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Économie / Dossier economique

Mohamed Terkmani, spécialiste en énergie :

“La diversification, des paroles en l’air depuis 50 ans !”

© D.R.

Dans cet entretien, l’ancien directeur à Sonatrach analyse à court terme l’évolution du marché pétrolier.

Liberté : Quelles leçons peut-on retenir de ces deux années de chute de pétrole ?
Mohamed Terkmani : La grande leçon qu’il faut retenir et qu’on aurait dû retenir il y a bien des années, c’est qu’il ne faut pas baser l’économie nationale sur une seule ressource. Depuis cinquante ans, on rabâche la même chose. Nous allons développer nos ressources pétrolières afin de générer des ressources qui seront nécessaires au développement d’une économie diversifiée. Mais ce ne sont que des paroles en l’air.
Depuis l’indépendance, on dépend de plus en plus du pétrole. On en dépend même à 99% pas à 98%. Je trouve incroyable le stade auquel on est arrivé. Si je ne me trompe pas, l’Algérie est le pays au monde qui dépend le plus de sa rente pétrolière. Même le Venezuela ne dépend pas à 98% de sa rente pétrolière. L’Arabie Saoudite n’en dépend pas à 98%. Encore si on n’avait pas d’autres ressources, cela pourrait se comprendre.

Vu le contexte où évolue le marché pétrolier,
ce n’est pas près de s’arranger...
Le problème qui se pose a été créé par l’Arabie Saoudite. Il y a une offre excédentaire de près d’un millions à un million et demi ce qui fait que les prix baissent. L’Opep, comprendre l’Arabie Saoudite, a toujours joué le rôle de Swing Producer. L’Arabie Saoudite dit que “chaque fois qu’il y a un surplus c’est nous qui réduisons notre production”. Or l’Opep ne produit qu’un tiers de la production mondiale. Alors pourquoi tous les autres pays producteurs qui ne sont pas membres de l’Opep ne baisseraient pas aussi leur production?
L’Arabie Saoudite dit qu’elle est prête à la réduire à condition que les autres pays non Opep la réduisent à leur tour. Finalement, tous le monde est perdant dans l’affaire. En faisant un simple calcul, même si l’Opep à elle seule baisse la production, elle est gagnante.
Les prix vont augmenter et le plus à gagner par rapport à une production élevée sera conséquent. Même si l’Arabie Saoudite à elle seule décide de réduire sa production de deux millions, elle va gagner des centaines de millions de dollars de plus par an. L’Arabie Saoudite est en train de perdre énormément d’argent et fait perdre de l’argent aux autres pays de l’Opep qui sont moins riches qu’elle et qui risquent de couler comme c’est le cas du Venezuela actuellement.
L’Arabie Saoudite est en train de perdre plus de 100 milliards par an juste pour préserver des parts de marché.

On sait très bien que dans la ligne de mire de l’Arabie Saoudite il y a les schistes américains. Est-ce que vous pensez que ce boom des schistes américains va se poursuivre et continuer
à influer sur l’offre ?
La politique de réduction des prix de l’Arabie Saoudite a de grandes chances de faire plier des pays comme la Russie ou la Norvège. Les Russes par exemple ne pourront pas tenir longtemps. Leur économie commence à vibrer. Même si les Saoudiens ne vont pas eux aussi tenir longtemps, ils tiendront beaucoup plus que les Russes. Donc avec les pays non Opep les Saoudiens finiront par gagner la partie. Mais en ce qui concerne les schistes, ils n’ont aucune chance de gagner. Il y a une réserve énorme de schistes qui n’a pas encore été produite. Il est vrai que lorsque les prix baissent, la production des schistes baisse. Mais dès que les prix remontent les puits de schistes américains vont reprendre immédiatement. Le développement des schistes est différent du développement d’un gisement conventionnel. Les puits de schistes qui sont forés produisent les 80% de leurs réserves au court des deux premières années. Ce sont de petits projets qui se suivent les uns après les autres. Lorsque le problème de la rentabilité d’un puits de schiste se pose, on arrête le puits. Et dès que les prix remontent on reprend l’exploitation du puits. Les Saoudiens peuvent obliger les producteurs de schistes américains à réduire considérablement leur production mais à condition que les Saoudiens acceptent de perdre 100 milliards de dollars par an. Je ne pense pas qu’ils accepteront de faire cela pendant longtemps.

Compte tenu de cette situation, Comment voyez-vous l’évolution des prix sur 2016 et 2017 ?
Les prix du baril auraient pu augmenter s’il y avait eu un accord lors de la dernière réunion Opep/Non Opep. Là, le trouble-fête c’est l’Iran qui n’a pas accepté de réduire sa production. Maintenant il faudra attendre la prochaine réunion. Je pense que les pays Opep et Non Opep sont condamné à s’entendre. Ils sont obligés de réduire leur production parce que c’est dans leur intérêt. Est-ce qu’ils vont entendre raison ou pas ? S’ils entendent raison et que les pays Non Opep acceptent de réduire eux aussi leur production et qu’on arrive à convaincre l’Iran, les prix vont remonter rapidement mais pas au niveau d’avant la crise. Donc s’il y a pas d’autres problèmes, les prix pourront remonter en quelques moins au niveau de 80 dollars mais pas plus à cause justement des schistes américains qui joueront le rôle de Swing Producer. Dans le cas où il n’y a pas accord, la situation dépendra de la situation économique mondiale et de l’accroissement de la demande mondiale. Dans le cas pessimiste les prix seront autour de 40 à 50 dollars et on risque même d’aller plus bas si l’Iran décide de déverser toute sa production et si la Lybie parvient à augmenter sa production.


S. S.


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