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A la une / Des Gens et des Faits

Les racines de l’amour

59e partie

Résumé : Belkacem récupère son frère aîné Mokrane dans un état d’ivresse avancée. Il s’entretient ensuite avec son père sur la décision à prendre. Ghenima va peut-être revenir à la maison. Le cas échéant, il va falloir en informer Aïssa. N’était-il pas son mari légitime ? Da Kaci n’est pas d’accord.

Belkacem est hors de lui. Son père semblait avoir une peur bleue de son gendre.
- Pourquoi as-tu donc peur de lui, père ? Il a su se jouer de nous tous, et c’est lui qui nous a mis dans le pétrin. Allons tout simplement l’informer que le mariage n’aura pas lieu, puisque Ghenima a quitté la maison et risque d’être dévorée par les animaux dans la forêt.
Da Kaci se met à trembler
de rage.
- Mais tu deviens fou, mon fils.
Il se lève et s’approche de Belkacem pour lui toucher le front. Ce dernier recule d’un pas.
- Je ne suis pas malade, père. Je pense seulement qu’en tant que son mari légitime, Aïssa devrait savoir que Ghenima a fugué. Dans le cas contraire, il nous tiendra tous pour responsables et n’hésitera pas à réveiller ses démons pour nous accuser d’avoir combiné tout ce scénario.
- Mais ce n’est pas un scénario. Tu le sais bien.
- Donc, cela constituera un argument de taille pour en informer qui de droit. Tu es d’accord avec moi, père ?
- Je pense qu’il faudra peut-être attendre encore un peu. Tu as bien dit qu’il faisait trop froid et que Ghenima risque de revenir à la maison.
- Oui. Mais c’était juste une supposition.
- Alors supposons qu’on aille annoncer la nouvelle à Aïssa. Que va-t-il se passer ensuite ? Comment va-t-il réagir ?
- Je n’en sais rien. Je ne cherche même pas à le savoir. Ce que je sais par contre, c’est que ma sœur est quelque part dans la nature et que nous sommes tous responsables de sa situation, devant Dieu et ses êtres.
- Arrête donc tes balivernes !, l’interrompt son père. Je sais que tu aimes beaucoup Ghenima, et tu es triste pour elle.
- Oui. Mais toi apparemment cela ne te chagrine nullement.
Da Kaci garde le silence un moment puis renifle avant de relever la tête, et Belkacem remarque ses yeux rougis.
Il pousse alors un long soupir. Son père n’est pas devenu aussi insensible qu’il ne le pensait.
Il saura lui faire entendre raison au moment opportun. Mais en attendant, il va falloir informer Aïssa et tirer les choses au clair avec lui. Peut-être qu’avec du recul, l’affaire ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Aïssa n’aimerait sûrement pas s’encombrer d’une femme qui a fugué. Et pour démontrer qu’il avait lui aussi sa fierté et ne badinait pas avec l’honneur, il n’hésitera pas à prononcer la formule officielle du divorce devant les sages de la djemaâ. Ghenima consentira-t-elle alors à revenir ou, du moins, à leur donner de ses nouvelles ?
Il ne savait plus quoi penser ni que faire. La matinée s’étirait, et toute la famille, hormis Mokrane, qui n’avait pas encore émergé de sa torpeur, était réunie dans la grande salle.
Un lourd silence planait. Même le chat qui d’habitude venait se frotter aux jambes des uns et des autres n’avait pas osé se montrer.
Le ciel s’était alourdi, et de gros nuages menaçants s’amoncelaient. Il ne tardera pas à pleuvoir ou même à neiger. C’est toujours ainsi au début de chaque printemps. Au milieu d’un beau soleil surgissait tout d’un coup une tempête. Mais cette année, la tempête a surgi dans la famille de Da Kaci, et une atmosphère des plus lugubres régnait en maîtresse des lieux. Belkacem se dit qu’il était grand temps de partir à la recherche de sa sœur. Il ne voulait pas trop croire à sa fugue, mais il dut se rendre à l’évidence, bien que les raisons n’en fussent pas des moindres. Il jette un coup d’œil à sa femme qui se tenait entre Zineb et sa belle-mère. Cette dernière sent son regard et relève la tête.
Elle comprend tout de suite qu’il voulait lui parler. Elle se lève et quitte la grande salle pour se diriger vers sa chambre. Belkacem la suit et referme la porte derrière lui.
Fatiha l’interroge des yeux, et son mari se laisse tomber lourdement sur sa couche avant de lancer :
- Ghenima nous a bel et bien fait le coup. Elle a fugué.


(À  SUIVRE)
Y. H.

 


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