Économie / Dossier economique

Economie

Imbroglio autour de leur gestion

  L’opinion publique ignore si nous sommes dans une gestion active ou non de nos ressources en devises.

Actuellement, les réserves de l’Algérie fondent à un rythme de 2,5 milliards de dollars par mois. Cette situation a fini par relancer, légitimement, débat et polémique sur la gestion de ces réserves de change. Si le débat est en soit normal, la polémique est, elle, le fruit d’un manque de transparence de la gestion de ces réserves de change. En effet, nombreux sont les experts à déplorer le fait de n’avoir pas en main tous les éléments leur permettant de faire une analyse approfondie de la gestion de ces réserves. C’est le cas de Noureddine Legheliel, analyste des marchés boursiers, qui estime que “l’opacité qui entoure ces placements, l’incohérence des déclarations de l’ancien patron de la Banque d Algérie, monsieur Mohamed Laksaci, et les déclarations contradictoires de l’ancien ministre des Finances, monsieur Karim Djoudi, nous donnent droit au doute.” À titre d’exemple, il dira que “pendant des années, les gestionnaires de ces réserves nous ont fait croire que la Banque  d’Algérie avait investi plusieurs dizaines de milliards de dollars en bons du Trésor américain et voila que le rapport mensuel de la FED (la banque centrale américaine) du mois de mai, vient nous montrer que l’Algérie ne détient que 700 millions de dollars en bons du Trésor américain.” Noureddine Legheliel ajoutera que “dans ses déclarations, monsieur Mohamed Laksaci n’avait pas cessé de parler des placements en titres souverains sans jamais révéler le nom des pays à qui appartiennent ces dettes souveraines ni la date de l’acquisition de ces titres ni leur date d’échéance.” En ces temps de crise caractérisée par une raréfaction des ressources financières, une gestion active de nos réserves de changes est plus que nécessaire. Noureddine Legheliel indique : “Vous pouvez acheter des produits obligataires comme les bons de caisse appartenant à une banque commerciale notée AAA par les trois agences de notation financière comme vous pouvez acquérir les obligations échangées en bourse de la dite banque notée AAA. Les bons du Trésor américains sont les produits financiers les plus sûrs au monde mais leur rendement est souvent légèrement inferieur à celui des obligations des banques commerciales notées AAA ou des organismes financiers ayant la même note.” Reste que l’absence de transparence sur les placements et la gestion des réserves de changes de la Banque d’Algérie ne permettent pas aujourd’hui de savoir si réellement nous sommes dans une dynamique de gestion active de nos réserves de change.  Reste enfin l’option évoquée périodiquement d’un investissement des réserves de change nationales dans des actifs privés à travers la création d’un Fonds souverain. Noureddine Legheliel ne semble pas acquis à cette option.
Il rappellera que durant l’année 2008, il avait lui-même écrit des articles dans plusieurs journaux pour conseiller au gouvernement algérien de créer un fonds souverain. “Je parlais surtout de l’opportunité qui s’est présentée cette année. Nous l’avons ratée, et il faut attendre une trentaine d’années pour qu’une occasion pareille se présente de nouveau”, indique-t-il. Aujourd’hui, l’analyste est devenu sceptique, et même critique sur la question de création d’un fonds souverain. “Les marchées américains, européens et asiatiques des actions paraissent aujourd’hui survalorisés. Avec le resserrement monétaire annoncé par la FED, la BOE et bientôt par la BCE et la BOJ, les marchés obligataires sont censés entrer dans une période de baisse”, explique-t-il.