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Économie / Dossier economique

Nazim Zouiouèche, ancien P-DG de Sonatrach

“Il faut surtout mettre l’accent sur les hydrocarbures conventionnels”

© D.R.

Dans cet entretien, ce spécialiste des questions énergétiques soutient que l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste présente des risques sur l’environnement qu’il convient de maîtriser. Il plaide pour le développement de l’énergie solaire, comme sérieuse alternative et comme l’une des solutions à la couverture des besoins énergétiques de l’Algérie à moyen et long termes.

Liberté : Comment commentez-vous la communication officielle sur le dossier gaz de schiste ?
Nazim Zouiouèche : La communication a été en deçà. On aurait dû expliquer aux gens d’In-Salah, commencer par eux. On revient au début. Comme ce gaz de schiste pose problèmes, il aurait fallu un débat plus ouvert avec notamment les experts nationaux, tous les gens concernés. On a lancé l’exploration du gaz de schiste sur le fait accompli. On revient à la campagne d’explication. Je comprends parfaitement qu’on ne peut le mettre à côté (ne pas envisager d’utiliser la carte du gaz de schiste). Ce que je crois, c’est qu’on est allé trop vite en besogne. Si on avait dit aux gens d’In-Salah qu’on allait faire des études, des travaux complémentaires pour avoir une idée claire des ressources, on n’aurait pas eu cette protestation. Il ne fallait pas dire qu’on allait exploiter le gaz de schiste.

Pensez-vous que des risques subsistent dans l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste ?
Il y a des appréhensions. Je ne veux pas dire qu’il va y avoir des catastrophes. Il y a une possibilité de retombées négatives, en particulier l’eau qui est rejetée dans la fracturation hydraulique. Elle peut créer des problèmes de pollution si elle n’est pas traitée. On a d’autres retombées négatives dans une région où l’eau est sacrée. On a mal expliqué les choses à la population, à la société civile. Les gens de la région craignent que l’eau aille en se raréfiant et que de ce fait sera remise en cause l’économie de la région.

Les ressources hydriques du pays seront-elles entamées si on atteint le profil de production projetée, à savoir 20 ou 30 milliards de gaz de schiste par an à l’horizon 2025-2030 ?
Les réserves en eau dans le continent intercalaire sont importantes. Dans ces régions, l’eau de l’albien affleure. Si vous exploitez le gaz de schiste, vous baisserez le niveau de la nappe. Ce qui compromettrait cette agriculture ancestrale faite de foggaras. On est donc allé plus vite que le chef d’orchestre.

Faut-il aller vers l’exploitation du gaz de schiste ?
Il faut d’abord connaître exactement quelle est l’importance de notre potentiel en gaz de schiste et quelles sont les meilleures méthodes pour l’exploiter. Quand on aura une idée précise des réserves exploitables, on pourra envisager leur exploitation. Jusqu’à présent, on ne connaît que les ressources. On ne connaît pas exactement quelles sont les réserves exploitables. Les musiciens vont plus vite que le chef d’orchestre. Il faut forer deux ou trois puits d’exploration pour identifier avec précision ces réserves. Mais le grand problème, c’est qu’on n’a pas une idée de ce que cela va nous coûter. Par ailleurs, il faut savoir que notre demande en électricité ne fait qu’augmenter.
C’est une croissance annuelle à deux chiffres. Le gaz de schiste, il convient de rester en veille. Affinons donc  d’abord nos connaissances sur nos réserves de gaz de schiste. Il ne faudra se préparer à le produire que quand les conditions économiques, environnementales et techniques seront maîtrisées et si possible avec le maximum de moyens nationaux.

Ne sommes-nous pas focalisés sur le gaz de schiste jusqu’à négliger nos ressources conventionnelles et nos réserves en Tight Gas qui sont importantes ?
Il faut surtout mettre l’accent sur le conventionnel parce qu’il y a la possibilité d’améliorer les performances de nos gisements de pétrole et de gaz conventionnel. Nous avons des réserves exploitables dans le Tight Gas (gaz compact) et le Tight Oil (pétrole compact). Il convient également de relancer l’exploration. L’Algérie reste sous-explorée. Il faut, enfin, développer les énergies renouvelables comme cela se fait dans les autres pays du monde. Dans ce domaine, en Algérie, il y a beaucoup de paroles mais pas beaucoup d’actions. Nous avons la possibilité de développer une ressource infinie qui est le solaire. On dit que le solaire coûte très cher. Je suis persuadé qu’au jour d’aujourd’hui, le gaz de schiste coûte plus cher.

Le lexique qui fâche

Gaz de schiste : le gaz de schiste est un gaz naturel retenu à grande profondeur dans certains schistes des bassins sédimentaires.
Il est emprisonné dans la roche elle-même, contrairement au gaz conventionnel situé dans des couches perméables faciles d’accès.

Fracturation hydraulique : c’est la dislocation ciblée de formations géologiques peu perméables par le moyen de l’injection sous très haute pression d'un fluide composé essentiellement d’eau, de sable et d’additifs chimiques, destiné à fissurer et micro-fissurer la roche.
 
Additifs chimiques : c’est un cocktail de produits chimiques, à hauteur de 1% du fluide, injecté dans la roche pour rouvrir des fissures déjà existantes ou en créer de nouvelles.


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