d’oublier, vu qu’à chaque fois qu’on abordait le sujet, cela dérivait toujours vers tous les désastres qu’il a laissés derrière lui. Comme toujours, ma mère reprendra le dessus. Ma grand-mère était sa propre tante. Elle était aussi cette mère qu’elle n’avait pas connue et avait toujours vécu auprès d’elle.
“Je suis comme amputée d’un membre”,  ne cessait-elle de répéter à tous ceux qui tentaient de la consoler.
Cependant, son caractère aiguisé refaisait surface. La fille du désert savait affronter les coups du destin avec courage et abnégation. Ce ne sera pas le cas pour moi.
Déboussolé, j’errais des journées entières à travers les quartiers de la ville sans but précis…J’avais abandonné mon boulot et finalement repris le chemin des bars. Seul l’alcool pouvait mettre du baume sur mes blessures. Enfin, c’est ce que je croyais.
Je renouais donc avec mes vilaines habitudes. Ma mère fatiguée de me voir rentrer à des heures impossibles, titubant et puant l’alcool, finira par m’interdire de revenir à la maison. Elle changera toutes les serrures et fera un ballot de mes affaires, qu’elle déposera à l’entrée de l’immeuble. Yahia m’avait déjà averti sur ses intentions, il m’avait proposé de me loger dans cette chambre en haut de son magasin, où mon père et moi avions passé la nuit lors de notre premier voyage, à condition que je m’assagisse et que je reprenne mon travail.
“Tu es en train de tisser du mauvais coton mon fils, me dit-il d’un air compatissant… Je sais que tu souffres, mais au lieu de noyer cette souffrance dans un verre d’alcool, qui ne pourra que te nuire, tente plutôt de reprendre le chemin de ton boulot, tu as une signature qui passe bien, et quelques jours d’absence, pour une raison assez justifiée, ne pourront pas plaider contre toi. Je pense même que tes responsables seront heureux de te revoir.”


(À  SUIVRE)
Y. H


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