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A la une / Des Gens et des Faits

40e partie

MERIEM


Résumé : Amar quitte l’hôpital pour aller acheter des médicaments. À son retour, il trouve sa femme en sanglots devant un lit vide. On venait de reprendre Ghania au bloc, car elle faisait une hémorragie. Plus mort que vif, le jeune homme apprendra quelque temps plus tard que sa fille n’avait pas survécu à la seconde opération.

Le chirurgien lui donne une tape dans le dos et s’éloigne. Amar se retrouve seul face à cette nouvelle qui venait de l’ébranler. Quelques infirmiers et aides-soignants quittent le bloc. Puis il entend grincer un chariot. On transfère sa fille à la morgue. Il rugit, tel un lion blessé, et soulève le pan du drap qui recouvre son visage. Ghania semble dormir paisiblement. Ses yeux sont clos et ses traits sereins. N’y tenant plus, il éclate en sanglots. Quelqu’un en fera de même derrière lui. Il se retourne et trouve Houria. Cette dernière le tire par le bras, avant de perdre connaissance. Au village, c’est la consternation. Personne ne croit encore au drame, qui vient de frapper pour la seconde fois la famille d’Amar. La ferme devient un véritable relais. On vient de partout présenter les condoléances aux parents. Houria semble inconsolable. Elle ne cesse de se frapper la poitrine et d’accuser le mauvais œil des envieux dans son malheur. Amar, les traits tirés et le regard éteint, fume cigarette sur cigarette. Il vient de perdre son deuxième enfant. Que ressent-on lorsqu’on perd ses enfants, l’un derrière l’autre ? Ne cesse-t-il de se demander. Une tristesse ? Un chagrin ? Une lassitude  ou un vide ? Il vit toutes ces choses en même temps. Une brume s’est formée dans son cerveau. Il n’arrive plus à se concentrer sur quoi que ce soit. Il reçoit les condoléances sans broncher. Quelqu’un lui suggère d’aller se reposer. Il ne répond pas, se contentant de prendre une autre cigarette et de l’allumer. Encore une autre, et une autre. Jusqu’à ce que tout le paquet y passe. Alors il se lève en titubant pour quitter la ferme et se diriger vers les champs. On vient d’enterrer Ghania. Ghania, sa petite chérie. Celle qui aimait lui caresser le visage ou l’embrassait en lui reprochant d’avoir des épines qui lui entraient dans la peau. Elle aimait se mettre sur ses genoux et se blottir dans ses bras pour s’endormir, ou se réveillait dans la nuit en l’appelant à son chevet. Elle devait boucler ses cinq ans dans quelques mois ! Il se laisse tomber à travers les épis de blé et se remet à sangloter. Il pleura durant de longues heures. Puis, les yeux taris, il se relève pour courir au cimetière. Ghania repose maintenant dans une tombe fraîchement creusée, dont l’amas de terre se distingue de loin. Amar s’agenouille et passe une main caressante sur les grumeaux qui ornent le dessus. Ghania l’entendait-elle ? Il tente de parler, mais ne peut prononcer aucun mot. Lui aussi est mort. Mort depuis Melaaz peut-être. Il a tenté de survivre, et cela aurait pu continuer, mais maintenant il est réellement mort. Il n’y a plus de vie en lui. Il est un corps vide, qui recherche une âme. Quelques semaines passent. La vie a repris son cours normal à la ferme. Chacun tente de dépasser le cap douloureux de la disparition de la petite Ghania. Houria ne pleure plus. Elle se contente d’évoquer quelques souvenirs, en berçant le petit Aïssa dans ses bras. Amar se prépare à repartir en France, le cœur lourd et l’âme en peine. Mais… mais Meriem est inconsolable. Elle n’arrive pas à admettre que sa cadette n’est plus de ce monde. Dans la nuit, elle fait des cauchemars et se réveille souvent en sueur. Elle appelle alors son père qui se voit dans l’obligation de rester auprès d’elle jusqu’au matin. Rassurée par sa présence, elle se calme et prend sa main pour se rendormir. L’heure du départ approche. Amar prépare ses bagages. Il a réservé deux places sur le vol de Paris et n’attend plus que le son taxi qui les déposera à l’aéroport. Houria se rend compte que son mari allait la quitter pour rentrer en France et ne reviendra sûrement pas avant longtemps. Elle s’accroche alors à ses basques et le supplie encore une fois de l’emmener avec lui. Mais il se dégage d’elle et secoue la tête.
- Non… Non Houria. Tu ne m’accompagneras pas. Je suis déjà assez abattu pour supporter encore tes caprices.
- Tu n’y penses pas, Amar. Je vais me retrouver seule avec le petit. Je... j’ai peur qu’il lui arrive quelque chose à lui aussi, alors que tu seras absent.
- Cesse de provoquer les malheurs. Tu ne seras pas seule. Taos va venir te tenir compagnie. Je l’ai déjà prévenue. Elle consent à venir vivre avec sa petite famille à la ferme.
- Taos ? C’est une étrangère.
- Ne racontes pas de bêtises. C’est 
à elle que tu fais appel pour t’aider dans les travaux ménagers et partager les longues nuits d’hiver.
- Ou, mais… mais j’avais encore Ghania.
Amar refoule ses larmes et déglutit.
- S’il te plaît Houria, laisse-moi partir en paix. Je ne peux rien faire de plus pour toi.

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