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A la une / Des Gens et des Faits

126e partie

À tout jamais…

© Dessin/Ali Kebir

Résumé : En apprenant son suicide, Fathma réalise que la vie ne l’avait pas épargné. Elle lui avait tout pris et il ne s’en était jamais remis. Même s’ils en avaient vu de toutes les couleurs par sa faute, ils éprouvent de la peine. Fathma tient à voir ses parents. Le temps de se préparer, ils partent tous ensemble au village. Il y a du monde chez son beau-frère. Si ce dernier les reçoit bien, ce n’est pas le cas de sa femme qui quitte le hall dès qu’elle les voit entrer…

Heureusement, le reste de la famille se comporte bien avec elles. Les belles-filles d’Ali leur tiennent compagnie. Elles prennent le café avec d’autres villageoises venues les réconforter, mais celles-ci ne tardent pas. Ali les rejoint. Le dos courbé, il a pris un coup de vieux à la mort de son fils.
- Beau-frère, qu’Allah vous apporte la patience et le courage pour affronter le vide qu’il a laissé, dit-elle. Je sais combien c’est dur à supporter ! 
- Tu sais, il était en prison, c’est comme s’il était déjà mort, dit Ali. Je n’ai jamais été le voir. Aujourd’hui, je le regrette. Je suis un mauvais père. Peut-être qu’il a mis fin à ses jours parce qu’il s’était retrouvé seul. Je suis un père indigne. Je regrette de ne pas avoir été là jusqu’au bout. J’ai le sentiment de l’avoir abandonné.
- Il savait à quoi il s’exposait, mon oncle. Il n’aurait pas pu échapper à la prison. Qu’Allah lui pardonne. Malgré tout…
- Tu sais qu’il t’aimait beaucoup, à la folie même, insiste son oncle Ali. Je pense qu’il ne s’en était jamais remis, et n’a pas pu faire le deuil de son passé. Il t’aimait et aurait donné sa vie pour toi.
- Yemma pense comme toi. Mais nos vies auraient été plus simples s’il avait accepté son destin, car personne ne peut échapper à sa destinée. Tu sais, je ne comprends pas. Sa mort ne me réjouit pas. Il… Il était différent avant… Je ne doute pas qu’il m’aimait. Seulement, j’étais devenue une obsession pour lui. Il nous avait fait beaucoup de mal.
- Oui, je sais. Mais maintenant qu’il n’est plus,  est-ce que tu lui as pardonné ? 
- Oui, répondit-elle, après une brève hésitation. Oui, je lui ai pardonné.   
Son oncle a un triste sourire. Il la remercie, puis se lève.
- Je reviens tout de suite.
Fathma attend d’être seuls, pour leur dire. 
- On ne reste pas, même s’il insiste. Sa famille ne veut pas de nous ici. Je les comprends. On fera bien de partir.
Ali ne tarde pas à revenir avec une petite pochette noire qu’il lui remet. 
- C’est quoi ?
- Quelque chose qui te revient. Tu pourras l’ouvrir plus tard. 
Kamélia la range dans son sac. Fathma toussote avant de se lever. 
- Mon cher beau-frère, prends soin de toi et de ta famille. Une longue route nous attend. Nous allons rentrer maintenant. 
Comme elle le prévoyait, il insiste pour qu’ils restent passer la nuit, mais elle refuse. Elle promet qu’ils reviendront un autre jour.   
Ils se font la bise et s’échangent quelques mots réconfortants avant de se séparer. Ils reprennent la route, silencieux. Adem dort dans les bras de sa grand-mère. Kamélia sort la pochette de son sac et, quand elle l’ouvre, elle trouve un album de photos d’elle et de Tewfik. Certaines sont très vieilles. Elle voit leurs sourires pleins d’insouciance et heureux. 
“Oui, on a été heureux, il y a longtemps, pense-t-elle en soupirant. Mais c’était il y a longtemps !”
- Yemma, je voudrais aller au cimetière, dit-elle. 
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, répond Fathma. Le bébé dort et ce n’est pas un endroit pour lui. Une autre fois.
- Je t’en prie, yemma, insiste Kamélia. Vous n’aurez pas besoin de descendre du taxi. Je veux me recueillir sur sa tombe, seule. Ne me le refusez pas, car j’en ai vraiment envie, ajoute-t-elle en voyant Idir secouer la tête négativement, sans dire un mot. 
 

(À SUIVRE)
T. M. 
taosmhand@yahoo.com
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