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Économie / Dossier economique

Mahrez, ait belkacem ancien DG de la Cnac, consultant, à “Liberté”

“1 à 2 actifs pour 1 inactif alors qu’il faut 7 à 8 actifs ”

© D.R.

Ce spécialiste des questions sociales analyse le système national des retraites et préconise des solutions au déficit chronique de la CNR.

Liberté : Quelle est l’origine du déficit chronique de la CNR ?
Khaled Aït Mahrez : Je pense que l'origine du déficit de la CNR est structurelle. En effet, la sécurité sociale algérienne fonctionne sur le régime de la répartition. C'est-à-dire qu'elle organise la solidarité entre les actifs et les inactifs : ceux qui travaillent payent les pensions de ceux qui ont cessé de travailler. Or pour qu'un tel système puisse fonctionner au moins en équilibre, il est admis qu'il faut qu'il y ait 7 à 8 actifs pour un inactif. Ce qui est loin d'être le cas actuellement (on parle d’1 à 2 actifs pour un inactif). En effet, le chômage important introduit un déséquilibre des cotisations nécessaires au paiement des retraités. De plus, le travail informel constitue un manque à gagner pour les ressources de la sécurité sociale et donc de la CNR, absolument effarant. D'aucuns l'évaluent à pas moins de 50% de l'emploi global (entre l'absence de déclaration, les sous-déclarations, etc.). Il faut citer le taux de remplacement dit taux de générosité du régime algérien qui a été exagérément élargi à l'époque où la question de la ressource ne se posait pas comme aujourd'hui. Ce qui nous mène vers votre deuxième question.

Faut-il supprimer la retraite anticipée ?
Je voudrais d'abord rectifier une erreur généreusement partagée. En effet, il faut distinguer la retraite anticipée de la retraite sans condition d'âge. Et c'est celle-ci qui défraye la chronique actuellement. En effet, la retraite anticipée est un amortisseur social mis en place dans le cadre d'un plan social comme l'assurance chômage (perçue comme le remplacement du salaire perdu à l'occasion de compression d'effectifs et non le droit d'obtenir le financement de projets comme c'est le cas actuellement). Un travailleur ne peut pas demander sa mise à la retraite anticipée sauf s'il figure dans la liste de travailleurs devant être compressés dans le cadre d'un plan social. En outre s'il retrouve un emploi ou si l'Anem lui trouve un emploi, il perd le bénéfice de cette retraite anticipée. Au contraire, la retraite sans condition d'âge est un droit que le travailleur peut solliciter dès qu'il remplit un certain nombre de conditions légales (ayant atteint au moins l’âge de 50 ans et au moins 20 ans de cotisations sociales) et qui fait intervenir la proportionnalité de la pension en fonction des annuités cotisées.
Faut-il supprimer ce type de retraite ? On peut répondre à cette question lorsqu'on saura répondre à d'autres plus fondamentales :
1. Le régime algérien est dit bismarckien, c'est-à-dire en gros que ce sont les partenaires sociaux de l'entreprise qui le financent : ce sont les fameuses part patronale et part salariale des cotisations sociales payées par l'entreprise. Aujourd'hui elles sont fixées à 35% de la masse salariale. C'est-à-dire que pour un salaire de 100 l'entreprise doit payer à la sécurité sociale 35 pour chaque travailleur employé. Ce qui pose la question du coût du travail tant décrié par les employeurs et les investisseurs. La question préalable est donc est-ce que 35% de la masse salariale permettent-ils d'assurer l'équilibre du régime de sécurité sociale et donc des retraites ? Là se pose la question de la générosité du taux de remplacement ! Jusqu’à quel degré de générosité notre système de retraite peut-il aller avec 35% de la masse salariale recouvrée tant bien que mal ?
2. On peut penser relever le taux des cotisations sociales : il y a plusieurs oppositions à cette solution. La première est tirée du fait qu’on considère que le niveau actuel est trop élevé et c’est ce qui pousserait la plupart des employeurs à recourir au travail “au noir”. La seconde est tirée du coût du travail qui est considéré comme un frein à la création à l’emploi. Le gouvernement a même utilisé les mécanismes de soutien à la réduction du coût du travail, puisqu’il existe dans notre législation la possibilité de dispenser un certain temps les employeurs du paiement de cotisations sociales (en tout ou en partie) lorsqu’ils recrutent des travailleurs en CDI. En cette période où le discours officiel est à l’encouragement de l’investissement et de la création d’emplois, cela ferait un peu désordre d’augmenter le coût du travail.
3. Pour rétablir l’équilibre des finances de la sécurité sociale (et donc de la retraite) c’est de revoir le taux de remplacement : C’est évident cela n’est pas très populaire. Pour être efficace un régime de retraite doit permettre à ses bénéficiaires de prétendre à une vie décente. Il y va de l’éthique d’une société donnée, de veiller à ce que ses aînés anciens actifs puissent vivre leurs vieux jours correctement. Cette société doit pouvoir évaluer le minimum de pouvoir d’achat auquel peut prétendre un honnête travailleur à l’issue d’une vie professionnelle bien remplie. Si le taux de remboursement que le régime de retraite offre s’en éloigne sensiblement, il ne remplit pas son rôle de protection sociale. C’est à l’aune de cette question qu’il faudra s’interroger à propos du maintien ou non du régime de retraite sans conditions d’âge.
Aujourd’hui, pour éviter de sanctionner les investisseurs et employeurs tout en permettant une protection sociale efficace aux travailleurs qui quittent le marché du travail, ce serait d’introduire dans le système bismarckien des solutions beveridgien(1), c’est-à-dire une part d’intervention de l’État dans le financement des retraites, à l’instar de la contribution sociale généralisée française (CSG) qui est un impôt destiné à participer au financement de la protection sociale.
Bien entendu, un tel choix affaiblirait (voire supprimerait) le contrôle des cotisations sociales par les partenaires sociaux, censés les gérer par le biais de leur participation aux conseils d’administration des caisses de sécurité sociales. Cette perte de contrôle s’opérerait au profit de l’État (Parlement pour le vote des ressources de la sécurité sociale, ministère des Finances pour le contrôle des dépenses).

Que préconisez-vous pour mettre fin durablement au déficit chronique de la CNR ?
La réponse au déséquilibre structurel des caisses de retraite nécessite une réflexion globale qui permette de répondre à l’ensemble des questions ci-évoquées et ne craignant pas de s’interroger sur l’efficacité d’autres systèmes. Hormis la faiblesse de l’offre de produits financiers sur le marché algérien et les postures idéologiques d’un autre âge, qu’est-ce qui empêcherait d’introduire des formules d’assurance vie complémentaires contractées par les travailleurs ou leurs entreprises ; ou alors de permettre l’existence de formules de capitalisation librement contractées par les bénéficiaires qui viendraient compléter un seuil classique (perçu certainement insuffisant) versé par le régime de retraite obligatoire.


K. R.

 

1 - En 1942, à la demande du gouvernement britannique, l’économiste William Beveridge (1879-1963) rédige un rapport sur le système d’assurance-maladie, le financement de la protection sociale sur l’impôt. 


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