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Économie / Dossier economique

IsmaÏl Noureddine, expert en finance et ancien président de la COSOB, à “Liberté”

“Il faut s’attendre à une augmentation des prix à la consommation”

©D. R.

Dans cet entretien, ce spécialiste analyse à grands traits des dispositions du projet de loi de finances 2017.

Liberté : Le projet de loi de finances 2017 propose une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée la portant de 17% à 19% pour le taux normal et de 7% à 9% pour le taux réduit.  Cette hausse, dont le produit alimente le budget de l’Etat à hauteur de 80% et les communes de 20%, permettra au Trésor public d’engranger une plus-value fiscale de 110 milliards de dinars. Pouvez-vous nous parler des répercussions de telles mesures sur les ménages, les entreprises et l’économie nationale ?
Ismaïl Noureddine :
Le gouvernement préconise une augmentation de la TVA de 17% à 19% (et 7 à 9% pour les taux réduits) qui sera récoltée par les entreprises sur la consommation des biens et services produits localement ou importés. L’assiette qui servira de base de calcul de cette taxe est la production nationale et surtout le volume d’importations sur l’année. Pour ce qui est  de la contribution de l’importation aux ressources fiscales ordinaires, le cumul de la TVA à l’importation et des droits de douane prélevés à l’importation représentent 39% des ressources fiscales globales. Malgré cette pression fiscale, l’Exécutif montre un intérêt particulier à maintenir un niveau d’importation soutenable et qui concourt au budget de l’Etat. Mais au niveau du marché, il faut s’attendre à une anticipation d’augmentation des prix à la consommation dans des proportions difficiles à prévoir. Cela s’accompagnera certainement par une adaptation progressive du modèle de consommation suite à la modération du niveau de consommation des biens et services importés.
 
Dans l’immobilier, une série de taxes ont été augmentées. Et, de nouvelles ont été instituées. Pensez-vous que le gouvernement fasse de bonnes choses en puisant dans l’immobilier ?
L’Algérie connaît un rythme élevé de construction de logements et d’infrastructures qui s’est traduit par un doublement du parc immobilier du pays.
Ce parc immobilier neuf et moderne de logements collectif et individuel constitue une richesse supplémentaire du citoyen algérien. Ce qui s’est traduit par un effort exceptionnel de l’Etat pour accompagner ce parc immobilier nouveau avec une infrastructure adéquate par l’aménagement, la viabilisation, l’alimentation en eau, gaz, électricité et la construction de routes dans les nouveaux espaces urbains.  
Aujourd’hui, le marché  de l’immobilier est très actif à la vente, à l’achat et à la location. Les montants des transactions réalisées sont élevés, mais pas transparents. En l’absence d’alternative de placement de l’épargne et surtout d’un marché financier dynamique, le citoyen préfère investir dans l’immobilier et le foncier en tant que seules valeurs refuges disponibles.
L’Exécutif a donc raison de puiser dans les mouvements de fonds qui accompagnent les transactions immobilières par l’augmentation et l’introduction de nouvelles taxes immobilières. Surtout que la classe moyenne visée par cette taxe est celle dont le revenu est supérieur à un certain seuil de vulnérabilité, c’est-à-dire qui sont relativement à l’abri de la pauvreté.

Certains diront que le gouvernement exerce de la pression fiscale sur ce qui est visible (ménages et entreprises). Pourquoi, selon vous, ne s’attaque-t-il pas aux échappatoires fiscales ?
Cette question nous renvoie au fonctionnement du marché informel qui semble profiter des infrastructures publiques modernes financées sur budget de l’Etat et n’apporte aucune contribution fiscale.
L’Exécutif semble avoir compris l’ampleur de ce phénomène et à ce titre, il a prévu deux importants dispositifs en 2016, l’un portant sur le lancement de l’emprunt national pour le financement  de croissance et l’autre relatif à la conformité fiscal volontaire des déposants de ressources dans le secteur bancaire moyennant une taxe de 7%. À ce sujet, et sans attendre le bilan de ces deux opérations, il semble que le mal est beaucoup plus profond.
En effet, beaucoup de fonds continuent à circuler en dehors du secteur bancaire malgré l’obligation de paiement des grandes transactions par compte bancaire. Ainsi, les transactions de vente de l’immobilier connaissent un ralentissement très significatif cette dernière année. Les propriétaires préfèrent louer leurs logements et leurs locaux en attendant de pouvoir y voire plus claire. En plus, il y a lieu de signaler que le marché informel s’est généralisé, atteignant tous les secteurs d’activité. Dans celui de la santé, par exemple, on peut traiter des malades  des yeux ou d’autres organes, payer une somme importante,  sans se faire délivrer les documents qui s’y rapportent (bon, facture...).

Une disposition relative à la privatisation des banques a été formulée dans la première mouture de projet de loi de finances 2017. Finalement, le gouvernement l’en a retirée. Quelles en sont les raisons, selon vous ?
Le secteur bancaire en Algérie a connu une forte évolution depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Cela s’est traduit par la création de près de vingt banques et établissement financiers à capitaux privés étrangers. Ceux-ci exercent leurs activités sur tout  le territoire national et offrent  des produits et services plus élaborés et surtout adaptés aux besoins nouveaux de la clientèle algérienne. Le gouvernement a conservé  les six  banques publiques avec un effort de modernisation. Ces institutions font près de 80% du total du chiffre d’affaires des banques. Mais force est de reconnaître qu’elles profitent en réalité du financement et d’accompagnement des objectifs et des programmes de développement du gouvernement. Les banques publiques doivent se redéployer et répondre aux nouveaux besoins de financement de la clientèle. Malgré cela, l’avant-projet de LF 2017 n’a  pas prévu de nouvelles dispositions de privatisations des banques publiques et la possibilité d’ouverture du capital social à hauteur de 63% aux investisseurs étrangers. Il reste pour le gouvernement l’option de poursuivre la réforme du secteur bancaire en Algérie. Dans ce cas et à notre avis, la réforme doit être structurelle et porter sur l’organisation et le regroupement des six banques publiques autour de deux ou trois importants pôles d’intermédiation financière. Ce qui peut améliorer largement leur  gouvernance, les consolider, renforcer leur fonds propres et élever le niveau de qualification des ressources humaines pour faire face à la concurrence des banques privées internationales. En plus, l’Etat propriétaire peut déléguer plus facilement leur gestion sur la base d’un plan d’affaires régulièrement actualisé.

Entretien réalisé par : Youcef Salami


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